R.D.CONGO: Les Populations De Kinshasa Bénéficient D'une Aide Alimentaire.

KINSHASA, 21 sept. (IPS) – La communauté internationale essaie
d'apporter une
aide alimentaire aux populations affamées de la ville de Kinshasa,
la
capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), en proie à
une
rébellion depuis plus d'un mois. Mais cette aide est loin de
résoudre la
pénurie alimentaire dans cette ville de six millions d'habitants.

Le Programme Alimentaire Mondial(PAM) a acheminé depuis le 10
septembre
dernier 700 tonnes d'aide alimentaire constituée essentiellement
de maïs,
pour nourrir 100.000 personnes. L'agence des Nations Unies signale
en outre
que 3500 autres tonnes de vivres sont en route pour Kinshasa,
grâce à un
pont aérien établi entre Kinshasa et Pointe-Noire, la capitale
économique de
la république du Congo voisin.
“L'objectif du PAM est d'assister 120.000 personnes parmi les plus
vulnérables
que sont les enfants, les femmes enceintes et allaitantes ainsi
que les
malades dans les hôpitaux”, explique Jean-Bosco Mofiling, chargé
de presse
du PAM.
Outre le PAM, la France et l'Italie ont aussi apporté leur
assistance aux
victimes de la guerre, particulièrement dans les communes de l'Est
de
Kinshasa, théâtre des affrontements entre l'armée congolaise et
les rebelles
infiltrés dans la capitale, il y a deux semaines. Alors que l'aide
de la
France est estimée à 34 tonnes composées de groupes électrogènes
et de
vivres, celle de l'Italie n'a pas été évaluée.
Pour Marie Louise Mpeti, assistante au Programme Alimentaire
Mondial à
Kinshasa, l'aide internationale ne pourra pas résoudre le problème
d'approvisionnement de Kinshasa.
“Le circuit humanitaire ne pourra pas soulager tout le monde car
son action
est ciblée”, avoue-t-elle avant de faire savoir que seule la
distribution
commerciale pourra ramener la situation à la normalité.
Mais les six millions d'habitants de Kinshasa n'arrivent plus à
trouver les
produits essentiels sur le marché, depuis qu'une rébellion des
officiers
d'origine Tutsi de l'armée nationale, dont le but avoué est de
renverser le
président Laurent Désiré Kabila, a éclaté le 2 août dernier.
La capitale congolaise a été coupée de ses principales sources
d'approvisionnement. La province du Bas-Congo, fournisseur de la
capitale en
vivres divers, s'était transformée en un champ de bataille pour
briser
l'avancée des rebelles vers Kinshasa.
Matadi, la capitale provinciale située à 350 kilomètres au sud-
ouest de
Kinshasa et grand port congolais d'import-export par lequel
transitent les
vivres frais pour Kinshasa, est restée pendant plusieurs semaines
sous
occupation des rebelles qui ont pris soin d'incendier certains
entrepôts et
de saboter le barrage de Inga qui alimente le pays en électricité,
avant de
quitter la ville sous la pression des soldats angolais venus
soutenir le
pouvoir de Kabila.
De plus, toutes les frontières avec les pays voisins sont
fermées, limitant
ainsi les chances d'approvisionnement en denrées de première
nécessité.
“Même si les forces rebelles n'ont pas réussi à renverser Laurent
Kabila
après plus d'un mois de combats, elles sont cependant parvenus à
asphyxier
Kinshasa en la privant d'électricité et de nourriture”, estime
Louis
Kolampwe, professeur à l'école de commerce.
Les conséquences de ces actes de sabotages ne se sont pas fait
attendre. Le
pain, le riz, les farines de manioc et de mais, le sucre, le
haricot, le
poisson, principaux aliments consommés par la population de
Kinshasa, se
font très rares sur le marché. Quand on peut les trouver, ils ne
sont pas à
la portée des bourses des plus démunis. Les prix valsent
continuellement au
rythme de la demande.
“La situation alimentaire est alarmante et la population est
asphyxiée.. Non
seulement il n'y a pas beaucoup de denrées sur le marché mais les
prix sont
très élevés et inaccessibles à la majorité des Kinois (habitants
de
Kinshasa)”, fait remarquer Marie Louise Mpeti.
Freddy Tshilumba, étudiant en journalisme, accuse les commerçants
cupides
d'avoir aggravé la situation à un moment où le pouvoir d'achat
d'un grand
nombre de Congolais est insignifiant.
“Nous sommes victimes d'une surenchère pratiquée par les
commerçants qui
profitent du boom de consommation. Nous sommes obligés de payer
trois, voire
quatre fois plus cher certaines denrées de grande consommation
même celles
produites localement comme les légumes”, explique-t-il.
“Pour manger, il faut avoir une bourse solide. Les achats se
limitent au
strict nécessaire”, ajoute-t-il.
“La vie que nous vivons est un véritable carême”, ironise pour
Remy Mafu,
coordinateur du Home Christian Mwanga, un centre qui lutte pour
l'insertion des enfants de la rue âgés de 6 à 12 ans.
Les 48 enfants de ce cette institution prenaient chaque jour trois
repas par
jour. Mais depuis le déclenchement de la guerre, ils se contentent
uniquement d'un bol de bouillie de maïs, indique Mwanga.
“C'est une illustration du drame alimentaire que connaît la ville
depuis
quelques semaines. Nous ne savons pas où trouver du pain. Cette
situation aura
de terribles conséquences sur l'organisme de ces enfants qui
devient pour
l'instant très faible et nous ne savons pas ce que nous devons
faire”,
ajoute-t-il sur un ton pathétique.
Selon le PAM, les besoins alimentaires de la population de
Kinshasa sont de
l'ordre de 60.000 tonnes par mois en ce qui concerne les
principaux produits
de consommation courante. Mais l'aide alimentaire des
organisations
humanitaires n'atteint même pas la moitié de ces
besoins.