KHARTOUM, 2 sept. (IPS) – Plus de 300 'Moudjahidins' congolais
résidant au
Soudan, ont demandé à être rapatriés par avion pour défendre le
président
Laurent Désiré Kabila contre les rebelles qui, affirment-ils, sont
soutenus
par l'Ouganda et le Rwanda.
Les Moudjahidins, composés de jeunes Congolais, ont déclaré une
'Jihad'
(guerre sainte islamique) contre les rebelles lors d'une
manifestation
pro-Kabila organisée à Khartoum, la capitale soudaine, cette
semaine.
"Nous sommes prêts à aller lutter en République démocratique du
Congo", a
déclaré le porte-parole des Moudjahidins (les combattants
islamiques),
Hassan Sebit Tshimpiangia. "Nous voulons donner une leçon aux
forces
envahissantes.
La rébellion congolaise a éclaté le 2 août après que Kabila a
ordonné aux
dernières troupes et aux instructeurs militaires, qui l'avaient
aidé à
renverser le défunt président Mobutu Sese Seko en mai 1997, de
quitter le pays.
Kabila a accusé le Rwanda et l'Ouganda d'être les instigateurs de
la
rébellion. Tous ces deux pays ont démenti ces allégations.
"C'est humiliant d'être envahi par de petits pays comme l'Ouganda
et le
Rwanda", a lâché un manifestant qui tenait une effigie de Kabila.
Avec une population de plus de 47 millions d'habitants, la R.D.C.
est le
troisième plus grand pays d'Afrique, après le Soudan et l'Algérie.
"L'Ouganda et le Rwanda sont de petits pays. Comment peuvent-ils
songer à
envahir le Congo ?", s'est demandé Tshimpiangia. "Sans le
soutien des
Etats-Unis, l'Ouganda et le Rwanda n'auraient jamais songé à
attaquer le
Congo".
Yoweri Museveni de l'Ouganda et l'homme fort du Rwanda, Paul
Kagame, sont
perçus par beaucoup de gens à Washington comme la 'nouvelle
génération des
dirigeants africains'.
Le président américain, Bill Clinton, a aussi inclus ces deux pays
dans son
itinéraire lorsqu'il a visité six pays africains en mars.
Les manifestants, dont la plupart sont les descendants des
réfugiés qui ont
fui vers le Soudan dans les années 1960 pendant la première guerre
civile
congolaise, ont exigé que Kabila rompe les relations diplomatiques
avec
l'Ouganda, le Rwanda et les Etats-Unis qui ont accusé Khartoum
d'héberger
des 'terroristes' et des fondamentalistes musulmans du monde
entier.
Tout comme Kabila, les près de 10.000 réfugiés sont les supporters
de
Patrice Lumumba, le Premier ministre congolais assassiné en 1961.
Les manifestants ont également demandé, dans un mémorandum adressé
au chargé
d'affaires du Congo à Khartoum, que les musulmans soient nommés à
de hauts
postes au Congo.
"Les musulmans congolais doivent avoir la chance d'être impliqués
dans tous
les secteurs de la société", a indiqué le mémorandum, après avoir
accusé
l'ancien gouvernement du dictateur défunt (Mobutu) d'avoir
marginalisé les
musulmans qui représentent 10 pour cent de la population de la
RDC.
Le mémorandum a également réclamé l'instauration des tribunaux de
la Sharia
au Congo. Sous la Sharia, les membres des voleurs sont amputés,
les soûlards
sont flagellés en public et les personnes coupables d'adultère
sont lapidées.
Tshimpiangia a exhorté le président soudanais, Omar Hassan al
Bashir, à
solliciter le soutien des Arabes pour aider le peuple congolais.
"J'exhorte
le président al Bashir à aider les musulmans du Congo. Nous avons
besoin du
soutien arabe, maintenant", a-t-il signalé.
Le journal pro-gouvernemental 'Rai Al Aam' a rapporté mardi
dernier que
Kabila s'est secrètement rendu à Khartoum le 28 août pour
solliciter du
soutien.
David de Chand, un haut responsable du ministère soudanais des
Affaires
étrangères, aurait dit que les rebelles de l'armée de libération
du peuple
soudanais (SPLA) sont en RDC entrain de combattre aux côtés des
troupes
ruandaises et ougandaises.
"Nous avons la preuve que les combattants de la SPLA sont en RDC
entrain
d'aider leurs amis de l'Ouganda et du Rwanda", a précisé de
Chand,
directeur des droits de l'homme et des affaires politiques du
ministère des
Affaires étrangères.
Selon lui, les soldats de la SPLA étaient d'abord envoyés en
formation au
Rwanda, mais lorsque la crise a éclaté, ils ont été envoyés au
Congo pour
combattre.
Il a accusé la SPLA d'avoir abandonné la guerre au Soudan pour
combattre au
Congo.
Les observateurs politiques soudanais prévoient que la SPLA et le
gouvernement soudanais se laisseront bientôt entraîner par la
crise
congolaise si le conflit continue.
"Je suis sûr que (le principal groupe rebelle angolais) l'UNITA
luttera
contre les troupes du gouvernement angolais au Congo. Les
belligérants
soudanais feront la même chose. Bientôt, vous verrez que le
gouvernement
soudanais enverra de la logistique et des troupes au Congo, tandis
que la
SPLA aidera ses amis ougandais et ruandais", a dit un politicien
soudanais
à IPS, mercredi dernier.
Le conflit a déjà entraîné le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie,
qui ont juré
de chasser les rebelles de la RDC.

