LILONGWE, 2 Oct. (IPS) – Des centaines de délinquants ayant commis
des
délits mineurs pourraient sortir de prison pour exercer des taches
communautaires, dans le cadre d'un nouveau programme
gouvernemental.
Après avoir purgé trois mois de peine de prison sur huit, James
Swarti sera
parmi des centaines de délinquants mineurs dont la détention sera
commuée en
service communautaire, une initiative pilote entreprise par le
Malawi.
"Je ne peux pas attendre d'être libéré de ce lieu. C'est l'enfer
et dès
qu'on me donnera la chance, j'accomplirai bien mon service
communautaire",
affirme un jeune déscolarisé de 17 ans qui a été emprisonné après
avoir
donné un coup de pied à son beau-père à la fin d'une querelle
familiale.
Le service communautaire est une alternative directe à l'envoi
d'une
personne en prison, pourvu que le délit ne soit pas grave et que
le
délinquant ne représente aucun risque pour la communauté.
Bien que cela soit une pratique internationale et que le code
pénal malawi
contienne beaucoup de dispositions relatives à la suspension de
peine, le
projet imite énormément l'expérience zimbabwéenne. Il s'applique
aux
délinquants mineurs écopant d'une peine de prison de moins de 12
mois et
ayant une adresse fixe.
Les délinquants travaillent pendant un certain nombre d'heures par
jour dans
des institutions locales telles que les hôpitaux, les écoles, les
services
publics et les orphelinats.
"Cela ne concerne que les auteurs de délits mineurs comme les
larcins, les
dégâts occasionnés aux biens, l'ivresse ou le désordre et une
simple
violence lors d'une fête de bière", explique Michael Mtegha, juge
dans un
tribunal de haute instance et président de la commission nationale
de
service communautaire du Malawi.
"Un voleur, un violent ou un délinquant sexuel ne sera pas
qualifié, un
récidiviste ne le sera pas non plus. Ils méritent un examen
critique",
explique-t-il en dissipant les craintes selon lesquelles le projet
relâcherait les criminels dangereux.
En dehors des avantages communautaires, le projet permettra au
gouvernement
du Malawi de réduire le budget mensuel de 700.000 kwachas (17.500
dollars
US) qu'il accorde aux prisons.
Mtegha révèle que le gouvernement zimbabwéen dépense actuellement
520
kwachas du Malawi (15 dollars US) par mois par personne pour
assurer le
service communautaire, contre 3120 kwachas (80 dollars US) par
détenu dans
une prison au Malawi.
Le projet réduira et stabilisera aussi le nombre de prisonniers.
Un récent
rapport de l'inspection des prisons indique que le service des
prisons du
Malawi a enregistré une ferme augmentation de 34 pour cent des
détenus.
Contre 4887 prisonniers enregistrés le 1er septembre 1996, le
nombre est
passé à 6557 prisonniers le 19 février 1998.
Il y a une congestion, notamment dans les prisons urbaines. A
Maula, c'est
pire. Une chambre réservée pour 40 prisonniers contient 80 à 109
détenus",
affirme le juge Duncan Tambala, chef de l'inspection des prisons
du Malawi.
"On a l'impression que les gens y suffoquent.
Le régime alimentaire est aussi pauvre, les soins médicaux,
l'hygiène et les
installations sanitaires demeurent épouvantables. Entre janvier
1996 et août
1997, 210 prisonniers en tout sont morts en détention à cause des
maladies
transmissibles telles que la tuberculose, la méningite, la
diarrhée et le
syndrome d'immunodéficience acquise (SIDA).
Lors d'un récent séminaire de deux jours organisé à Lilongwe, un
représentant de Reform International, Adam Stapleton, a approuvé
le projet
en disant que " la prison ne dissuade ni ne réhabilite le
criminel'.
Les responsables communautaires ont aussi favorablement accueilli
le projet.
Ils estiment qu'il ne permettra pas seulement aux criminels de
garder leurs
emplois et de s'occuper de leurs familles, mais il les protégera
aussi
contre les criminels endurcis.
"C'est un bon développement. Mais, on espère que les délinquants
ne
trahiront pas la confiance populaire en commettant d'autres
délits. Cela
entraînerait plus de justice car les gens penseront qu'ils ne sont
pas près
de se repentir", observe Adam Musa, un responsable communautaire
dans la
commune de Kawale (Lilongwe).
Au cours de ces dernières années, le Malawi a vu naître des
groupes urbains
de vigilance et la vindicte populaire (la lapidation ou le brûlage
vif des
délinquants et des suspects) car le système judiciaire du pays
n'inspire
plus confiance.

