DROITS-RWANDA: Les Rebelles Hutus Sèment La Terreur, Indique Un Rapport.

NAIROB, 23 sept. (IPS) – Il y a quelques mois, Everiste Sibomana,
17 ans, a
assisté impuissant au meurtre de sa mère et de son frère par un
groupe
d'hommes armés.

A sa grande horreur, il a découvert que le sergent Kagame, l'homme
qui avait
tué son père en avril 1994, était parmi eux.
"J'ai remarqué que quelqu'un tapait à la porte et nous demandait
de la lui
ouvrir. Ma mère a voulu savoir qui c'était, mais la personne a
préféré dire
un 'visiteur', au lieu de préciser son nom", raconte-t-il.
"Ces criminels ont cassé la porte et environ dix d'entre eux sont
rentrés
dans la maison. Lorsque ma mère n'a pas pu trouver l'argent qu'ils
lui ont
demandé, je leur ai donné 1500 francs (environ 5 dollars US)",
explique-t-il. "Grâce au vif éclat de leurs torches, j'ai pu
constater que
certains d'entre eux étaient armés alors que d'autres ne l'étaient
pas. Ils
ont tué ma mère à l'aide d'épées et de petites houes. Mon jeune
frère,
Narcisse Munyabungingo, neuf ans, a aussi été tué".
Son jeune frère, Bernard Habiyakare, 13 ans, a été aussi
grièvement blessé.
"Après que je leur ai donné de l'agent, ils m'ont donné un coup
de houe sur
la tête et ont cru que j'étais mort lorsque je suis tombé par
terre",
ajoute-t-il.
Le groupe a tué d'autres survivants, y compris la tante et la
grand-mère de
Sibomana. "Il y aurait eu plus de victimes si l'appel au secours
lancé aux
voisins n'avait pas obligé les infiltrés à s'en fuir", explique
Africa
Rights, un groupe de défense des droits de l'homme dont le siège
est à
Londres, dans un nouveau livre présenté mardi dernier.
Le livre intitulé 'Rwanda : The Insurgency In The Northwest' (le
Ruanda :
l'insurrection du Nord-Ouest), signale que depuis plus d'un an,
les
populations de toutes les communautés du Nord-Ouest, situées à la
frontière
avec la République démocratique du Congo (RDC), et des localités
lointaines,
sont massacrées par les insurgés.
Le livre énumère un grand nombre d'atrocités, y compris 17
étudiants et une
religieuse belge assassinés à Satinsyi (Gisenyi) en octobre 1997
et 26
personnes tuées lors d'une attaque perpétrée contre les locaux de
la commune
de Bulinga à Gitarama en avril.
"La tuerie se poursuit, seulement qu'elle n'a ni l'ampleur ni la
rapidité
des 100 jours de génocide connus en 1994 ; néanmoins, elle est
d'une
régularité affligeante", selon Rakiya Omaar d'African Rights.
Plus d'un million de Tutsis et de Hutus modérés ont été massacrés
par les
milices hutus 'Interahamwe' (ou ceux qui luttent ensemble dans la
langue
kinyarwanda) en 1994.
"Tout comme le génocide, la violence n'est pas irrégulière ou
ethnique,
c'est une violence politique. Les insurgés font actuellement une
guerre que
les dirigeants politiques et militaires de l'ancien gouvernement
ruandais,
ont commencée à préparer depuis qu'ils ont été évincés du pouvoir,
en
juillet 1994", rapporte Omaar.
Depuis le rapatriement massif des réfugiés de la RDC en novembre
1996, la
sécurité du Nord-Ouest a été fragile, car des attaques régulières
y ont
lieu. En m97, des missions d'infiltration et des incidents isolés
se
sont transformés en une véritable opération militaire.
"Environ 30 à 40.000 insurgés sont entrés au Nord-Ouest et près
de 5000
sont restés en RDC sur des bases proches de Masisi au nord Kivu.
Ils ont
immédiatement commencé à viser les survivants tutsis, dans une
tentative
d'achèvement du génocide et d'élimination des personnes prêtes à
témoigner
contre les génocidaires connus", a souligné le livre.
Les chefs des insurgés sont des soldats des Forces armées
ruandaises (FAR)
de l'ancien régime, qui ont aussi occupé d'importantes positions
dans la
hiérarchie militaire instaurée dans les camps de réfugiés en RDC.
Pour
obtenir des armes, de l'aide financière et du soutien politique et
diplomatique, ils comptent sur les liens tissés avec les
dirigeants de
l'ancien gouvernement qui est actuellement en exil.
