ECONOMIE-MALAWI: La Hausse Des prix des Intrants Menace L'industrie Du Tabac.

LILONGWE, 10 oct. (IPS) – L'augmentation des prix des intrants
agricoles,
déclenchée par la chute du kwacha malawi, menace l'industrie du
tabac de ce
pays de l'Afrique australe.

Le Malawi est le plus grand producteur mondial du 'Burley Tobacco'
(une
variété de tabac). Il produit aussi cinq autres types de tabac
exportés vers
plus de 70 pays.
La feuille dorée a été affectée par la baisse des cours pendant
ces
dernières années. Rien que cette année, tous les trois salons de
vente aux
enchères ont été obligés de fermer, au moins une fois, à la suite
des
disputes survenues entre les producteurs et les acheteurs au sujet
des cours.
Ces disputes ont été attribuées au kwacha dont le cours a chuté de
48 pour
cent en août, à peine deux semaines avant la clôture de la saison
des
ventes, a rapporté la commission nationale de contrôle des cours
du tabac
(TCC).
Bien que le gouvernement n'ait pas encore annoncé les nouveaux
prix des
engrais à la suite de la chute du kwacha, les prix des machines,
des
denrées, de la main-d'uvre, du carburant et des transports, ont
déjà
augmenté de 50 pour cent en moyenne.
"La période au cours de laquelle la dévaluation a eu lieu n'était
tout
simplement pas propice. Cela rend la culture du tabac trop
coûteuse pour la
plupart d'entre nous", déplore Alfred Mandevu, l'un des petits
fermiers qui
produisent à eux seuls près de 50 pour cent du tabac du Malawi.
Au cours de la saison dernière, les fermiers n'ont pas pu
satisfaire les
demandes des clients à cause de la hausse du prix des intrants
agricoles.
Le directeur général de la TCC, Godfrey Chapola, déclare que bien
que les
clients aient voulu 127 millions de kilogrammes de 'burley', seuls
112
millions de kilogrammes ont été mis en vente sur le marché. Il y a
aussi eu
une pénurie de tabac noir (dark fired tobacco) et d'une autre
variété (flue
cured tobacco). Chapola annonce que le pays pourrait faire une
récolte
insuffisante et de mauvaise qualité l'année prochaine.
La TCC et l'association des producteurs de tabac du Malawi (TAMA),
un groupe
de 70.000 producteurs de tabac, ont exhorté le gouvernement à
intervenir
pour sauver l'industrie.
"S'il n'y a pas d'engrais alors nous sommes morts. Cette culture
représente
au moins 75 pour cent des recettes que le pays tire des
exportations. Ces
exportations s'élèvent à 375 millions de dollars US, et plus de
cinq
millions de la population du Malawi dépend de cette industrie.
Pour survivre, le ministre des Finances, Cassim Chilumpha, a
exhorté les
fermiers à diversifier leurs produits. "Le tabac ne nous réserve
pas un bon
avenir. La seule solution est de diversifier, de restructurer
notre économie
et d'élargir le secteur privé", suggère-t-il. "Au niveau
international,
l'industrie est entrain de succomber à la pression exercée par les
groupes
de pression hostiles au tabac".
Chilumpha traite "d'incorrectes et de dangereuses" les
publicités que
l'association des exportateurs de tabac du Malawi (TEAM) fait dans
les
journaux locaux pour protester contre les avertissements des
économistes et
des agences d'aide concernant la constante dépendance sur le
tabac.
"Nous devons commencer à chercher des alternatives et nous sommes
heureux
que le gouvernement prenne l'initiative", déclare Andrew Zgambo
du Z. G.
Consultancies de Blantyre, en se référant à un récent accord de
176 millions
de kwachas (4,4 millions de dollars US) signé entre le
gouvernement et le
PNUD pour soutenir les petites et moyennes entreprises et créer
des emplois.
Le président de la TEAM, C. A. M. Graham, dont l'association
espère acheter
170 millions de tonnes de tabac en 1999, insiste que le tabac du
Malawi a un
brillant avenir.
"Le 'burley' du Malawi est populaire et largement utilisé comme
un
important ingrédient des cigarettes mixtes américaines dont la
demande
augmente rapidement dans le monde entier . . . nous sommes un
acteur
important du marché mondial", explique Graham.
Cependant, les fermiers se plaignent du fait qu'ils ont des
difficultés à
rembourser leurs dettes, notamment un prêt de 150 millions de
kwachas (soit
3,75 millions de dollars) qu'ils doivent à la TAMA.
"Nous sommes dans un dilemme. Bon nombre de fermiers n'ont pas
remboursé
les prêts qu'ils ont obtenus la saison dernière", s'indigne un
directeur de
la Banque commerciale du Malawi.