FEMMES-AFRIQUE: Les Nations Unies Lancent Une Campagne De Sensibilisation Sur La Violence.

NATIONS UNIE, 4 août (IPS) – Les nations africaines doivent
fournir plus d'efforts pour lutter contre la violence à l'égard
des femmes dans leurs sociétés, ont déclaré les responsables des
Nations Unies lors du lancement d'une nouvelle campagne de
sensibilisation sur la violence à l'égard des femmes.

"En Afrique, nous nions une grande partie de la violence qui se
produit dans nos sociétés, et les femmes ainsi que les filles ont
plus souffert de cette dénégation que quiconque", a affirmé le
docteur Nahid Toubia, président du réseau de recherche, d'action
et d'information sur l'Intégrité Physique des Femmes, un groupe de
défense des droits des femmes africaines.
"En tant qu'Africains, nous avons une manière de nous mettre
sur la défensive face à la critique ou à l'autocritique de nos
sociétés ; je pense que c'est une recette suicidaire".
"Nous nions (la violence à l'égard des femmes) de plusieurs
manières", a reconnu Halima Ali, réfugié somalien résidant
actuellement à Boston aux Etats Unis.
"Des femmes sont violées, nos enfants disparaissent . . . la
violence est partout".
Sous la houlette du Fonds de développement des Nations Unies pour
les femmes (UNIFEM) le système des Nations Unies a lancé une
campagne de sensibilisation pour mettre en garde contre les
différentes formes de violence dont les femmes et les filles
africaines sont victimes.
Dès maintenant jusqu'à la fin de l'année, les bureaux régionaux de
l'UNIFEM à Dakar, Harare, Lagos et Naïrobi organiseront une série
d'évènements publics pour faire prendre conscience du problème, a
expliqué Noeleen Heyzer, directrice exécutive de l'UNIFEM.
Selon Heyzer, la campagne a pour but d'attirer l'attention sur les
cinq différentes sortes de violence dont les femmes sont victimes
: les abus conjugaux ou familiaux, les crimes de guerre, les
pratiques traditionnelles telles que l'excision, la violence
économique et politique et la nécessité de protéger les droits
humains des femmes au niveau de l'Etat et de la communauté.
Ces grands domaines comprennent plusieurs questions pouvant
s'avérer controversées dans bon nombre de pays africains.
Thelma Awori, administrateur adjoint du PNUD (programme des
Nations Unies pour le développement) pour l'Afrique, a affirmé
qu'une série de pratiques traditionnelles imposées aux femmes,
notamment l'excision, l'héritage de la femme et d'autres lois et
pratiques de l'héritage, sont abusives et devraient être
combattues.
De la même manière, Awori a déclaré qu'il y a plusieurs nations
africaines, notamment l'Ouganda, le Soudan, le Liberia, et la
Somalie, où les femmes et les filles ont été ou sont massivement
violées ou astreintes à l'esclavage sexuel. Bon nombre de ces
pays devraient aussi, selon elle, être une préoccupation pour la
nouvelle campagne, tout comme les pays où les organisations non
gouvernementales des femmes ont une présence remarquable,
notamment l'Afrique du sud et la Tanzanie, a-t-elle ajouté.
La campagne devrait aussi tenir compte de la crise du SIDA qui
continue de décimer les sociétés africaines, a souligné Awori.
Dans plusieurs pays, une personne sur quatre est atteinte du
virus d'immunodéficience humaine (VIH) et plusieurs femmes restent
sans protection si leurs époux ou amants refusent de porter des
préservatifs.
Le risque d'infection du SIDA est aussi une sorte de violence qui
doit être ciblée par l'actuelle campagne de sensibilisation, a
signalé Awori.
Depuis la convention de 1993 sur l'élimination de la violence à
l'égard des femmes, qui a considéré le problème comme une
violation des droits de l'homme et une forme de discrimination,
et la conférence des femmes tenue à Beijing deux ans plus tard,
le système des Nations Unies a essayé d'inclure dans les
programmes gouvernementaux la violence à l'égard des femmes.
Tout récemment, une campagne organisée par les Nations contre la
violence à l'égard des femmes d'Amérique latine et des Caraïbes, a
été approuvée par 19 gouvernements régionaux et des groupes non
gouvernementaux, a fait savoir Angela King, conseillère spéciale
des Nations Unies pour les questions de genre.
La campagne africaine, qui coïncide cette année avec le
cinquantième anniversaire de la déclaration universelle des droits
de l'homme, ne prévoit ni de nouveaux financements spécifiques ni
de pays particuliers sur lesquels se concentrer, a reconnu Heyzer.
Toutefois, elle a précisé qu'elle a pour objectif d'inclure des
projets tels que des discussions en groupes, des messages
télévisés et des tribunaux régionaux comprenant des victimes de la
violence.