Ils font partie de l'armée de libération du Ruanda (ALIR). Leur
branche
politique est connue sous le nom du Peuple armé pour la libération
du Ruanda
(PALIR). Parmi les soldats, on trouve aussi plusieurs soldats des
FAR, des
miliciens interahamwes, des anciens réfugiés formés dans les camps
de la RDC
et de nouveaux soldats recrutés parmi les autochtones.
Ce livre de 263 pages présente les résultats de plus d'un an de
recherche
sur la nature et les origines du conflit. Il contient des
interviews
accordées aux anciens insurgés militaires et civils, aux
survivants de la
violence, aux résidents pris dans le conflit, aux responsables de
l'administration locale et aux chefs de l'APR, a indiqué Omaar.
L'insurrection a fait des milliers de morts et elle détruit la
société et
l'économie du Nord-Ouest. Théophile Munyandekwe, un ancien insurgé
désormais
intégré dans l'APR, a connu tous les aspects du conflit :
"Lorsque deux
éléphants se battent, ce sont les herbes qui meurent. Les
infiltrés sont
prêts à mourir si nécessaire et l'armée est déterminée à vaincre.
La
population souffre".
Jean Marie-Vianney Cyizere, un civil, était en RDC de juillet 1994
jusqu'en
janvier 1995, date à laquelle sa famille et lui sont retournés au
Ruanda,
leur patrie. En septembre 1997, il a été abordé par quatre
insurgés armés
qui ont insisté qu'il se joigne à eux, en disant :
"Tu as fait des études, mais tu es demeuré chômeur. L'actuel
régime ne veut
pas t'embaucher. Actuellement, nous avons conquis toute la ville
de Gisenyi,
ce qui nous donne l'espoir de conquérir tout le Ruanda. Tu auras
alors un
emploi. Même avant cela, tu obtiendras un grade militaire".
Il les a désertés trois mois plus tard parce qu'il était sceptique
face à
leurs chances de succès et aussi parce qu'il était opposé à leur
cruauté".
Il a décrit les stricts contrôles auxquels les combattants sont
soumis.
"Toutes les relations sexuelles librement consenties ou non,
l'ivresse et
le pillage non autorisé, sont passibles de la peine de mort. Sept
infiltrés
accusés d'avoir volé 13.000 francs (près de 42 dollars US) à un
paysan, ont
été exécutés pendant que j'étais un infiltré. Ils ont été tués, à
l'aide de
petites houes, et étranglés devant nous. La peine de mort est
aussi
appliquée aux infiltrés ayant peur des combats. Seul le commandant
peut
donner l'ordre de se retirer, rappelle-t-il.
La déon est également sanctionnée. Depuis son départ, Félicien, le
jeune frère de Cyizere, et sa nièce, Uwimana, ont été assassinés.
Sa mère et
deux de ses surs ont été enlevées par ses anciens collègues.
Africa Rights accuse aussi les soldats de l'APR d'avoir commis des
atrocités
contre la population civile dans la région affectée. Il dit, par
exemple,
qu'en avril, les soldats du 21ème bataillon ont tué 134 personnes
à Ntarama
où Evariste Munyaneza, 16 ans, a perdu quatre parents. Munyaneza a
d'abord
entendu des coups de feu provenant de la commune de Cyeru. Une
heure plus
tard, l'armée a chassé les rebelles à travers Ntarama. Au début,
la famille
n'a pas eu peur, même lorsque les renforts sont arrivés. Mais, par
la suite,
Munyaneza a pris conscience du danger.
"J'ai été effrayé quand j'ai vu les soldats tirer sur un fermier
Cyeru. Je
me suis caché dans la douche de mon voisin Alfred Kazumbenge, où
certaines
femmes m'ont rejoint. Les soldats ont cassé les portes pour
chercher les
fugitifs. Ils nous ont découverts et nous ont ordonnés de sortir
de là. Plus
tard, j'ai couru à la maison pour voir ma famille. Mon père,
Casimir
Maganya, avait succombé à une balle qu'il avait reçue dans la
tête.
Ma grand-mère, Josephine Nyirambazande, et ses petits-fils,
Macanire et
Nikuze, cinq ans, étaient aussi morts", raconte-t-il.
Les soldats ayant commis le délit ont été, plus tard, condamnés à
mort par
un peloton d'exécution.
Pour mettre fin au conflit, Africa Rights a exhorté les
belligérants
ruandais à négocier. Il faudra une initiative politique durable
pour faire
face non seulement aux griefs actuels, mais aussi aux causes
politiques
sous-jacentes qui soutiennent le conflit", suggère-t-il.