NATIONS UNIE, 30 juill. (IPS) – Certaines nations en
développement et les responsables des Nations Unies préconisent la
création d'une nouvelle organisation financière mondiale (OFM)
pour protéger les nations en développement et assurer la stabilité
économique globale grâce à une action régulatrice.
La nouvelle organisation permettrait de "réduire l'écart existant
au niveau de l'actuelle structure du système financier, en
contrôlant et en régulant la circulation des capitaux privés", a
expliqué Nurul Islam, président de la commission des Nations Unies
pour la planification du développement, qui a
recommandé la semaine dernière la création de l'OFM.
Cette proposition faisait partie d'une réforme qui a tiré des
leçons de la crise économique asiatique. Entre autres, une OFM
"définirait des normes pour les agences de crédits et fixerait
des règles pour l'établissement et l'application des régimes de
faillite internationale", a annoncé la commission au conseil
économique et social (ECOSOC).
Le délégué américain Seth Winnick a cependant critiqué le projet
en disant que les institutions de Bretton Woods (la Banque
mondiale et le fonds monétaire international) sont entièrement
capables de relever le défi que représente l'actuelle crise
financière".
Johannes Wedenig, le délégué australien, a, au nom des 15 membres
de l'Union Européenne (UE), rejoint l'opposition de Washington.
L'Europe est "convaincue que les diverses fonctions proposées
pour cette nouvelle organisation peuvent, si nécessaire, être
entreprises au sein des structures existantes", a-t-il déclaré.
Hideki Ito, le délégué japonais, est également du même avis. "Ce
projet d'organisation se superpose dans une large mesure aux
fonctions des organisations existantes", a-t-il déclaré.
En défendant le projet, Islam a souligné que l'OFM tirerait en
grande partie ses membres du secteur privé et essayerait,
contrairement au FMI, d'assurer que le secteur privé "contribue à
supporter les retombées" des crises futures.
"Ces rôles … ne sont pas joués par le FMI", a précisé Islam
avant d'ajouter qu'il est incertain que le FMI accepte d'ajouter
ces rôles supplémentaires à sa charte.
Islam a reconnu que certaines des mesures régulatrices que l'OFM
pourrait adopter, sont déjà prises par plusieurs organes, mais de
façon ad hoc, cela n'a pas permis de protéger les pays les plus
pauvres qui sont demeurés "des bénéficiaires " des flux de
capitaux mobiles sans faire partie des organisations existantes.
L'Indonésien Bagas Hasporo, parlant au nom du groupe des 77 (la
coalition des 132 nations en développement), a soutenu le projet.
Il a dit à IPS qu'un paragraphe, traitant de la façon dont l'OFM
pourrait assurer la participation des créanciers privés étrangers
à la résolution des crises, "nous est très cher".
A la question de savoir ce qui manquait aux actuelles
organisations internationales, Bagas a répondu que deux semaines
avant la crise des économies d'Asie du sud-est en juillet dernier,
la Banque mondiale prévoyait une croissance asiatique qui se
poursuivrait jusqu'au prochain millénaire.
Bagas affirme avoir compris l'hostilité des autres membres vis-à-
vis du projet, car "ils soutiennent le FMI", mais il a ajouté
que toutes les nations doivent faire plus pour disséquer la
question. "C'est très naïf d'arrêter la discussion, je pense que
nous pouvons trouver une alternative".
La commission a fait une proposition similaire concernant une
nouvelle organisation financière dans un rapport qu'elle a
présenté à l'ECOSOC en 1997, mais cela n'a pas tellement attiré
l'attention des gens", a signalé Islam.
Il indique qu'il n'a pas été surpris par la réaction des
occidentaux vis-à-vis du projet car les gens "ont toujours peur
des nouvelles idées".
Certaines sources onusiennes affirment que le projet de l'OFM
pourrait connaitre une procédure longue et ardue au cours de la
phase d'élaboration et que, entre temps, les membres des Nations
Unies pourraient chercher à soulever la question devant les
commissions et les groupes de travail.

