ECONOMIE-KENYA: La Ruée Vers Les Banques Déclenche La Panique Des Investisseurs

NAIROBI, 22 sept. (IPS) – La fermeture des trois principales
banques
kenyanes a jeté une ombre sur le secteur bancaire de ce pays de
l'Afrique de
l'Est, en causant la panique des investisseurs locaux.

La semaine dernière, les autorités kenyanes ont confirmé le rachat
de trois
banques commerciales confrontées à des difficultés financières.
La Reliance Bank, la Trust Bank et la Bullion Bank, ont été
statutairement
placées sous la supervision de la Central Bank of Kenya (CBK),
après s'être
révélées incapables de payer des chèques d'un montant total de
1.264
millions de shillings.
Un dollar américain équivaut à 59 shillings.
Dans le cadre de la gestion statutaire, les banques fonctionneront
normalement sous les ordres de direction de la CBK, mais les
épargnants ne
seront pas autorisés à retirer leurs épargnes.
La CBK, qui régule les activités des 55 banques du Kenya, a dit
que le
rachat de la Reliance Bank et de la Trust Bank a été motivé par
les
allégations de fraude et de mauvaise gestion.
Cinq hommes d'affaires et quatre directeurs de la Reliance Bank,
qui avaient
été incapables d'honorer des chèques d'un montant de 304 millions
de
shillings, ont été traduits en justice et accusés de fraude à
Nairobi, la
capitale kenyane.
"Cela fait un moment que nous les mettons en garde. Leurs
problèmes
majeurs sont l'expansion excessive et les dépenses. Ils achètent
des
domaines, font des investissements à long terme avec l'argent
qu'il faut
pour des investissements à court terme", a révélé Micah Cheserem,
le patron
de la CBK, alors qu'il se référait à la Trust Bank qui a été,
selon lui, mal
gérée.
Les rachats ont provoqué des ondes de choc dans l'industrie
bancaire d'un
bout à l'autre du pays. A la Bullion Bank, la ruée "a provoqué la
panique
de nos épargnants et entraîné le retrait de grosses sommes
d'argent ainsi
qu'une pénurie d'espèces", a-t-on appris d'une source émanant de
la banque.
"Il y a beaucoup d'incertitude, les choses peuvent empirer si les
investisseurs continuent de retirer leur argent des banques", a-t-
il
prévenu. Lundi matin, de longues queues d'épargnants inquiets,
cherchant à
retirer leur argent des petites banques, étaient bien visibles à
Nairobi.
Cependant, dans les grandes banques, il y avait très peu de signes
de
panique et les affaires se sont déroulées comme d'habitude.
Pour essayer de gagner la confiance des épargnants, la CBK a tenu
vendredi
dernier une réunion de crise avec plus de 20 petites banques
commerciales.
Au cours de la réunion, la CBK a proposé 10 mesures pour augmenter
la
transparence dans le secteur bancaire afin d'éviter une pareille
crise à
l'avenir. "La gestion bancaire repose sur la confiance et c'est
le devoir
des responsables bancaires de les gérer à l'aide des mesures
d'autorégulation", a indiqué Cheserem.
Les propositions faites vendredi dernier incluent le gel des prêts
et la
fusion des petites banques pour augmenter les parts sociales. "Il
est
important de faire des fusions ou d'injecter de nouveaux fonds
parce que dès
qu'il y a une légère secousse, les petites banques tombent très
facilement", a expliqué Cheserem.
Les économistes estiment que si la CBK n'applique pas des règles
plus
strictes aux banques asiatiques qui, contrairement aux grandes
banques, sont
essentiellement gérées par des familles, la crise peut s'aggraver.
Edward Gitahi, économiste et commentateur des affaires financières
à
Nairobi, affirme que bien que la réglementation en vigueur
actuellement sur
les actionnaires ne permette pas aux individus de détenir plus de
25 pour
cent des avoirs des banques, certaines familles continuent de
détenir près
de 50 pour cent de la plupart des banques privées au Kenya et
influencent
les décisions. "La plupart des banques asiatiques fonctionnent
comme des
familles proches et veulent demeurer aussi proches que possible",
souligne-t-il.
"Elles prennent plus de décisions destinées à maintenir leur
contrôle qu'a
observer la prudence commerciale, alors il y a énormément de prêts
internes
octroyés sans garantie adéquate", signale-t-il.
Les Asiatiques, qui représentent moins de deux pour cent des 30
millions
d'habitants que compte le Kenya, dominent le commerce et
l'industrie du
pays.