BRAZZAVILL, 04 août (IPS) – Le gouvernement de la République
Démocratique du Congo (RDC) a imposé lundi un couvre-feu sur toute
l'étendue du territoire de ce pays de l'Afrique centrale, suite
aux affrontements entre l'armée congolaise et des forces opposées.
Les affrontements auraient débuté dimanche dernier, à Kinshasa, la
capitale congolaise et dans l'Est du pays. Ils opposent l'armée
congolaise contre les Banyamulenge- des congolais d'origine
rwandaise- qui seraient soutenus par les forces armés rwandaises,
a indiqué une source diplomatique lundi à Brazzaville.
Le gouvernement de la RDC a invité tous les congolais et les
étrangers à garder le calme et à rester à la maison " jusqu'à
nouvel ordre, le temps que l'armée congolaise rétablisse l'ordre
et mette tous les inciviques hors d'état de nuire". Ce message a
été diffusé par la radio nationale qui a plus tard indiqué que la
situation revenait progressivement à la normale.
Des radios étrangères comme Radio France Internationale (RFI) et
Africa Numero 1 ont également fait état de ces agitations.
Les deux stations de radio ont annoncé que les combats ont
commencé dans les villes de Bukavu et Goma, dans la région Est du
Kivu, où les troupes des Banyamulenge, soutenues par les troupes
rwandaises, auraient pris des armes pour libérer d'autres
Banyamulenge arrêtés après une mutinerie.
L'aéroport de Goma serait sous le contrôle des forces
gouvernementales de la RDC et serait fermé pour des raisons de
sécurités.
Cependant, un correspondant d'une agence de presse occidentale
en poste à Kishasa a affirmé que cette information est difficile
à vérifier car il n'y a pas de liaisons téléphoniques entre
Kinshasa et l'Est. " Pour l'instant, nous nous contentons de
cette nouvelle rassurante que nous tenons d'une source officielle
congolaise" a affirmé le correspondant.
Les Banyamulenge, assimilés aux Tutsis à Kinshasa, avaient
conduit une révolte en septembre 1997 après que les autorités du
Zaïre ont essayé de leur refuser la nationalité zaïroise (
maintenant congolaise). Les Banyamulemge vivent dans l'Est de la
RDC depuis plusieurs siècles.
Leur révolte avait marqué le début de l'insurrection qui a
conduit au renversement en mai 1997, du dictateur Mobutu Sese
Seko , par l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération
du Congo-Zaïre (AFDL). Les Banyamulenge avaient joué un rôle
considérable dans l'insurrection, aux côtés des troupes
rwandaises, ougandaises et angolaises.
Les affrontements de cette semaine surviennent quelques jours
après que le président congolais, Laurent Désiré Kabila a ordonné
le retrait de la RDC, des troupes rwandaises qui l'avaient aidé
à prendre le pouvoir.
Des tirs à l'arme automatique et des détonations d'armes lourdes
qui ont commencé lundi à Kinshasa, étaient perceptibles à
Brazzaville, de l'autre côté du fleuve Congo qui sépare les deux
capitales..
Contacté par téléphone lundi, un autre correspondant a indiqué
à IPS que de " violents affrontements opposent actuellement les
militaires congolais et les Banyamulenge tutsis à Mbindza, au
centre ville de Kinshasa".
"Tout a dégénéré la nuit de dimanche lorsque l'armée
congolaise s'est rendue au Camp Tsatchi pour récupérer du
matériel de communication laissé par les soldats rwandais aux
soldats Tutsi Banyamulenge", affirme une source qui a requis
l'anonymat. " C'est en ce moment qu'il y a eu les premiers
échanges de tirs qui ont fait deux morts".
Selon la même source, une confusion règne à Kinshasa où les
Congolais d'origine Bantou seraient entrain de commettre des
exactions contre les Congolais de faciès nilotique: la croyance
populaire est que les Tutsis et les Banyamulenge sont grands et
minces, avec un visage aquilin.
De telles exactions contre les Banyamulenge et les réfugiés
rwandais avaient été menées à Kinshasa lors de la progression
conquérante de l'AFDL vers la capitale. " Actuellement comme en
1997, les congolais d'origine Bantou livrent une chasse effrenée
contre les Banyamulenge qui sont des Tutsis", a indiqué le
journaliste." Beaucoup de Tutsis se sont repliés vers la
localité de Kintsuka, à la frontière avec le Congo-Brazzaville."
Cette chasse n'épargne pas les autorités officielles d'origine
Banyamulenge. Deux d'entre eux, notamment le ministre des Affaires
Etrangères Bizima Karaha et le Secrétaire général de l'AFDL,
Deogratias Buguera – co-fondateur de l'Alliance au pouvoir –
auraient quitté le pays. Ils seraient les principaux instigateurs
de la rébellion des Tutsis qui protestent contre la décision de
Kabila de rapatrier tous les militaires rwandais et ougandais.
Dans un message à la Nation diffusé lundi, le ministre de
l'Intérieur, Mwenze Kongolo, a invité les congolais à "
demeurer vigilants et à traquer l'ennemi ainsi que ceux qui lui
prêtent main forte".
De l'autre côté du fleuve, le débarcadère du beach de de
Brazzaville était vide le lundi. Aucun passager n'a quitté le
port pour Kinshasa et aucun bateau en provenance de Kinshasa
n'est arrivé. Au large du fleuve, des bateaux de patrouille de
la marine de Kinshasa étaient visibles. Toutes les pirogues de
pêcheurs ont été systématiquement refoulées.
" Officiellement, la frontière n'est pas fermée de notre côté.
Mais, autoriser le trafic à partir de Brazzaville risque d'être
considéré comme une provocation par les autorités de Kinshasa",
a indiqué le lieutenant-colonel Jean Aive Allakoua, commissaire
du Beach de Brazzaville. " Nous attendons de voir un premier
bateau revenir du beach de Kinshasa et, à notre tour, nous allons
suivre le mouvement".
Les Brazzavillois n'osent pas envisager une fermeture de la
frontière car les deux capitales sont étroitement liées.
Depuis la suspension des activités de la raffinerie au Congo-
Brazzaville, les approvisionnement en produits pétroliers se
font à partir de Kinshasa. De même, l'électricité qui alimente
la capitale congolaise vient du barrage de Inga en RDC, via
Kinshasa.
" Le plus difficile est que notre ville qui a déjà du mal à
nourrir ses 700.000 habitants ne sera pas en mesure de recevoir
et nourrir plus de deux millions de refugiés qui viendraient de
Kinshasa si la situation dégénère", affirme Clement Kikouama,
étudiant en sociologie à l'Université Marien Ngouabi de
Brazzaville.
Les deux capitales ont veccu des moments de tension en octobre
1997, lorsque des tirs de mortiers lancés par les belligerants de
la geurre civile au Congo-Brazzaville, ont atterri à Kinshasa,
faisant plus de 20 morts. Les autorités de la RDC avaient
riposté en tirant plusieurs obus sur Brazzaville.

