FINANCE: L'allégement de la Dette Des Pays Les Plus Pauvres Est Une Nécessité.

WASHINGTO, 5 oct. (IPS) – Sous la houlette d'Oxfam International,
les
organisations non gouvernementales (ONG) ont demandé vendredi
dernier aux
nations donatrices d'adopter une nouvelle approche pour accélérer
et
accentuer l'allégement de la dette des pays les plus pauvres du
monde.

Les ONG ont dénoncé l'incapacité de l'initiative des pays pauvres
les plus
endettés (HIPC) à réduire, depuis deux ans, la dette des pays les
plus
pauvres. Ils ont alors proposé la création d'une 'voie de
développement
humain'. Cela amènerait les bailleurs de fonds à accepter de
réduire plus
rapidement beaucoup plus de dettes car les pays se sont engagés à
utiliser
les dividendes pour entreprendre des efforts de réduction de la
pauvreté.
La situation difficile du Nicaragua, l'un des 41 pays
bénéficiaires de cette
initiative, a été citée comme un cas nécessitant impérieusement
une telle
approche.
Dans le cadre des dispositions du plan, le Nicaragua, le pays le
plus pauvre
d'Amérique latine, doit attendre jusqu'à l'an 2002 avant de
bénéficier de
l'allégement. Entre temps, pour honorer le service de sa dette de
6,1
milliards de dollars, il devra dépenser plus du double de ce qu'il
dépense
conjointement sur la santé et l'éducation.
Par contre, si la proposition d'Oxfam est adoptée, cette nation de
l'Amérique centrale pourrait utiliser les plus de 500 millions de
dollars
d'économie qu'il réaliserait entre 2000 et 2002 pour investir dans
l'éducation, la santé, l'eau et les services sanitaires, a indiqué
un
rapport publié ici vendredi dernier.
Ce montant suffirait pour assurer gratuitement l'instruction
primaire
universelle chaque année, construire 1500 salles de classes pour
les écoles
maternelles, réhabiliter 500 écoles, doubler le taux de
construction des
écoles primaires (en le faisant passer à 70 pour cent), améliorer
l'accès
aux services de soins de santé primaire pour 1,2 millions de
personnes et
assurer entièrement la couverture sanitaire pour les populations
rurales.
Cependant, une action rapide est indispensable, selon le rapport
intitulé
'Debt Relief for Nicaragua : Breaking out of the Poverty Trap'
(l'allégement
de la dette du Nicaragua : rompre avec le cercle de la pauvreté').
Ce
rapport a été publié à la veille des réunions annuelles de la
Banque
mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) à Washington.
Bien que ces réunions se concentrent essentiellement sur la crise
financière
actuelle, qui a dévasté des marchés émergeant en Asie et dans l'ex-
Union
soviétique et menace désormais les économies occidentales,
plusieurs ONG
espèrent que la situation des pays les plus pauvres du monde ne
sera pas
oubliée.
L'HIPC a été présentée à grand renfort de fanfare, il y a deux
ans, comme la
nouvelle initiative la plus importante destinée à aider les pays
les plus
pauvres depuis que le club de Paris, composé essentient des pays
donateurs de l'occident, a commencé à accorder un allégement aux
pays
endettés au cours des années 1980.
Ce plan est destiné à faire assurer la coordination de la
réduction de la
dette par les membres du club de Paris, les banques commerciales
du club de
Londres et, pour la première fois, les grandes agences
multilatérales,
notamment le FMI, la Banque mondiale et les banques régionales.
Les
bénéficiaires sont les pays les plus pauvres du monde dont la
dette est
considérée comme étant "insupportable". La majorité de leur
dette est
détenue par ces banques multilatérales de développement (BMD).
Le FMI et la Banque mondiale ont inclus 41 pays dans la catégorie
des
nations dont la dette est insupportable. Avant de pouvoir
bénéficier de ce
traitement, ces pays avaient toutefois l'obligation de réussir la
mise en
application des programmes d'ajustement structurel (PAS) pendant
une période
minimale de six ans.
A cela s'ajoute le fait que la dette était réduite jusqu'à des
niveaux qui,
selon les créanciers, permettaient aux pays en difficulté
financière de
recommencer à honorer les remboursements.
