FINANCE-USA: Wall Street Cherche Le Responsable de la Crise.

NEW YORK, 4 sept. (IPS) – Les investisseurs américains, qui
veulent rendre
quelqu'un responsable de l'effondrement subit de Wall Street, ne
manquent
pas de suspects – depuis le président Bill Clinton jusqu'au
procureur
spécial Kenneth Starr, en passant par le président russe Boris
Yeltsin, le
secrétaire du trésor, Robert Rubin, et, au entre, le fonds
monétaire
international (FMI).

En temps normal, comme la période allant jusqu'au 17 juillet,
lorsque
l'indice industriel clé Dow Jones a presque atteint le niveau
record de 9338
points, les manigances des dirigeants mondiaux et des grandes
institutions
ont été ignorées et excusées.
Cependant, après que le Dow a perdu 512 points lundi pour atterrir
à 7539
points, son niveau le plus bas depuis novembre, les investisseurs
ont eu
peur de perdre leur argent. Ils étaient mécontents et
désillusionnés car le
marché qui, selon eux, serait toujours en hausse, est actuellement
entrain
de baisser.
Cette semaine, les analystes de Wall Street parlaient d'une
"crainte
palpable" des investisseurs. Ils ont alors exhorté la banque des
réserves
fédérales à réduire le taux de 5,5 pour cent d'intérêt prévu sur
les prêts
interbancaires appelés le taux des fonds fédéraux. Il est
également parvenu
de plusieurs régions des signes d'un déclin économique général,
bien que le
marché ait été, apparemment, mardi dernier en voie d'amélioration.
"Les scénarios des années 1930, dans lesquels les pays ont, les
uns après
les autres, dévalué leur monnaie, apparaissaient bizarres, il y a
seulement
quelques mois", a dit le New York Times dans son éditorial de
mardi.
"Actuellement, ces scénarios apparaissent plus plausibles".
"Les Etats-Unis peuvent quelque peu s'isoler du reste du monde et
c'est
tout à fait possible que la bourse recouvre sa santé et
redémarre", a
déclaré Doug Henwood, analyste économique et auteur de "Wall
Street'. Mais,
il a prévenu que "le marché de la spéculation est probablement
mort".
L'essentiel du blâme a été attribué à la Russie, à un moment où
Yeltsin
(déjà malade) ne fait que s'accrocher au pouvoir après que la Duma
a rejeté
lundi le Premier ministre, Viktor Chernomyrdin, qu'il a choisi.
Etant donné
que le rouble chute et que la Russie est incapable de rembourser
les dettes
qu'elle a contractées vis-à-vis des investisseurs, le gouvernement
de
Yeltsin est devenu un sujet de crainte pour les investisseurs.
Certains experts ont estimé que le blâme était au moins
injustement
attribué. David Kotz, professeur d'économie à l'université de
Massachusetts
(Amherst), a récemment dit que le FMI a fait du mal à l'économie
russe en
amenant le gouvernement russe à réduire les dépenses, augmenter
les taxes et
serrer le crédit.
"La Russie a suivi le FMI de si près que personne ne l'aurait
espérée", a
indiqué Kotz. "Le résultat est que les gens se sont appauvris . .
.. tandis
que la Russie vient de se montrer défaillante vis-à-vis des
créanciers ;
pendant des années, elle n'a pas payé à ses travailleurs leurs dus
; 35 à 40
pour cent de ces personnes ne sont pas du tout payés, alors que 30
pour cent
perçoivent leurs salaires avec beaucoup de retard".
En 1990, la Russie était en récession, mais elle a pu survivre de
sa
production domestique, a fait remarquer Doug Hellinger, directeur
exécutif
du centre d'étude de l'écart de développement dont le siège est à
Washington. Actuellement, a-t-il ajouté, elle dépend des
importations et ne
peut plus compter sur l'économie locale.
"Le FMI se promène dans le monde pour détruire les économies
locales. Nous
créons des économies nationales ainsi qu'une économie mondiale
creuse", a
estimé Hellinger. Il est temps que les dirigeants responsables se
lèvent
pour dire : 'Assez".
Le FMI n'est pas non plus la seule institution faisant l'objet de
critiques.
