BRAZZAVILL, 03 août (IPS) – Les femmes du Congo-Brazzaville sont
prêtes à tout pour gagner du poids et perdre la forme squeletique
qui ne serait plus prisée par les hommes. Leur dernière trouvaille
consiste en l'injection de la cyproheptadine, un compimé
vitaminé, dans le canal anal, dans le but de donner plus de volume
aux muscles fessiers.
Cette méthode, qui a pris racine à Kinshasa, la capitale de la
République Démocratique du Congo Ex-Zaïre, est la dernière
euphorie des femmes des deux Congos qui se sentent de plus en
plus mal dans un corps mince.
"A l'origine de cette pratique importée de Kinshasa, se
trouveraient la plupart des danseuses des grands orchestres de la
place qui l'utilisent pour développer les formes rondes requises
pour bien exécuter certains types de danses locales", affirme un
vendeur ambulant de médicaments, qui se fait appeler Jorus.
Aujourd'hui, beaucoup de filles et femmes de Brazzaville
s'adonnent à la pratique pour attirer les hommes, car ces
derniers évitent de plus en plus les femmes minces qu'ils
soupçonnent, à tort, être plus succeptibles de porter le virus du
Sida, poursuit Jorus.
La cyproheptadine, encore appelée "bon appétit" ou "super
appétit" est un stimulant de l'appétit vendu dans la rue, par
les pharmaciens ambulants. Fabriquée par les laboratoires
asiatiques SHALINA, elle est indiquée pour les allergies et
prurits, ainsi que pour les migraines.
La notice de ce médicament le décrit comme un produit ayant des
propriétés sédatives. Il est recommandé pour un traitement
symptomatique de certains types de douleurs vasculaires. Il existe
en comprimés et en sirop et s'administre par voie orale.
" Les femmes ne l'utilisent plus comme il est recommandé sur la
notice. Elles prennent les comprimés, les écrasent et mélangent la
poudre obtenue avec de l'eau. A l'aide d'une poire, elles se la
pompent dans le canal anal", explique Jorus, qui est basé à
Talangaï, quartier Nord de Brazzaville.
Nadia Boueya, 27 ans, célibataire, affirme avoir essayé la
méthode avec succès.
"C'est par enthousiasme que j'ai utilisé cette méthode car mes
amies le faisaient. C'est la mode actuellement. Avoir de grosses
fesses, c'est aussi accrocher les regards", ajoute Nadia Boueya.
Cette méthode qui fait beaucoup d'émules inquiète les médecins
qui attirent l'attention sur les conséquences néfastes que cela
pourrait comporter.
Le docteur Bambi de la pharmacie 'Vert d'O', explique que "Un
comprimé est élaboré pour être pris par voie buccale parce qu'il
n'est pas dangereux pour le tube digestif. Ainsi il suit une voie
par laquelle il s'élimine petit à petit jusqu'à l'anus qui est
l'étape terminale".
" Il n'est donc pas normal de prendre un comprimé par voie anale.
Il peut peut-être donner les résultats escomptés. Mais il y a des
conséquences négatives. Il entraîne des hémorroïdes, des
obstructions urinaires etc.", explique le Dr. Bambi.
"Je sais que les Congolais raffolent des rondeurs bien
africaines, mais je déconseille ce procédé", ajoute-t-il.
Des sociologues avancent que cette pratique viendrait d'un
certain complexe d'infériorité réssenti par les femmes minces. La
tendance des hommes africains en général et congolais en
particulier à préférer les formes pleines serait la principale
raison qui pousse les femmes à rechercher des rondeurs, au prix
de leur santé.
D'autres pensent que ce nouveau phénomène n'est autre que la
conséquence de la pauvreté qui touche durement les femmes.
" Si les femmes doivent tout faire pour plaire aux hommes, c'est
parce qu'elles dépendent économiquement, pour la plupart, de ces
mêmes hommes. Elles doivent les charmer par n'importe quel moyen
pour avoir leur argent", souligne une sociologue.
" En d'autres termes, je ne vois pas comment une femme qui a des
moyens, pourrait se rabaisser à ce point. La puissance économique
suffit pour attirer les hommes", ajoute-elle.
L'injection de la cyproheptadine serait également utilisée avec
succès sur les personnes atteintes du Sida, qui recouvrent leur
poids, sans pour autant guérir le mal. L'effet de la thérapie
serait de très courte durée dans ce cas.
Quelques femmes cependant demeurent hostiles à cette pratique.
Ghislaine Yawoué 25 ans, est de celles-là.
"Je ne peux pas croire à une telle chose. Le comprimé se prend
par voie buccale et non par voie anale. Même les illettrés le
savent. De toutes façons, je ne prendrai pas la peine de me pomper
quoique ce soit pour voir mes fesses se développer. Je me sens
bien dans ma peau, pas du tout complexée", affirme Ghislaine
Yawoué.
Elle ajoute que les femmes qui s'accrochent à cette pratique sont
désespérées à cause du comportement des hommes. " Il faut tout
simplement être stupide pour croire que seules les personnes
minces sont porteurs du virus du sida. C'est pourquoi je pense
qu'il faut un grand travail d'éducation à l'endroit de la société
pour effacer ces croyances".

