YAOUND, 22 sept. (IPS) – Lorsque le traité relatif à la création
de la
communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) a
été signé
à Ndjamena, la capitale tchadienne, il y a quatre ans, il a été
accueilli
comme un grand événement susceptible de promouvoir et de faciliter
le
commerce intra-régional ainsi que la circulation des biens et des
personnes.
Lors d'une réunion tenue dans la ville camerounaise de Douala le
10
septembre dernier pour évaluer le progrès de la CEMAC, les membres
(le
Cameroun, la République centrafricaine (RCA), le Tchad, le
Congo-Brazzaville, la Guinée équatoriale et le Gabon) se sont
aperçus que
seuls trois pays avaient ratifié le traité. Tous les six pays
devaient
ratifier ce traité avant que la CEMAC ne démarre ses activités.
Le secrétaire exécutif de la CEMAC, Dakayi Kamga, a déclaré que
les trois
pays (qu'il a refusé de nommer) ratifieraient le traité d'ici la
fin du mois
d'octobre. Ses assurances ont cependant été reçues avec
scepticisme au
Cameroun.
La CEMAC était supposée être élargie au Burundi, au Ruanda et à la
République démocratique du Congo (RDC) qui appartient,
conjointement avec
l'Angola et Sao Tome et Principe, à un autre regroupement
régional
problématique, notamment la communauté économique des Etats de
l'Afrique
centrale (CEEAC).
Les fonctionnaires de la CEEAC n'ont pas été payés depuis six ans,
car les
Etats membres n'ont pas pris la peine de payer leur souscription.
Jean Emmanuel Pondi, professeur assistant à l'institut des
Relations
internationales du Cameroun (IRIC), a attribué le retard observé
dans
l'effort d'intégration régionale aux "jalousies mutuelles" des
dirigeants
des nations de l'Afrique centrale. "En Afrique centrale, tout le
monde veut
être chef dans son propre pays", explique-t-il.
Kamga a exhorté les décideurs de l'Afrique centrale à faire
avancer la
campagne de l'intégration économique en sensibilisant les
dirigeants et les
peuples de la sous région sur les avantages du travail en commun.
"Nous
allons perdre si chacun va son chemin", prévient-il.
Andre Tsala Messi, secrétaire d'Etat camerounais chargé des
investissements
publics et du développement régional, affirme que c'est plus
facile pour un
homme d'affaires camerounais ou une femme d'affaires camerounaise
d'obtenir
un visa pour l'Afrique de l'Est (l'Ouganda, le Kenya et la
Tanzanie) que
pour les pays de la CEMAC.
"C'est déplorable car sans la libre circulation des biens et des
personnes,
il ne peut y avoir de commerce ou d'échanges culturels, lesquels
sont des
ingrédients importants pour l'unité régionale", souligne-t-il.
Les autres obstacles à surmonter incluent l'abolition des
barrières
douanières et commerciales ainsi que l'amélioration des réseaux de
transport
et de télécommunication. Par exemple, pour appeler le Gabon
voisin, les
clients camerounais font transiter leurs appels téléphoniques par
Paris.
Pour fonctionner sans problème, la sous région a aussi besoin
d'une monnaie
commune. "L'intégration régionale, à l'instar de l'Union
Européenne (UE),
est une nécessité. Cela doit être imité par l'Afrique centrale",
estime
Paul Biao de l'université de Yaoundé.
La sous région abrite près de 90 millions de consommateurs. Et
pour qu'ils
en profitent, James Mouangue Kobila et Leopold Donfack Soken de
l'université
de Douala ont, dans un article intitulé "La CEMAC sur une Route
Pleine
d'Obstacles", préconisé la participation du secteur privé. "Le
secteur
privé et la libre circulation des biens et des personnes doivent
jouer un
rôle indispensable", ont-il suggéré tout en signalant que, pour
que cela
aboutisse, "les micro-nationalismes doivent faire place à un
organe
régional".
En décembre dernier, la communauté des entreprises camerounaises a
proposé
la formation de l'Union du patronat de l'Afrique centrale
(UNIPACE), un
regroupement des entreprises de l'Afrique centrale. Cette union
n'a pas
encore démarré ses activités.
L'incapacité de la CEMAC à démarrer ses activités affecte aussi la
région
lors des conférences internationales où, selon Kamga, "les pays
de
l'Afrique centrale ne sont pas seulement toujours absents, mais
ils
n'adoptent jamais une position commune sur les questions
importantes".
Le commerce intra-régional ne représente que deux pour cent du
commerce
extérieur brut de l'Afrique centrale, alors qu'il représentait
sept pour
cent, il y a quatre ans, d'après les chiffres officiels publiés au
Cameroun.

