DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Les Intellectuels Défendent La Renaissance Africaine.

JOHANNESBURG, 1er oct. (IPS) – Le terme 'Renaissance Africaine'
peut, tout
comme la mondialisation, bientôt se joindre à la pléthore des mots
en vogue
dans le jargon international, pendant que l'Afrique organise des
débats sur
la meilleure façon de sortir du déclin.

L'homme qui est derrière ce terme, le vice-président sud-africain
Thabo
Mbeki, affirme que le "continent est plein d'espoir" et exhorte
les
Africains à "continuer notre mission de véritables activistes de
la
renaissance du continent".
"Dans la mesure où nous nous sommes libérés grâce à la lutte, la
Renaissance africaine sera une longue lutte", a déclaré Mbeki,
lundi, lors
de la "Conférence sur la Renaissance Africaine" tenue les 28 et
29
septembre à Johannesburg.
C'est en 1996 que Mbeki a prononcé son fameux discours intitulé
'Je Suis
Africain' au Parlement sud-africain. Ce discours a jeté les bases
d'un
mouvement social destiné à promouvoir la fierté d'être africain et
à
propulser le développement économique du continent.
La renaissance est actuellement ancrée dans la pensée politique et
économique africaine, et les grands intellectuels du continent ont
organisé
une conférence à Johannesburg pour faire avancer le programme et
adopter une
stratégie afin d'accomplir ce qui demeure une vision abstraite.
"Si la juste vision de la Renaissance africaine est parfaitement
associée
à l'idéalisme, au réalisme et au talent politique, elle pourrait
avoir un
effet positif de grande envergure sur le progrès de la
civilisation en
Afrique et dans le monde", espère John Stremlau, analyste
américain des
relations internationales.
La conférence réunit des intellectuels africains comme Mahmoud
Mandani de
l'Ouganda, Ali Nour El-Dine de l'Egypte, Micere Githae Mugo du
Kenya et
Dialo Diop du Sénégal.
Le mouvement de renaissance africaine a été crédité par une
croissance
économique positive sur un continent qui a connu deux décennies de
croissance négative.
La performance de la croissance africaine au cours de la période
postérieure
à l'indépendance a été assez forte jusqu'à l'avènement du premier
choc
pétrolier dans les années 1970. Les investissements ont augmenté,
en passant
de moins de 14 pour cent du produit intérieur brut (PIB) en 1965 à
plus de
18 pour cent en 1973.
Les économies botswanaise, burundaise, ivoirienne, kenyane et
nigériane, ont
connu des taux de croissance sans précédent (supérieurs à 8 pour
cent par
an). Ces économies ont un rythme de croissance comparable à celui
des
économies les plus performantes des pays en développement.
La Renaissance africaine a pour objectif de rivaliser avec les
succès de la
période du boom en Afrique. Cependant, elle se produit à un moment
où les
termes de l'échange n'accordent plus la préférence aux faibles
économies,
alors que la mondialisation menace d'accentuer la marginalisation
des pays
en développement.
La Conférence des Nations Unies pour le commerce et le
développement
(CNUCED) fait remarquer que la relance du continent, qui a
commencé depuis
1994, a suscité un nouvel optimisme. Selon la CNUCED, l'actuelle
relance
pourrait constituer un tournant pour l'Afrique.
Le mouvement de la renaissance est né lorsque les bonnes nouvelles
relatives
à la démocratisation, au développement et à la stabilité ont été
entendues
sur le continent.
"La Renaissance africaine est une occasion unique permettant aux
Africains
que nous sommes de nous définir et de définir notre programme
suivant nos
propres réalités", explique le professeur William Mokgoba de
l'université
de Witwatersrand de Johannesburg. "Il faut que nous (les
Africains) soyons
les agents de notre propre destinée".
Aucun autre continent n'a eu une histoire aussi déformée que
l'histoire
africaine. Même dans le domaine du savoir, il y a beaucoup de
désinformations au sujet de l'Afrique, dénoncent les
intellectuels.
Dans les milieux économiques aussi, l'Afrique est fréquemment
décrite comme
un continent sans opportunités, qui est soumis à l'énorme
intervention de
l'Etat, aux stratégies de développement malavisées et
introverties.
C'est ce que la Renaissance africaine a l'intention de changer
pour célébrer
les succès du continent.
Dans ses reportages, la presse internationale a été plus motivée
par les
images des femmes et des enfants affamés, les coups d'Etat et les
inondations que par les nouvelles positives ayant trait aux
processus de
développement et à la façon dont les Africains essaient
d'améliorer leur sort.
"La simple logique enseigne que seuls les Africains peuvent
comprendre,
déclarer, initier, appliquer et s'engager à gérer la Renaissance
africaine", affirme Mokgoba.
"Le scepticisme suscité par les institutions les plus critiques
de la
société civile, comme la presse, le secteur commercial et les
universités,
est particulièrement préoccupant. Aucune d'elle . . . ne semble se
rallier à
ces appels à l'appartenance à l'Afrique. Elles continuent de
douter et de
les mépriser", déplore-t-il.