Ces conditions ont agacé des ONG telles Oxfam qui s'est plainte du
fait que
les niveaux de dette jugés supportables sont trop hauts pour
plusieurs pays
qui ont cruellement besoin de l'allégement de la dette. Elle a
ajouté que le
calendrier de six ans est trop onéreux. Les ONG ont également
signalé que
certains bailleurs du Club de Paris ainsi que les BMD elles-mêmes
ont
affiché trop de lenteur ou d'indécision avant de contribuer à ce
plan.
Jusqu'à présent, seuls 7 pays sur 41 ont adhéré au plan et seuls
deux pays
(l'Ouganda et la Bolivie) ont bénéficié de l'allégement. L'année
dernière,
seul le Mali a été autorisé à adhérer à ce plan, ce qui a amené
bon nombre
d'ONG à croire que ce plan s'enlise désormais.
"L'actuel plan d'allégement de la dette accouche trop peu et trop
lentement", a déclaré Kevin Watkins, conseiller d'Oxfam en
matière de
politique générale. Si les ministres des Finances n'adoptent pas
une
position ferme, nous raterons cette occasion qui permet de
redonner de
l'énergie à ce plan, et l'inertie prévaudra avec des conséquences
tragiques
pour la santé et l'éducation de plusieurs millions d'enfants
pauvres".
Au début de ce mois, la Banque et le FMI ont publié leur propre
rapport
critique sur ce plan. Ce rapport fera l'objet d'une discussion
lors des
réunions qui ont commencé le week-end dernier. Il recommande la
prorogation
du délai dans lequel les pays peuvent adhérer au plan à partir
d'octobre
1998. Cette recommandation profitera à cinq pays africains ayant
connu tout
récemment la guerre civile.
Toutefois, ce rapport critique, qualifié par Oxfam de "simple
embellissement" n'a fait aucune autre recommandation susceptible
de changer
substantiellement le programme.
Oxfam et d'autres ONG, notamment le réseau européen chargé de la
dette et du
développement (EURODAD), Sudwind de l'Allemagne et Ibis du
Danemark, ont
suggéré une nouvelle mouture du plan pour s'assurer que
l'allégement de la
dette est lié à la réduction de la pauvreté dans les pays les plus
pauvres.
Ils ont proposé une nouvelle approche de la "dette dans la voie
de
développement humain". Il s'agit d'une voie dans laquelle les
seuils deboursement de la dette sont coupés en deux pour
permettre l'accès des
gouvernements soucieux de consacrer 80 à 100 pour cent de leurs
économies à
des plans spécifiques de réduction de la pauvreté. Ces plans
pourraient
inclure de petits projets d'infrastructure ainsi que des
initiatives
sociales dans le secteur de la santé et de l'éducation.
Pour être éligibles, les gouvernements seraient appelés à adopter
'un cadre
de lutte contre la pauvreté (PAF) qui servirait de contrat entre
les
gouvernements créanciers et les gouvernements débiteurs. Ces
accords qui
devraient être élaborés avec la participation de la société civile
serviraient de garantie pour atteindre les objectifs spécifiques
de
développement fixés par l'Organisation des pays occidentaux
chargée de la
coopération et du développement économique (OCDE), ont souligné
les ONG.
Le rapport a fait remarquer que l'Ouganda, le premier pays à être
qualifié
pour ce plan, représente déjà un bon modèle de fonctionnement de
cette voie.
Le gouvernement de ce pays a créé un fonds de lutte contre la
pauvreté qui
est destiné à mobiliser des ressources obtenues de l'allégement de
la dette
pour construire des routes et investir dans les soins de santé et
l'enseignement primaire.
Dans le cas du Nicaragua, les ONG telles que 'Grupo de propositivo
de
Cabildeo' du Nicaragua, ont dit que le gouvernement devrait
accepter de
consacrer 85 à 100 pour cent des ressources de l'allégement de la
dette pour
réduire la pauvreté, car il pourrait recevoir en contrepartie un
plus grand
allégement de la dette d'ici à l'an 2000 et non l'an 2002, la
précédente
date à laquelle il devait bénéficier de l'allégement conformément
aux règles
de l'actuel plan.