ARUSH, 28 juill. (IPS) – Des experts réunis à Arusha en Tanzanie
ont demandé aux pays africains de réduire leurs dépenses
militaires au profit de la santé, l'éducation et autres services
sociaux.
D'après certains experts, plus du tiers des ressources du
continent sont utilisées pour acheter des armes. Les dépenses
militaires en Afrique sont estimées à huit milliards de dollars
américains.
"En Afrique, les enfants ont besoin d'éducation et de soins
médicaux, et non des chars, des chasseurs et des fusils", a
confié à IPS Oscar Arias, ancien président du Costa Rica et
président de la Fondation Arias pour la Paix et le Progrès Humain.
Les experts militaires, les responsables gouvernementaux et les
membres des organisations non-gouvernementales venus de 28 pays du
monde se sont rencontrés du 22 au 24 juillet au Nord de la
capitale tanzanienne pour une conférence de trois jours sur le
thème 'les défis du pouvoir militaire en Afrique'.
"Nous avons besoin d'éduquer les gens sur la démilitarisation.
Nous ne renions pas l'armée, mais nous voulons que ces ressources
soient utilisées dans d'autres secteurs de développement", a
ajouté Arias, dont la fondation a organisé la conférence avec le
gouvernement tanzanien.
La fondation Arias a entrepris une initiative intitulée 'la
campagne de l'an 2000', qui vise à "réorienter les dépenses
militaires vers le développement humain".
Pendant la guerre froide, l'Afrique était l'un des continents les
plus militarisés du monde. Au début des années 1990, les pays
africains ont retrouvé un semblant de paix et de stabilité avec
les processus de l'ouverture de l'espace politique à beaucoup
d'acteurs, mais les coups d'Etats et les conflits au milieu des
années 1990 ont ébranlé les avantages précoces, indiquent les
experts.
Aussi, une caractéristique originale de la militarisation en
afrique, affirment les experts, est que les pays les plus pauvres,
comme le Rwanda,la Sierra Leone, le Liberia, la Somalie, parmi
tant d'autres, dépensent beaucoup sur l'armement.
Cependant, aucours de la conférence d'Arusha, les experts
militaires africains ont refoulé l'idée de réduire les dépenses
militaires et l'effectif de l'armée.
La démilitarisation ne constitue pas une option de sécurité viable
pour l'Afrique, en raison du manque et de la mauvaise
compréhension du mot démilitarisation, de la crainte des voisins
bien-armés, et de l'idée selon laquelle le statut des forces
armées nationales représente un aspect important d'un Etat
souverain, a indiqué un participant.
Le Général du corps de l'armée de la Tanzanie, Gideon Sayore,
soutient que la démilitarisation entraînerait le chômage et de
nombreux problèmes. "Nous devons faire très attention car la
question est sensible et délicate", affirme Sayore, chef d'Etat
major de l'armée tanzanienne qui compte 40.000 militaires.
Par ailleurs, les experts croient qu'avec l'instabilité politique
au Rwanda, au Burundi, en Sierra Leone, en Ethiopie, en Algérie,
et en Erythrée, les dépenses militaires en Afrique ont de fortes
chances d'augmenter plutôt que de baisser.
Mais d'après Eboc Hutchful, un expert sur la démilitarisation en
Afrique, certains pays prennent du recule. L'Afrique du Sud a
essayé de réduire son budget militaire de 51% depuis 1989, et
l'effectif de son armée est passé de 121.000 à 75.000 hommes.
Le Zimbabwe procède aussi à la réduction de ses troupes de 51.000
à 40.000, alors que l'actuelle armée du Mozambique qui est de
12.000 hommes représente moins de la moitié des 30.000 hommes
autorisés par l'accord de paix de 1992 qui a mis fin au conflit
entre le gouvernement au pouvoir du Frelimo et les rebelles du
mouvement de la résistance nationale
(RENAMO).

