TRAVAIL: Les Zones Franches Violent Les Lois du Travail, Selon l'OIT.

GENEV, 1er oct. (IPS) – Les zones franches attirent les
investisseurs et
créent des emplois, mais elles constituent également des enclaves
de bas
salaires et d'exploitation des travailleurs, a conclu
l'Organisation
internationale du travail (OIT) après 20 ans de recherche sur le
phénomène.

Un rapport de l'OIT a été élaboré sur la question pour une réunion
des
représentants des gouvernements, des travailleurs et du patronat
des pays où
se trouvent des zones franches industrielles. Cette réunion a
commencé lundi
et prendra fin vendredi, au siège de l'OIT à Genève.
Au cours de ces dernières décennies, les pays en développement ont
entrepris
de créer des zones franches industrielles, des paradis fiscaux
consacrés à
l'ensemble des produits d'exportation. L'OIT admet que les 850
zones
franches opérant dans le monde aujourd'hui avec 27 millions de
travailleurs
– dont 90 pour cent sont des femmes – constituent un énorme
potentiel pour
le développement économique et la création des emplois.
Cependant, les résultats concrets devraient être étroitement
analysés par
les experts de développement qui considèrent les zones franches
comme le
moyen le plus rapide pour les pays en développement d'acquérir la
capacité
et les ressources nécessaires à la concurrence dans l'économie
mondiale,
souligne le rapport.
Plusieurs pays considéraient les zones franches comme une façon de
stimuler
la croissance économique et le développement, mais très peu
d'entre eux ont
été en mesure de créer les liens nécessaires pour avoir un plus
grand impact
économique, a indiqué l'OIT.
Les activités de ces enclaves se limitent essentiellement à
l'assemblage des
produits fabriqués avec des composants importés qui nécessitent
peu de
matériaux locaux, de marchandises et de services, précise le
rapport.
Au Mexique, les 'maquiladoras' ou les zones franches d'exportation
offrent
900.000 emplois aujourd'hui. Mais, après 30 ans d'opération, le
volume des
matériaux locaux utilisés par les usines représente encore deux
pour cent du
total.
Les investissements effectués dans les zones franches ont tendance
à
produire la "monoculture industrielle" car un certain nombre
d'entreprises
sont concentrées dans le même secteur d'activité.
Les fameuses maquiladoras mexicaines sont regroupées autour des
villes
frontalières comme Tijuana où un certain nombre de firmes
japonaises et sud
coréennes ont créé des magasins pour faire intrusion dans le
marché
américain. Cette zone est le principal endroit où sont fabriqués
des
téléviseurs en Amérique. Les usines de fabrication de pièces
détachées de
voitures et de montage automobile sont concentrées à Ciudad Juaez,
une autre
ville située à la frontière américaine. Les usines de Matamoros
sont
spécialisées dans la fabrication des pièces électroniques.
Les 3200 usines du secteur des maquiladoras mexicaines
représentent 30 pour
cent des exportations du pays et vendent des marchandises de près
de cinq
milliards de dollars aux Etats-Unis.
Les usines bangladaises de montage, installées à l'étranger sont
pour la
plupart concentrées dans le secteur des vête et ont vendu des
produits
de 3,4 milliards de dollars au cours de l'année budgétaire 1996-
1997. Ce
montant équivaut à 70 pour cent du total des exportations du pays.
Cinq pour cent des produits assemblés dans les zones franches du
Bangladesh
sont exportés vers les Etats-Unis, et 40 pour cent sont envoyés
vers l'Union
européenne.
Une autre caractéristique préoccupant les auteurs du rapport est
le fait que
la plupart des investissements viennent d'un seul pays ou d'une
sous région,
alors que les produits fabriqués ont tendance à aller vers un seul
marché.
Dans les zones économiques spéciales de la Chine, 54 pour cent des
investissements viennent de Hong Kong, 8,3 pour cent viennent du
Japon, 8,2
pour cent de Taiwan et 7,9 pour cent des Etats-Unis.
Dix-huit millions de personnes sont employées par des entreprises
financées
par des capitaux étrangers en Chine, et plusieurs autres millions
de
personnes travaillent dans des firmes chinoises opérant dans les
zones
protégées.
Le rapport signale que la mondialisation encourage la construction
des
chaînes internationales de production qui utilisent les zones
franches
industrielles comme des plates-formes d'exportation. Il s'agit
d'un
phénomène qui offre aux pays de grandes opportunités pour attirer
des
investissements et créer des emplois.
Cependant, la construction de ces chaînes reste monopolisée par
les
entreprises des économies les plus développées, ajoute le rapport.
En conséquence, l'OIT prévient que les pays ayant des zones
franches
pourraient être isolés des développements inespérés
d'investissements et de
commerce, s'ils n'arrivent pas à diversifier leurs investissements
et leurs
exportations.
Plusieurs zones franches industrielles n'arrivent pas à se
conformer aux
normes internationales du travail et sont incapables de mettre en
place un
système solide de relations de travail, renchérit le rapport.
En effet, les facteurs tels que le fort taux de renouvellement des
emplois,
l'absentéisme, le stress, la fatigue, la faible productivité, la
perte
excessive des matériaux et les troubles dans le monde du travail,
sont
souvent observés dans ces zones.
Le rapport demande qu'une attention spéciale soit accordée aux
questions des
employées, pas seulement parce qu'elles représentent la majorité
des
travailleurs des zones franches, mais aussi parce que l'impact que
les
conditions de vie et de travail ont sur elles, est différent de
l'impact que
ces conditions ont sur les hommes.
Malgré leurs emplois rémunérés qui font souvent d'elles la seule
source ou
le principal pilier économique de leur famille, les femmes ne sont
pas,
d'habitude, épargnées des corvées domestiques. Bon nombre d'entre
elles se
lèvent tôt pour tout apprêter à la maison avant de se rendre à
l'usine. Et
après 10 à 12 heures de travail quotidien, elles retournent à la
maison pour
s'occuper des tâches domestiques.