Hellinger a cité le secrétaire du Trésor, Robert Rubin, en disant
que les
responsables américains ne "recherchent que les intérêts
financiers
américains" bien que les économies de l'Asie de l'Est, de la
Russie et de
l'Amérique latine aient de plus en plus de difficultés.
Rubin était au milieu de la scène lorsque Wall Street a été
secouée lundi
dernier, tout comme en octobre dernier où le marché a vite montré
des signes
de reprise, suite à un déclin de 554 points enregistré le 27
octobre 1997.
Tout comme il l'avait fait pendant la précédente chute, Rubin a
assuré les
investisseurs qles fondamentaux de l'économie américaine sont
forts, en
raison des saines politiques économiques que nous suivons ; en
plus, les
perspectives de croissance avec une faible inflation et un faible
taux de
chômage, continuent d'être fortes".
Rubin a utilisé presque les mêmes mots pour calmer Wall Street
l'année
dernière, et ses mots semblent encore calmer plusieurs
investisseurs
américains qui ont contribué à améliorer un tout petit peu la
situation
mardi dernier. Mais, même le secrétaire du trésor a reconnu que
"le monde
est actuellement entrain de traverser une période difficile" et
les
responsables américains sont moins optimistes cette fois-ci que
les effets
des autres économies n'affecteront pas les côtes américaines.
Plusieurs raisons expliquent pourquoi la crise de cette année-ci
devrait
être différente. Premièrement, Washington a placé un capital
politique
considérable derrière Yeltsin ; en outre, le sommet de cette
semaine entre
Clinton et Yeltsin montre qu'il est toujours l'homme sur lequel
compte Wall
Street qui est conforté par le fait que la Russie suivra les
politiques
pro-capitalistes et monétaristes qui leur sont chères.
Deuxièmement, l'année dernière, les experts croyaient que les
économies
asiatiques allaient se relever du déclin actuel dont les effets
ont été
durement ressentis en Indonésie, en Corée du sud, en Malaisie et
en
Thaïlande. Depuis lors, les gouvernements thaïlandais, sud coréen
et
indonésien, ont été remplacés, mais toute l'Asie de l'Est a de la
peine face
à ce qui va certainement être un grand ralentissement économique.
Comme Henwood l'a fait remarquer, l'image amère de l'économie
mondiale a
refroidi "l'enthousiasme qu'a suscité le triomphe politique
apparent du
capitalisme, surtout au cours de ces dernières années". Cet
enthousiasme
est, pourtant, une "composante politique (vitale) du marché de la
spéculation".
Ce qui est crucial c'est que la sécurité psychologique investie
dans le
succès de Wall Street a contribué à amener plus de citoyens
américains à y
investir des fonds ; ainsi, 40 pour cent de tous les ménages
américains ont
investi dans la bourse, l'année dernière, a indiqué Henwood.
Ces nouveaux venus ont eu le sentiment d'avoir gagné jusqu'à une
date
récente, et ce sentiment a été porté à l'actif de Clinton qui a
annoncé en
mai dernier que "la bourse est passée de 3200 à 9000
(actionnaires) depuis
que je suis devenu président, et c'est sans précédent dans
l'histoire".
Soudain, plus personne n'échappe aux critiques, même les
politiciens comme
Clinton dont l'estime est devenue très grande, bien qu'il ait
reconnu avoir
eu une "relation déplacée" avec Monica Lewinsky, et tenté de
cacher les
faits liés au scandale sexuel. Un enquêteur républicain, Frank
Luntz, a
estimé que 54 pour cent des présumés électeurs, qui iront voter
lors des
élections des membres du Congrès en novembre, détiennent des
actions ou des
fonds mutuels, ce qui fait qu'ils peuvent être inquiétés par les
récents
développements.
Evidemment, Clinton doit accuser Kenneth Starr, le juge tenace
chargé du
scandale de Lewinsky, à cause de sa faiblesse politique au cours
de ces
derniers mois. Yeltsin accuse son ancien Premier ministre, Sergey
Kiriyenko,
d'avoir dévalué le rouble. Pour sa la Duma accuse Yeltsin. Mais,
si la
chute boursière entraîne une récession ici et à l'étranger, il y
aura trop
d'accusations de part et d'autres.