PARI, 12 oct. (IPS) – L'Afrique subsaharienne enregistre depuis
quelques
années une baisse prononcée de son taux de fécondité en dépit des
disparités des situations dans les pays, indique une étude récente
publiée
par des démographes français.
Selon l'étude publiée par Thérèse Locoh et Jacques Vallin de
l'Institut
National d'Etudes Démographiques de Paris (INED), l'accumulation
des données
disponibles et comparables ne laissecun doute sur la baisse de
la
fécondité si
soudaine et prononcée en Afrique.
Le nombre moyen d'enfants par femme -Indicateur Synthétique de
Fécondité
(ISF)- aurait considérablement baissé dans l'ensemble des 33 pays
de
l'Afrique sub-saharienne qui ont fait l'objet de l'étude.
L'Afrique subsaharienne compte au total 48 Etats.
ALors que la majorité des pays étudiés connaissent une
décélération
accentuée de la fécondité féminine, le Nigeria et le Mali
enregisnt
encore un taux de fécondité moyen de 6 enfants par femme.
Le Sénégal, par exemple, a enregistré une baisse prononcée de la
fécondité
au cours de cette décennie. De 7,1 en 1978, l'ISF a chuté à près
d'un
enfant par femme entre 1988 et 1993. Chaque nouvelle enquête
depuis lors
confirme cette tendance.
En Côte d'Ivoire, l'ISF est passé de 7,4 en 1980-81 à 5,7 en 1994.
Au Kenya,
l'ISF est tombé de 7,9 enfants par femme en 1977 à 5, 4 en 1993.
Les chercheurs deINED affirment que "les pays où la baisse de
la
fécondité a commencé le plus tôt et le plus nettement sont aussi
ceux qui
ont très tôt mis en place des programmes soutenus de développement
économique et social produisant notamment les progrès les plus
spectaculaires dans le domaine de l'instruction des femmes et de
la santé.
La baisse de la mortalité infantile est aussi, à leurs yeux, une
variable
considérable puisqu'elle permet d'assurer une même taille de
familavec
moins de naissances.
Plus fondamentalement, la crise économique et ses contraintes ont
amené les
ménages à prendre conscience des difficultés liées à la
gestion d'une famille nombreuse. Nombre d'entre eux se voient dans
l'obligation de la restreindre, y compris par le recours à
l'avortement,
indique l'étude.
Locoh et Vallin mettent également à l'actif de la crise
économique et de la
diminution des ressources, les changements des comportements
matrimonx,
l'adoption des méthodes contraceptives modernes ainsi que le
recul des
mariages précoces.
Au Sénégal, l'âge du mariage s'est élevé. Il est passé de 16,6 ans
en 1986 à
18,0 ans en 1997. Au Kenya les jeunes ont cessé de se marier à
18,1 ans en
moyenne- taux de 1978-, pour choisir de le faire à 19,2 ans en
1993.
Selon l'étude, au début des années quatre-vingt-dix, la
contraception
moderne était pratiquée par 5,6% de femmes en union au Sénégal et
par 31,5%
aenya.
Les chercheurs indiquent que le phénomène de la baisse de
fécondité
s'observe davantage dans les villes que dans les zones rurales.
Pour eux, "la ville favorise l'adoption de nouveaux comportements
qui
changent le cours de la fécondité. Les évolutions qui s'y
produisent
annoncent souvent ce qui devrait ensuite se produire en milieu
rural".
L'étude des chercheurs français nuance ainsi certaines
hypothèses, y
compris celle des Nations Unies qui prévient un rythme moyen
de la
croissance de la population africaine. La population globale de
l'Afrique
noire qu'on envisageait à 1, 8 milliards en 2050, ne pourrait
finalement
être que de 1,5 milliards.
Comme bases de leur analyse, les démographes français s'appuient
sur
des programmes internationaux touchant la vie génésique des femmes
tels
que l'Enquête Mondiale de Fécondité (EMF) lancée au lendemain des
indépendances, les Enquêtes Démographiques et de Santé(EDS) nitiées
en 1986. Ils prennent aussi en compte les résultats des différents
recensements nationaux.
Même si ces cycles d'enquêtes n'ont pas atteint des pays comme le
Congo
Démocratique, l'Angola et la Somalie, Thérèse Locoh et Jacques
Vallin notent
que " 33 pays d'Afrique subsaharienne sur 48 donnent au moins
une
observation fiable sur la fécondité. Cet ensemble est néanmoins
suffisant
pour poser un diagnostic sur l'évolution de la question dans le
sous
continent disent-ils.
D'après Grégoire Tamo, économiste et démographe camerounais, " ce
travail a le mérite de mettre en lumière les efforts accomplis par
les
pays africains en matière de maîtrise des questions de
populations, et
vient rassurer ceux qui redoutaient ce qu'on a appelé en d'autres
temps,
la montée anarchique de la marée noire".
A son sens, cela ne devrait pas occulter les vrais problèmes
auxquels
l'Afrique doit faire face.
"La lutte contre la pauvreté e'insécurité demeurent les
priorités essentielles. Même une population réduite a besoin de
vivre
décemment, dans la paix et la stabilité, vertus qui tardent à
prendre
pieds dans le continent", conclut-il.

