NAIROB, 5 oct. (IPS) – L'un des arbres typiquement africains est
menacé
d'extinction à cause de la demande européenne et américaine d'un
produit
médicinal extrait de son écorce.
L'arbre, communément connu sous le nom de pygeum ou de (prunus
africana),
est la seule variété africaine ayant plus de 200 espèces de prunus
répandus
dans le monde, et la seule utilisée par les compagnies
pharmaceutiques pour
fabriquer un médicament servant à traiter les problèmes de
prostate chez les
hommes âgés.
"Le prunus africana était autrefois bien répandu en Afrique, de
l'Ethiopie
en Afrique du sud et de la côte de l'ouest à l'île de Madagascar.
Depuis que
ses propriétés médicinales sont devenues bien connues, il a fait
l'objet
d'une récolte impitoyable", a dit Tony Simons, chercheur au
centre
international de recherche en agro-foresterie (ICRAF) de Nairobi.
Simmons a annoncé que près de 60 pour cent des hommes d'Europe et
d'Amérique
ayant plus de 50 ans, souffrent des maladies liées à la prostate,
ce qui
augmente la demande de la production de médicaments obtenus
seulement du
tronc noir de l'arbre à feuilles persistantes qu'on ne rencontre
que dans
les régions montagneuses de l'Afrique.
L'écorce vaut actuellement 220 millions de dollars américains dans
l'industrie pharmaceutique, la récolte annuelle moyenne est de
3500 tonnes
et le kilogramme coûte près de 60 dollars américains.
"Compte tenu de l'augmentation des problèmes de prostate, du
vieillissement
de la population et de la confiance croissante qu'inspirent les
médicaments
naturels, certaines entreprises croient que le marché des remèdes
du prunus
pourrait doubler ou tripler au cours de la prochaine décennie", a-
t-il dit
lors d'une conférence relative à cette plante. Cette conférence a
rassemblé
des experts internationaux de la foresterie et des groupes
d'intérêts
commerciaux à Nairobi, la capitale.
Cet arbre connaît habituellement une période de croissance de plus
de 30 ans
et atteint 40 mètres de haut. Il n'en reste plus qu'un nombre
limité dans
les régions sauvages du Kenya, de l'Ouganda et de la République
démocratique
du Congo (RDC). Les variétés de l'arbre qu'on trouve encore dans
ces pays
sont de taille modérée.
Lors de la conférence, il a été dit que dans la province du nord
ouest du
Cameroun et à Madagascar (une île de l'océan indien), l'arbre est
actuellement menacé d'extinction.
"Le prunus était un arbre ordinaire au Cameroun, mais maintenant
c'est rare
à cause de la moisson impitoyable", a expliqué Christian Asanga
qui
travaille pour le service des forêts du gouvernement camerounais.
Les scientifiques révèlent que cet arbre, qui a été utilisé
pendant des
siècles par des guérisseurs traditionnels africains pour traiter
des
problèmes similaires et plusieurs autres maladies, a été exploité
de façon
raisonnable jusqu'à l'intervention des intérêts commerciaux.
"C'est rare de
trouver un produit concocté par un guérisseur traditionnel, qui ne
contient
pas du prunus africana", a-t-il expliqué.
"Cependant, ils ont simplement enlevé certains panneaux de
l'écorce debres existants et en ont laissé d'autres pour nou
rrir l'arbre pendant que
la portion blessée se cicatrise", a-t-il indiqué.
Cependant, au fur et à mesure que la demande augmentait, de plus
grandes
quantités de l'écorce ont été enlevées sur des arbres qui ont été
abattues
et dénudés, comme c'était le cas du Mont Cameroun où près de 8000
arbres
sont morts debout. Dans la région du mont Kilimindie (toujours au
Cameroun),
80 pour cent des arbres murs sont morts à cause des mauvaises
techniques
d'extraction, a souligné Asanga.
Depuis quelques années, le prunus africana a été ajouté à
l'annexe II de la
liste de la convention sur le commerce international des espèces
en danger
(CITES) qui n'autorise que les commerçants ayant une licence de
vente des
produits de l'arbre.
Toutefois, cela n'a pas pu faire grand chose pour empêcher les
exportateurs
illégaux du Cameroun de surexploiter l'arbre. Ils viennent dans
des villages
la nuit et corrompent les gens afin qu'ils leur permettent
d'extraire
l'écorce, indique Asanga.
Au Kenya, contrairement au Cameroun, cet arbre, qui se vend bien
sur le
marché du bois et du combustible, est menacé par la demande
constante des
habitats humains ; en plus, de larges tronçons de forêts
continuent d'être
défrichés.
Stella Simiya des musées nationaux du Kenya (NMK) a dit lors de la
conférence que bien que les Kenyans ne soient pas conscients de sa
vertu
médicinale, l'arbre est vite entrain de disparaître pour faire
place à
l'habitat. Selon Simiya, le prunus africana durera au plus dix ans
au Kenya.
En Ouganda, il reste peu de traces de l'arbre dans les collines du
sud de
Kabale où cet arbre a été existait abondamment jusqu'à une date
récente. La
perte des traces de cet arbre est due à la culture excessive, a
expliqué
Wilson Bamwerinde du service ougandais des forêts.
Jonathan Leakey, le seul moissonneur kenyan qui exporte son écorce
vers une
compagnie pharmaceutique en France, est aussi inquiet. "Ce qui
m'intéresse,
c'est d'être capable de voir que l'écorce continue d'être extraite
à des
fins commerciales, mais il y a un nombre limité de forêts dans ce
pays et
l'abattage des arbres ne peut pas se poursuivre éternellement",
déclare
Leakey qui gagne 2 dollars US sur chaque kilogramme d'écorce.
Kate Schreckenberg, un collaborateur de l'institut de
développement
d'outre-mer de Londres (ODI), a exhorté les fermiers à replanter
les arbres.
"Nous nous demandons combien d'argent les fermiers peuvent gagner
dans la
production de l'arbre et quel marché y a-t-il pour les soutenir",
a-t-elle
demandé.
Actuellement, toute l'écorce d'un arbre de 40 mètres de haut peut
coûter 500
dollars US, une somme qui selon Schreckenberg est trop petite,
puisque
l'arbre met près de 20 ans avant de commencer à produire une
écorce décente,
et près de 5 ans pour cicatriser après l'extraction de l'écorce.
"Les
bénéfices de l'arbre doivent être équitablement partagés jusqu'au
niveau des
fermiers, a-t-elle dit.
Le prunus est cultivé dans les régions montagneuses où la plupart
des
fermiers préfèrent d'habitude produire des cultures commerciales
telles que
le café, le thé et le pyrèthre.

