NATIONS UNIE, 22 sept. (IPS) – Les Nations Unies sont
sérieusement
préoccupées par la montée évidente du racisme, de la
discrimination raciale
et de la xénophobie dans le monde entier.
"Le néofascisme et le néonazisme gagnent du terrain dans
plusieurs pays,
surtout en Europe", signale Maurice Glèlè-Ahanhanzo, rapporteur
spécial de
la commission des Nations Unies pour les droits de l'homme.
L'aggravation spectaculaire du racisme se reflète dans les
récentes
victoires électorales des partis d'extrême droite en Autriche,
Australie,
Belgique, France, Allemagne, Italie et Norvège. Ces groupes
prônent la
xénophobie, les attaques contre les minorités ethniques,
nationales et
religieuses ainsi que le nettoyage ethnique dans les pays où ils
sont
actifs, indique Glèlè-Ahanhanzo.
En Australie, le parti national, hostile à la présence des
immigrés dans ce
pays, a raflé 23 pour cent des votes lors des élections
parlementaires dans
l'Etat de Queensland, au début de cette année-ci.
En Autriche, le parti libéral a obtenu 22,6 pour cent des votes et
41
membres au Parlement. En France, le Front national a obtenu
environ 15 pour
cent des votes à l'issue de plusieurs élections, et son influence
s'accentue, souligne-t-il.
En Italie, l'Alliance nationale a remporté environ 15,7 pour cent
des votes
et compte 53 membres au Parlement, tandis qu'en Norvège, le parti
du progrès
est devenu le deuxième plus grand parti dans ce pays avec 22 pour
cent des
votes et 41 membres au Parlement.
En Allemagne, la Deutsche Volksunion a obtenu 13,2 pour cent des
votes et 16
sièges lors des récentes élections régionales. En Belgique, le
Vlaams Blok
flamand a gagné 12,3 pour cent des votes et compte 11
représentants au
Parlement fédéral, 15 au Parlement flamand, 5 au Sénat et 2 au
Parlement
régional de Bruxelles.
En France, environ 70.000 des 150.000 demandes de régularisation
soumises
par les étrangers, ont été rejetées. Lors d'un sondage réalisé par
la
commission nationale française des droits de l'homme au début de
1998, 38
pour cent de tous les Français (hommes et femmes confondus) ont
ouvertement
dit qu'ils étaient racistes, 27 pour cent ont estimé qu'il y avait
trop de
Noirs en France et 56 pour cent ont affirmé qu'il y a trop
d'Arabes.
Dans un récent rapport de 10 pages adressé à l'Assemblée générale,
Glèlè-Ahanhanzo précise que "cette augmentation progressive du
pouvoir des
partis d'extrême droite, est préoccupante".
"L'opinion publique internationale et les organisations non
gouvernementales et internationales, qui ne semblent faire
attention qu'aux
conflits ouverts ou aux manifestations violentes du fascisme ou de
la
xénophobie, devraient être alertées, a suggéré le rapport.
Ces partis "exploitent", selon lui, un climat socio-économique
caractérisé
par la peur et le désespoir, engendrés par la conjugaison des
effets de la
mondialisation, des crises d'identité et de l'exclusion sociale".
"Ils ont aussi fait des changements pour paraître comme des
partis
démocratiques radicaux d'extrême droite, ce qui adoucit leur image
tout eur permettant de cacher leur perpétuelle préfér
ence pour le racisme et la
xénophobie", a-t-il ajouté.
Le rapport cite un article paru dans un numéro du "Monde
diplomatique" en
avril 1998, qui dit que "pour des motifs purement électoraux, les
partis
classiques de droite embrassent de plus en plus les slogans des
partis
d'extrême droite". "Certains jeunes gens sont aussi réceptifs
aux slogans
xénophobes", a indiqué le rapport.
Le rapport note que l'Internet, l'autoroute de l'information, est
singulièrement l'un des grands vecteurs du racisme. "Plus de 200
sites
disséminent de la propagande raciste", renchérit le rapport.
Glèlè-Ahanhanzo a dit qu'il faudrait faire des études et des
recherches sur
les mesures légales ou volontaires que les Etats pourraient
prendre pour
prohiber la dissémination de la propagande raciste sur l'Internet.
Il a également dit que bien que des manifestations violentes
d'antisémitisme
soient sur le déclin, le phénomène se développe toujours sur
l'Internet.
La résurgence de l'extrême droite en Europe a tellement intensifié
la
propagation des idées classiques de l'antisémitisme qu'il y a une
augmentation remarquable des actes antisémitiques violents,
notamment les
actes de vandalisme perpétrés en juillet 1998 contre un cimetière
juif dans
la ville d'Orange en France. En Lettonie, la synagogue de Riga a
été
bombardée en avril 1998.
"Ce regain des violentes manifestations antisémitiques, en
appelle à la
vigilance et à une prise de conscience", a observé le rapport
avant de
démontrer que le nombre de groupes prônant la haine a augmenté de
20 pour
cent aux Etats-Unis en 1996.
Le rapport révèle également qu'il y a une intensification de la
discrimination à l'égard des immigrés et des travailleurs migrants
dans les
nations développées et les nations en développement. "Le problème
des
travailleurs migrants existe aussi en Afrique, et certains pays
ont organisé
des vols charters pour déporter un grand nombre d'étrangers sans
papiers ou
ont détenu ces étrangers dans des camps de rétention, en attendant
leur
rapatriement".
Dans certains pays situés au sud du Sahara, les critères servant à
définir
les groupes ethniques (le territoire, la langue, la race) peuvent
être des
facteurs d'intégration et d'unification ou des facteurs de
différentiation
de plusieurs groupes ethniques, dans certaines zones
géographiques, sur la
base des stéréotypes historiques et culturels profondément
enracinés.
"Si ces critères devaient être utilisés pour mettre en relief les
différences, ils pourraient entraîner de graves conflits à
multiples
facettes", conclut le rapport.

