DEVELOPPEMENT: Les Négociations Sur L'avenir Des Relations ACP-UE Démarrent.

BRUXELLE, 2 oct. (IPS) – Les négociations formelles concernant
l'avenir de
la Convention de Lomé, le grand pacte commercial et d'aide entre
l'Union
européenne et les 71 pays du groupe des nations de l'Afrique, des
Caraïbes
et du Pacifique (ACP), ont finalement commencé.

Les fonctionnaires de l'Union européenne suggèrent des changements
substantiels dans la convention qui représente le plus grand
pacte
commercial et d'aide du monde. Cette convention expirera en
février 2000 et
devra être révisée pour satisfaire aux règles de l'Organisation
mondiale du
travail (OMC).
Bien que le principe final des négociations, publié par l'Union
européenne
avant la présente réunion qui a commencé mercredi, stipule que
l'UE
"examinera toutes les autres possibilités", les ministres
européens
soutiennent l'option des zones de libre échange (ZLE).
Tel qu'elles sont envisagées par l'UE, ces ZLE établiraient des
liens entre
les pays du groupe ACP qui ont déjà atteint un certain niveau de
développement. Elles (les ZLE) ont pour objectif d'établir des
accords
régionaux entre l'UE et les sous régions de l'ACP.
David Jessop, directeur exécutif du conseil des Caraïbes pour
l'Europe,
affirme que "pour l'ACP, le nouvel arrangement doit concerner le
développement et une plus grande équité entre les Etats souverains
ayant des
superficies et des richesses différentes".
"Malheureusement, il apparaît que pour l'UE, les négociations
semblent
plutôt encourager le groupe ACP à avoir plus de compatibilité avec
l'Organisation mondiale du commerce et à créer de nouvelles
conditionnalités
politiques et économiques", ajoute Jessop.
Conformément à la proposition de l'UE, les conditions d'accès au
marché
européen resteraient les mêmes que celles dont bénéficie la
Convention de
Lomé, mais les Etats de l'ACP devraient en contrepartie ouvrir
leurs propres
marchés aux produits exportés par l'Union européenne, après une
période
transitoire de dix à 15 ans qui commencerait en 2004.
La proposition de l'UE consiste à n'accorder des conditions
spéciales qu'aux
pays moins avancés (PMA) et aux petits Etats insulaires du groupe
ACP, dont
les économies sont les plus fragiles.
Parmi les 71 Etats ACP, 39 sont des PMA bénéficiant déjà d'un
accès gratuit
au marché européen. 20 autres Etats sont de petites économies
insulaires
auxquelles l'UE espère fixer des règles spéciales.
Philip Lowe, directeur général du développement à la Commission
européenne,
a récemment dit que le nouveau plan consiste à ouvrir le marché
européen sur
une base non réciproque à tous les produits provenant des PMA du
groupe ACP,
qui n'auront pas signé les accords régionaux de libre-échange
d'ici l'an 2004.
La solution proposée aux PMA consiste à améliorer les préférences
qui leur
sont accordées, en leur donnant un accès entièrement gratuit au
marché
européen, dans le cadre du système généralisé des préférences
(SGP) de l'UE.
Les pays ACP reconnaissent la nécessité de l'intégration et de la
compétitivité dans l'économieiale, mais ils devront proposer "des
calendriers plus réalistes" pour l'annulation des accords
commerciaux
préférentiels.
L'échec des négociations commerciales entre l'UE et l'Afrique du
sud, après
le 22ème round des pourparlers organisés ici ce mois-ci, suggère
que les
négociations relatives aux PMA peuvent ne pas être aussi rapides
que prévu
par la commission exécutive de l'UE qui négociera au nom de l'UE.
Glenys Kinnock, député européen, a confirmé ce point de vue en
déclarant
tout récemment que "dans le climat hostile actuel, il est
irréaliste de
croire que les pays ACP seront capables de préparer et de négocier
des
accords de libre-échange avec l'UE en cinq ans".
De l'avis des ONG battant campagne pour la réduction de la
pauvreté,
l'accent général mis sur le libre-échange est inquiétant. Les ONG
estiment
que dans un système des ZLE régionales, l'avantage profitera aux
exportateurs mondiaux de l'UE et non aux Etats ACP dont les
membres incluent
certains des pays les plus pauvres au monde.
"Le commerce et les investissements sont un domaine qui amène
l'ACP et la
société civile européenne à s'interroger de plus en plus sur
l'intention
réelle de l'UE", a déclaré cette semaine, devant la commission de
développement du Parlement européen, Simon Stocker, directeur
d'Eurostep, un
réseau d'ONG européennes.
Selon Stocker, les prévisions du FMI pour les économies africaines
sont
sombres. Le FMI estime que les exportations en provenance de
l'Afrique
chuteront de 2,7 pour cent cette année, après une année de
stagnation en
1997. Le FMI prévoit également au cours de la même période une
baisse des
investissements étrangers directs de 10,3 milliards de dollars à
9,7
milliards de dollars.
Les ONG européennes signalent que le calendrier proposé par l'UE
pourrait
"sérieusement endommager" les économies des Etats ACP. Lorsque
les zones
de libre-échange seront constituées, les pays ACP perdront leur
actuel accès
préférentiel au marché européen et seront obligés d'ouvrir leurs
marchés aux
produits européens.
"La décision des pays ACP de faire l'intégration régionale peut
bénéficier
du soutien européen, mais elle ne peut pas provenir de
l'extérieur", a
indiqué dans une récente déclaration le centre européen de gestion
des
politiques de développement, une fondation indépendante basée à
Maastricht
aux Pays-Bas.
La commission a l'intention de constituer les premières zones de
libre-échange d'ici l'an 2015, en commençant par ces groupes de
pays qui ont
déjà initié un processus d'intégration régionale. Les pays
caribéens peuvent
former une ZLE sur la base des actuels accords de CARICOM et de
CARIFORUM.
Les pays d'Afrique australe peuvent renforcer leurs accords
d'unions
douanières de la SACU et de la SADEC.
Il faudra plus de temps pour former des ZLE en Afrique de l'Ouest
(en
renforçant l'union monétaire UEMOA), en Afrique de l'Est (entre
les pays
voisins du Kenya, de la Tanzanie et de l'Ouganda) et dans le
Pacifique.
La commission suggère qu'une période transitoire de 10 ans ou plus
démarre
en 2005. Pendant ce temps, elle pourrait mettre en application les
accords
régionaux de partenariat économique. Ces accords nécessiteraient
aussi
l'approbation de l'OMC ; encore que cette dernière ne donnerait
son cord
que si les ZLE sont purement temporaires et si l'accès aux marchés
des
nations membres des ZLE est libre pour tous à la fin des dix
années.
Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont dit samedi que
la
convention de Lomé et les conventions internationales des droits
de l'homme,
sont régulièrement violées dans l'UE. Ils ont alors demandé à l'UE
d'entreprendre une action pour mettre fin au harcèlement des
immigrés.
Les ministres ont condamné le "traitement inhumain, cruel et
dégradant"
infligé à Semira Adamu qui est morte mardi dernier après que la
police lui a
placé un coussin sur la face, pendant qu'elle (la police) essayait
de
l'expulser.
Ils ont affirmé que la mort de cette réfugiée nigériane en
Belgique est le
reflet des "pratiques inhumaines" auxquelles leurs citoyens sont
confrontés à travers l'UE.