FREETOWN, 7 oct. (IPS) – Il y a cinq mois, une foule furieuse
prête à un
lynchage a tout saccagé à Freetown et a obligé les rastafari à
couper leurs
dreadlocks. C'est la punition qui leur a été infligée après leur
présumée
collaboration avec la junte militaire renversée.
La foule a détruit le temple du rasta, le 'Garveyite Passe', à
Freetown, la
capitale, après le renversement du Conseil des forces armées
révolutionnaires (AFRC) de la Sierra Leone par une force ouest-
africaine de
maintien de la paix (ECOMOG) dirigée par le Nigeria en février.
Les attaques ont obligé les rastafari, les adeptes d'une religion
jamaïcaine
qui enseigne que les noirs antillais reviendront en Afrique, à
passer dans
la clandestinité.
Actuellement, l'un d'entre eux, Ibrahim Sorie Kamala, communément
connu à
Freetown sous le nom de Jah Rice, a émergé comme le porte-flambeau
de la
communauté des rastafari de Freetown. Il propage le "message de
la
Rédemption" à travers la musique et les concerts publics. "Je
dis 'Non' à
la violence et souhaite que les Sierra léonais s'embrassent afin
que notre
pays puisse progresser", déclare-t-il.
Lorsque les militaires ont pris le pouvoir en mai 1997, la plupart
des
Rastas – dont le nombre total est estimé à des milliers de gens –
ont
soutenu la junte et lui ont servi de soldats d'infanterie.
"Je me suis abstenu de les rejoindre parce que je savais que ce
n'était pas
une 'révolution' comme ces vagabonds armés l'appelaient, c'est sur
toute la
ligne une régression", martèle Brice. La plupart de mes confrères
ont vendu
leur conscience pour obtenir les sacs de riz de la junte. C'était
pitoyable
et, actuellement, je dois prouver qu'il y a encore des Rastas qui
représentent un danger pour la voie de la justice.
Rice travaille en ce moment sur deux albums, 'Bush House Africa'
et 'No
Violence', pour propager son message.
Dans 'Bush House Africa', Rice essaie de donner au continent une
forte voix,
une place dans le développement mondial. Il estime que l'Afrique
n'a pas la
place qu'elle mérite et est toujours reléguée au second plan. Il y
a souvent
des talents en Afrique, mais les Européens et les non Africains
essaient
"de nous contraindre dans l'infériorité . . . l'Afrique n'est-
elle pas le
berceau de l'humanité ? Montrons leur très vite que nous, les
Africains,
pourrions faire ce qu'ils font".
Le message de Rice en faveur de la 'paix' est, cependant, plus
fort dans 'No
Violence'. Après avoir connu deux coups d'Etat de première main en
cinq ans
ainsi que leur cortège de spirale de la violence, de chaos et de
destruction, Rice croit être le bon apôtre du message de la paix
en Sierra
Leone.
"Dieu m'a inspiré et m'a confié le message selon lequel je ferai
un album
reggae qui deviendra un jour le Numéro 1 du hit parade dans le
monde, et ce
jour est proche, alors je me prépare spirituellement pour cela ",
annonce
Rice.
Rice s'identifie fortement aux opprimés et aux pauvres. Je suis
une pauvre
créature épouvantable et je viens du ghetto. "Ses héros, la
défunte légende
jamaïcaine de reggae, Bob Marley, et Joe Hills, avaient fait la
même chose.
Ils étaient tous deux des stars de reggae et des rastafari. Marley
est mort
depuis 17 ans, mais Rice a eu la chance de rencontrer Hills, un
Jamaïcain,
lorsque ce musicien a visité la Sierra Leone en 1993 et produit
plusieurs
concerts.
"J'étais le seul 'Rasta' local à avoir le privilège de rester
avec Joe
Hills durant son pèlerinage musical dans ce pays. Je roulais son
herbe
(marijuana) et tapais avec lui", se vante Rice.
Rice aime fumer la marijuana. "Je la fume tout simplement, je ne
demande
aucune excuse, mais je ne bois pas d'alcool, c'est de l'eau de
Babylone, et
je ne fume pas de cigarettes, ce sont des bâtons de Babylone",
estime-t-il.
Rice ressemble beaucoup à Marley. Il joue au centre de loisirs de
Family
Choice à Freetown, les vendredi et samedi.
"Les gens me disent tout le temps que je ressemble à Marley quand
je marche
dans la rue, en fait, je m'efforce difficilement d'imiter Marley à
ma
façon", avoue-t-il.
Musa Kallay, un abonné des concerts de Rice est du même avis.
"C'est Bob
Marley qui est revenu. Donnons-lui le soutien qu'il mérite", dit-
il.

