NIAME, 17 sept. (IPS) – Dans une attitude qualifiée de ridicule
par
certains observateurs, un ministre nigérien a fouetté un
journaliste de la
place, en réponse à un article publié mettant en cause sa
personne.
Le ministre de l'Intérieur, Souley Abdoulaye, s'est récemment
illustré en
violentant Bory Seyni, Directeur de publication de l'hebdomadaire
indépendant ” "Le Démocrate ” qu'il avait fait venir dans son
bureau manu
militari.
"Le ministre, comme pris par une frénésie, sort une cravache en
cuir et se
dirige vers le journaliste pour, selon ses propres termes, le
mâter
copieusement", a raconté un journaliste du "Démocrate".
Dans la foulée, le ministre a déchiré la chemise du journaliste
et a cassé
une partie de ses verres correcteurs. Les deux collaborateurs de
Souley
Abdoulaye présents lors de la scène auraient eu de la peine à le
calmer,
tellement l'homme était furieux et bavait.
Le ministre a été mis en cause par ” Le Démocrate ” dans une
ténébreuse
affaire de ” vente de blé et de parcelles de la société de transit
du Niger
(Nitra) au port de Cotonou au Bénin.
Dans un tel cas, la loi portant sur la liberté de presse au Niger,
qualifiée
par les journalistes ici de ” code pénal bis “, en raison des
lourdes peines
qu'elle prévoit, comporte pourtant une disposition sur le droit de
réponse.
Le droit de réponse est la latitude laissée à toute personne ayant
fait
l'objet d'une information contenant des faits erronés ou des
assertions
malveillantes de nature à causer un préjudice moral ou matériel,
d'apporter
des éléments de réponse ou d'intenter un procès contre le
directeur de
l'organe et le journaliste conjointement responsable.
Souley Abdoulaye n'a ni exercé un droit de réponse, ni porté
plainte contre
le journal. Il a préféré déporter le Directeur de publication de
l'organe
dans son bureau, afin de le châtier, indique un journaliste qui a
requis
l'anonymat.
Si le Niger est officiellement un Etat démocratique et laïc, force
est de
reconnaître que certaines autorités et non des moindres préfèrent
régler les
litiges par le recours au fouet, une forme de l'application de la
chari'a,
la loi islamique.
"En réalité, le comportement du ministre n'est pas surprenant
dans le
contexte du renouveau démocratique. L'histoire des régimes
autoritaires a
démontré que les garçons de course de la junte militaire
deviennent des
serviteurs plus zélés que les militaires eux-mêmes", ajoute le
journaliste.
Les journalistes nigériens ont condamné cette nouvelle violation
de la
liberté de la presse.
De l'avis de Moussa Kacha, correspondant de Radio France
International(RFI),
“aucun citoyen n'a le droit de se rendre justice. C'est un acte
qu'il faut
condamner”.
“C'est encore un acte qui prouve que l'impunité s'est installée
profondément
dans ce pays” souligne le Président de l'Association nigérienne
des éditeurs
de la presse indépendante, Maman About.
"Celui qui est au pouvoir se dit toujours qu'il aura le dernier
mot. Sinon,
comment peut-on comprendre qu'un citoyen puisse porter impunément
la main
sur un autre citoyen ? Dans ce cas précis, il faut mettre l'aspect
Ministre
et Journaliste de côté pour considérer la Constitution de la
République du
Niger qui stipule que tous les Nigériens sont égaux en droit”,
ajoute-t-il.
Bory Seyni a porté plainte à la justice. Cependant, plusieurs de
ses
confrères sont sceptiques quant à l'aboutissement ce cette
plainte. Beaucoup
de plaintes sont restées lettres mortes devant les tribunaux.
Selon certains observateurs, l'acte du ministre aura un impact
diplomatique
considérable. Pour eux, au moment où le ministre des Relations
Extérieures
fait le pied de guerre pour démontrer aux partenaires du Niger que
le pays
connaît une avancée significative en matière des droits de
l'Homme, la
bastonnade d'un journaliste par le ministre chargé de la sécurité
des
personnes et des biens vient démentir le discours officiel.
Oumar Lalo Keïta, un journaliste indépendant affirme que l'acte du
ministre
de l'intérieur rappelle étrangement la bastonnade du directeur de
publication du journal "La Voix", Abdramane Sangaré, en Côte
d'Ivoire.
C'est un acte ignoble qui n'est pas digne d'un Etat qui se veut un
Etat de
Droit", dit-il.
" C'est regrettable. Cela dénote également le fait que le Niger
va de plus
en plus vers la restauration de la dictature'.
Depuis le coup d'Etat militaire du 26 janvier 1996 qui a porté le
Général
Baré Maïnassara au pouvoir, les journalistes nigériens vivent une
ère de
terreur caractérisée par une insécurité permanente. Plusieurs
d'entre eux
ont été enlevés et tabassés à mort par des éléments de la force
publique.
D'autres journalistes de la presse privée reçoivent des menaces de
mort.
“Les escadrons de la mort” continuent à enlever des citoyens dont
des
journalistes”, affirme Oumar Lalo Keita qui préconise une
mobilisation
générale de tous les journalistes pour renverser l'ordre actuel”.

