POLITIQUE-LESOTHO: Le Rétablissement De La Stabilité Demeure Difficile.

JOHANNESBUR, 7 oct. (IPS) – Deux semaine après l'intervention
d'une force
de la communauté de développement de l'Afrique australe (SADC)
dans la crise
au Lesotho, le royaume montagneux s'est engagé sur une autre voie
rocailleuse qui le conduira à la stabilité politique.

Conformément à un accord signé le week-end dernier sous l'égide de
l'Afrique
du sud, ce royaume organisera de nouvelles élections dans 18 mois.
Cependant, les partis d'opposition annoncent qu'ils examinent une
proposition sud-africaine concernant la formation d'un organe
intérimaire,
composé de tous les partis, qui sera chargé de superviser les
élections.
"La proposition est entrain d'être examinée et une décision sera
prise dans
quelques jours", déclare Vincent Malebo, porte-parole de
l'alliance de
l'opposition.
L'opposition exige que le gouvernement du Premier ministre
Pakhalitha
Mosisili démissionne et ne supervise pas les prochaines élections.
L'actuelle crise s'est aggravée après que des unités de l'armée du
Lesotho
se sont rebellées, à la suite de plusieurs semaines de
contestations des
élections de mai par l'opposition. Ces élections ont assuré au
Congrès pour
la démocratie au Lesotho une victoire écrasante. Les partis
d'opposition ont
estimé que les votes ont été truqués.
La violence a obligé les pays de la SADC, notamment l'Afrique du
sud et le
Botswana, à envoyer une force d'intervention de plus de 1000
soldats pour
restaurer l'ordre dans ce pays. Près de 100 personnes sont mortes
depuis
cette intervention du 22 septembre.
Maseru, la capitale du Lesotho, a été réduite à des décombres par
les pillards.
"C'est un spectacle très dévastateur", pense Kim Brice, membre
de
l'Initiative sociale de l'Afrique australe. "La plus grave
conséquence de
l'invasion est, cependant, la division de la société en partis
politiques,
une division qui n'avait été jamais vue au Lesotho".
"Si la solution vient de l'extérieur, c'est que ce ne sera pas
une solution
durable", prévient Brice. "Ce ne sera pas légitime".
Le Lesotho a une longue histoire de lutte, depuis que Leabua
Jonathan a
confisqué le pouvoir de façon 'inconstitutionnelle' peu après
l'indépendance
en 1966.
Deux coups d'Etat militaires ont suivi en 1986 et en 1991. En
1994, une
autre crise constitutionnelle, qui a impliqué le roi Letsie III,
l'armée et
le parti national Basotho (BNP)(parti d'opposition), a secoué ce
petit pays
de l'Afrique australe.
"La grande question à laquelle aucune réponse n'a été donnée est
de savoir
si un coup d'Etat allait se produire lorsque l'Afrique du sud est
intervenue", se demande Chris Landsberg du centre d'analyses
politiques de
Johannesburg.
Les analystes politiques du Lesotho déclarent qu'au moment où le
royaume
amorce la transition, la gestion de l'armée est l'une des
questions les plus
pressantes. Les relations entre les civils et les militaires ont
toujours
représenté une menace pour la paix au Lesotho.
Les transitions précédentes ont échoué parce qu'elles n'ont pas
permis à
l'armée de concéder son emprise sur le pouvoir, car elle sait très
bie
la libéralisation serait pour elle une façon de creuser son propre
tombeau.
Pour justifier l'intervention sud-africaine, le vice-président
Thabo Mbeki a
déclaré le week-end dernier que la situation au Lesotho s'était
détériorée à
tel point que le gouvernement avait perdu le pouvoir au profit de
l'armée.
"Pour avoir goûté une fois au pouvoir de l'Etat, l'armée a
tendance à ne
pas pouvoir se passer de cela", fait remarquer Khabele Matlosa,
professeur
assistant de sciences politiques à l'université nationale du
Lesotho.
"Cela a inévitablement un impact sur le degré de contrôle
effectif et
d'autorité qu'un gouvernement civil peut avoir sur ses forces
armées",
explique-t-il.
Des gouvernements successifs ont été rançonnés par l'armée qui
demandait
entre autres des augmentations de salaires et la révocation des
officiers
supérieurs.
En 1993, les tensions au sein de l'armée ont entraîné des luttes
de factions
entre deux sections de ces forces. Ces luttes ont finalement amené
la SADC à
demander à l'Afrique du sud, au Botswana et au Zimbabwe de calmer
la tension.
Avant la crise actuelle, les jeunes officiers ont obligé 28
officiers
supérieurs à démissionner.
"Il ne peut y avoir aucune justification de l'intervention
militaire au
Lesotho si on ne tient pas compte de celui qui l'a demandée car un
processus
légitime était en cours", estime le réseau des ONG des droits de
l'homme de
l'Afrique australe", (SAHRINGON).
La légalité de l'invasion de la SADC qui a causé des dégâts de
plus de 160
millions de dollars américains, a aussi fait l'objet d'un examen
minutieux
dans la région et SAHRINGON déclare que l'opération est une
violation du
droit international.
Conformément aux principes de l'organe de la SADC chargé de la
politique et
de la défense, au nom desquels la force a agi, les pays de la SADC
sont
obligés d'entreprendre un règlement pacifique des conflits, en
utilisant
l'arme de la négociation, de la médiation et de l'arbitrage.
Une autre question ayant émergé de la crise est l'inégalité des
rapports
entre l'Afrique du sud, la super puissance de la région, et le
petit Lesotho
qu'elle entoure complètement.
Bien que le peuple Basotho ne veuille pas en entendre parler, une
théorie de
longue date prend de l'ampleur et elle consiste à coopter cette
nation de 2
millions d'habitants comme la dixième province de l'Afrique du
sud.
L'Afrique du sud emploie déjà plus de 50 pour cent de la main-
d'uvre
masculine du royaume. Elle se charge des importations du Lesotho
et a été
très souvent amenée à régler les problèmes de ce royaume.
Seulement 10 pour cent de ce pays montagneux est arable et sans un
développement économique substantiel, ce pays continuera à être un
problème
pour l'Afrique du sud, avertit un commentateur politique de
Johannesburg.