DEVELOPPEMENT-ZIMBABWE: Les Villageois Sont Fatigués D'attendre Les Terres

NYAJENA, Zimbabwe, 14 sept. (IPS) – Loin du chic centre
international de
conférence d'Harare, où une conférence internationale des
bailleurs de fonds
a eu lieu sur la réforme foncière, les villageois zimbabwéens ne
savent pas
que leur sort est décidé à huis clos.

Mavhuna Hurudza, un homme de cinq ans, a, par exemple, été très
surpris par
l'idée d'une conférence tenue pour collecter de l'argent afin
d'acquérir des
terrains. "Pourquoi collecter de l'argent ?", a-t-il demandé.
Le gouvernement ne devrait rien payer pour récupérer les terres.
Même pas un
centime . . . Lorsque notre terrain a été confisqué, rien ne nous
a été
payé, alors pour moi, la conférence n'aurait pas du tout dû avoir
lieu", a
déclaré Hurudza.
Le gouvernement a déclaré qu'il ne paiera pas pour le terrain,
mais pour les
projets de développement installés sur les fermes. Mais, Hurudza
croit que
cela est injuste.
"Qui a vendu les terrains à ces colons ? Nous ne devrions même
pas payer
pour les aménagements. S'ils veulent, ils peuvent partir avec
leurs projets
de développement. En fait, c'est grâce à nos terrains, qu'ils ont
obtenu de
l'argent pour faire ces aménagements . . . ", a déclaré Hurudza.
Depuis que ce pays de l'Afrique australe a accédé à l'indépendance
en 1980,
la majorité des Zimbabwéens noirs ont dû attendre patiemment pour
obtenir
des terrains. Les mains du gouvernement ont été liées par une
clause
constitutionnelle du "vendeur et de l'acquéreur de bonne
volonté'. Et
lorsque les terrains ont été acquis, les programmes de
réinstallation ont
été lents à cause des problèmes financiers et bureaucratiques.
Les dix huit années passées ont été longues et la patience des
gens semble
toucher à ses limites. Tout récemment, des centaines de villageois
ont
envahi des fermes commerciales blanches situées dans leurs
régions. Ils
n'ont accepté de rentrer chez eux que lorsque le gouvernement a
promis de
les réinstaller avant que la saison pluvieuse ne commence en
octobre.
Le gouvernement déclare être favorable à une réinstallation en
ordre pour
corriger l'héritage de la structure de propriété agricole et
foncière
défavorable à certaines races.
Depuis 1980, trois millions d'hectares de terre ont été transférés
à 71.000
familles. D'ici l'an 2004, le gouvernement a l'intention
d'acquérir encore
cinq millions d'hectares qu'il redistribuera à 150.000 familles.
La communauté internationale serait, a-t-on dit, entrain de
favoriser un
processus où le gouvernement rachète les terres aux prix du
marché. Mais,
ceux qui se rappellent comment leur terrain a été confisqué, n'y
voient
aucune logique.
"Nous avons perdu nos enfants et nos parents au cours de la
guerre de
libération, et c'est pénible que nous ne puissions récupérer nos
terres sans
donner de l'argent", a indiqué Tukanai Maramba, chef de la région
de
Nyajena. "C'est pénible et cela ne devrait jamais se produire".
"Nous ne sommes pas contents que 18 ans après l'indépendance,
nous n'ayons
toujours pas de terre. Les choses sont pires maintenant qus ne
l'étaient sous Ian Smith (ancien Premier ministre de la Rhodésie).
D'après
les changements observés, la souffrance s'est intensifiée", a
avoué Maramba.
Nyajena est dans la région septentrionale du pays. C'est une
région
semi-aride avec une pluviométrie annuelle moyenne de 400 à 600 mm.
"Les sols sont fatigués et ne sont plus productifs. Il faut une
grande
quantité d'engrais pour obtenir quelque chose du sol. Mais,
l'année
suivante, il faut ajouter plus d'engrais. C'est ainsi que cela se
passe
chaque année, mais nous n'avons pas autant d'argent pour acheter
des
engrais", a signalé Sylvias Mawunga.
Des 39, 6 millions d'hectares que compte toute la superficie du
Zimbabwe, 33
millions d'hectares sont réservés à l'agriculture, tandis que le
reste est
affecté aux parcs nationaux, aux forêts et aux centres urbains.
Lors de l'indépendance, 6000 fermiers blancs possédaient 45 pour
des terres
arables dont la moitié se trouve dans des régions à forte
potentialité
agro-écologique. Près de 8500 petits fermiers noirs détenaient 5
pour cent
des terres arables localisées dans les régions agro-écologiques
sèches.
Les zones communales, comprenant environ 700.000 familles
d'agriculteurs,
ont occupé moins de 50 pour cent des terres arables dont les trois
quarts
sont localisés dans les régions sèches où la fertilité du sol est
médiocre,
les précipitations sont peu fiables et l'accès aux ressources
naturelles
indispensables à leur survie, est limité.
Les petits fermiers survivent dans des conditions précaires sur
moins de
trois hectares de terre ferme arrosée par la pluie contre les 2000
hectares
indispensables à leur survie.
La combinaison de la précarité, de la pauvreté des sols et de
l'inadéquation
des précipitations de la dernière saison, fait que beaucoup de
gens sont
menacés d'inanition.
"A cause de la médiocrité des sols et de la rareté des pluies au
cours de
la dernière saison, nous n'avons rien récolté. L'inanition est
partout. Si
nous n'obtenons pas bientôt de l'aide alimentaire, les gens
commenceront à
mourir. La situation est terrible alors que le gouvernement ne
fait rien",
s'est plainte Angeline Tagwireyi.
Cependant, les gens se rendent aussi compte que la terre n'est que
la
première chose. Ils ont besoin de beaucoup d'autres choses. "Même
si nous
obtenons les terres, nous aurons besoin d'une machine à traire
parce que
tout notre bétail est mort pendant la sécheresse de 1992. Nous
sommes
actuellement obligés d'utiliser des houes pour cultiver nos
sols", a ajouté
Tagwireyi.
Plus de 1000 kilomètres plus loin à Harare (la capitale), le
gouvernement
zimbabwéen cherche à obtenir près de 25,5 milliards de dollars
zimbabwéens
auprès de la communauté des bailleurs de fonds pour mettre en
uvre son
programme de réforme foncière.
Quarante cinq des plus de 60 bailleurs de fonds invités ont pris
part à la
conférence sur la réforme foncière du 9 au 11 septembre dernier.
Mais, quel
que soit le résultat de ces pourparlers, les villageois de Nyajena
sont
fatigués d'attendre les terres.
"Nous avons l'agriculture dans le sang. Donnez-nous les terres et
vous
verrez de quoi nous sommes capables. Si nous arrivons à obtenir
quelque
chose de ces sols fatigués, imaginez ce que nous pouvons faire
avec un sol
bon et fertile", a soulignennica Mbiri. (Fin/ips/lm/pm/nrn/98)
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