ECONOMIE-ZAMBIE: Coca Cola Fait Ses Valises

LUSAK, 15 sept. (IPS) – La décision du gouvernement zambien de
tenir tête à
Coca Cola, la compagnie multinationale de fabrication de boisson
légère, lui
vaut les applaudissements et les critiques de la communauté des
entreprises
au moment où la multinationale s'apprête à ramasser son
investissement de
plusieurs millions de dollars.

Coca Cola a annoncé au début de ce mois qu'elle va se retirer de
la Zambie
parce que le gouvernement du président Frederick Chiluba est
revenu sur sa
précédente décision d'accorder à ce géant de la boisson légère une
concession de cinq pour cent sur les droits indirects.
La multinationale a annoncé que la fabrication de ses produits sur
la base
des vingt cinq pour cent des droits indirects en vigueur, ne
serait pas
rentable.
Certaines sections de la communauté des entreprises ont dit que le
gouvernement essaie de se comporter comme David face à Goliath.
Selon elles,
un pauvre pays comme la Zambie ne devrait pas se permettre de
défier les
multinationales qui veulent investir et créer des emplois.
Cependant, d'autres ont donné une tape dans le dos du gouvernement
en disant
qu'il est grand temps que les gouvernements résistent aux grandes
entreprises soucieuses de recoloniser les pays africains tout
simplement
parce que ces pays ont besoin des investissements capables de
créer des
emplois.
Le gouvernement zambien et Coca Cola ne se sont pas entendus sur
les 25 pour
cent de droits indirects, depuis mai. Le géant de la boisson
légère a menacé
de quitter le pays et a, ensuite, augmenté les prix de ses
boissons légères
en les faisant passer de 25 cents à 50 cents américains.
Toutefois, après de longues discussions avec les autorités
gouvernementales,
la multinationale a ramené le prix à 25 cents en attendant que le
gouvernement zambien lui accorde une réduction fiscale sur les
matières
premières.
Le ministre zambien du commerce et de l'industrie a accordé une
réduction
fiscale de 5 pour cent, mais le président Chiluba a rejeté cette
offre sous
prétexte qu'elle a été faite par un ministère peu concerné alors
que
l'affaire avait été confiée à la Zambia Revenue Authority (le
service
zambien des impôts).
Coca Cola a riposté en augmentant une nouvelle fois ses prix et en
promettant de quitter cette nation de l'Afrique australe.
Un influent homme d'affaires de Lusaka, Namakando Wina, a décrit
la demande
de concession fiscale de Coca Cola comme étant "une tactique
facile que les
multinationales adoptent chaque fois qu'elles essaient de voler un
pays
économiquement faible".
"Coca Cola aurait pu récupérer l'argent qu'elle pensait perdre en
payant
des droits indirects de 25 pour cent sur ses opérations dans des
pays comme
la Chine où elle a investi des milliards au lieu des millions de
dollars
qu'elle voulait investir en Zambie", a déclaré Wina.
"Pourquoi le gouvernement sauterait-il chaque fois qu'elle fait
balancer
la carotte ? Ce sont les farces habituelles des compagnies
internationales.
Elles recherchent toujours la facilité".
Un autre homme d'affaires de Lusaka, Francis Mukuka, a rendu le
gouvernement
responsable du fiasco des investissements. "Je ne peux pas
accuser Coca
Cola. Comme d'habitude, le gouvernement est allé à la table des
négociations
en tant que faible partenaire", a-t-il dit.
"Coca Cola offrait ce qui apparaissait à l'époque comme un bon
accord de
développement ; lorsqu'elle avait proposé 9 pour cent, le
gouvernement avait
répondu 'non monsieur, nous vous concéderons 5 pour cent parce que
vous
créerez des emplois pour nos pauvres'. Les faibles économies ont
la manie de
vendre leurs pays pour rien", a renchéri Mukuka.
Un autre homme d'affaires interviewé, a fait remarquer que les
gouvernements
des pays pauvres gagnent souvent très peu sur les investissements
faits par
les grandes corporations.
"Ces mêmes étrangers que le gouvernement favorise font très peu
d'investissement dans le pays. En témoignent les firmes sud-
africaines qui
avaient bénéficié de certaines remises lorsqu'elles étaient
arrivées en
Zambie . . . Elles payaient très mal leurs employés et
transféraient leur
argent en Afrique du sud", a-t-il indiqué.
L'économiste zambien Gilbert Mudenda a fait, lors d'une récente
interview,
une blague selon laquelle : "La libéralisation a fait de la
Zambie la plus
grande exportatrice de devises".
"Les grandes compagnies arrivent ici, elles se font de l'argent
qu'elles
envoient à l'étranger et nous laissent dans une pauvreté plus
grave que
celle dans laquelle nous nous trouvions avant leur arrivée ; elles
ne créent
que quelques emplois mal rémunérés", a-t-il souligné.
Certains sceptiques estiment que bien avant que Coca Cola ne
prenne ses
cliques et ses claques, le gouvernement peut se mettre à genoux et
donner à
la multinationale ce qu'elle veut, pour sauver 15.000 emplois et
l'investissement de 75 millions de dollars américains.
Néanmoins, le conseiller indépendant de gestion Jetty Lungu croit
que le
fait de se plier à la volonté des multinationales n'est pas
financièrement
valable.
"Les firmes comme Coca Cola vont et viennent. Si vous accordez
une
concession à l'une d'elle, une autre compagnie internationale sera
au
courant et vous finirez par vous lier à plusieurs accords peu
profitables
pour vos compatriotes . . . ", a expliqué Lungu à IPS.