AFRIQUE-SANTE: Les Entrepreneurs Se Lancent dans La Prévention du SIDA.

NAIROB, 27 juill. (IPS) – Les entrepreneurs africains
s'intéressent de plus en plus à la campagne de sensibilisation sur
le SIDA pour empêcher leurs travailleurs de contracter la maladie.

" Le SIDA est nuisible aux affaires", a déclaré Lucy Hunter de
la coalition des entrepreneurs botswanais. "La plupart des
entreprises investissent d'énormes sommes d'argent pour former
leur personnel et vont jusqu'à le protéger contre le braconnage
des entreprises rivales ; maintenant, le SIDA fait partie du
décor, c'est une menace plus grande que toute autre entreprise
rivale".
Hunter ainsi que ses collègues de l'Afrique de l'est et de
l'Afrique australe se sont rencontrés ici cette semaine pour
discuter des mesures à prendre pour prévenir la crise imminente
dela main-d'oeuvre dans les entreprises.
"La prévention est notre seule option. Nous ne pouvons pas dire
qu'il vaut mieux prévenir que guérir car il n'y a point de
remède", a déclaré Julius Namale de la Barclays Bank of Kenya
Limited.
Après avoir examiné les politiques d'emplois proposant un juste
traitement des employés atteints du SIDA, le séminaire de trois
jours a préconisé un code commun du SIDA et de l'emploi à toutes
les industries. Ce code régira les questions telles que la
révision de l'aide médicale et l'élimination de toute
discrimination liée à l'attribution des primes de travail sur la
base du résultat du test du SIDA.
"Nous travaillons avec le secteur privé et le secteur public pour
élaborer des politiques qui protégeront non seulement les
investissements des entreprises et les ressources humaines, mais
assureront aussi que les employés infectés par le virus seront
bien traités par leurs employeurs", a expliqué Réné Lowenson de
l'Organisation pour l'union syndicale africaine(OATUU).
Des 31 millions de personnes infectées par le virus mortel dans le
monde, près des deux tiers sont en Afrique, d'après les tout
récents chiffres publiés par ONUSIDA, la publication des Nations
Unies.
Deux millions de personnes meurent chaque année et 80 pour cent
des décès surviennent en Afrique subsaharienne. Au Zimbabwe, un
adulte sur quatre meurt du SIDA, tandis que 43 pour cent des
femmes botswanaises sont séropositives. En Afrique du sud, 3
millions de gens sont infectés.
"L'Afrique est affectée de façon disproportionnée par le SIDA",
a déclaré Peter Lamptey de Familiy Health International (FHI) dont
le siège se trouve à New York.
Il a été annoncé lors de la réunion que 75 pour cent de tous les
cas de décès d'adultes en Afrique, sont dus au SIDA. Il s'agit
d'une grande majorité de personnes actives, ayant entre 20 et 50
ans, capables de développer leurs talents et de contribuer à la
croissance économique de leur pays.
Cependant, certains succès ont été enregistrés au Botswana.
"Cette année-ci, étant donné qu'un nombre relativement restreint
de cas de VIH a évolué vers le SIDA, le virus coûtera aux
entreprises 0,7 pour cent de leur charge salariale", révèle une
enquête effectuée par la coalition des hommes d'affaires
botswanais. "Mais, dans cinq ans, cela se sera multiplié par
sept et les frais médicaux atteindront près de 12 pour cent de
leur charge salariale".
"Les coûts du SIDA pour les ménages, les travailleurs, le
patronat, les entreprises, les secteurs privés et les économies
nationales, sont incroyablement énormes compte tenu des frais et
des pertes en ressources humaines", a rapporté Lamptey.
Selon Hunter, une nouvelle enquête effectuée dans les usines
zimbabwéennes, où le taux des nouvelles infections a baissé de
plus d'un tiers grâce à 6 dollars dépensés par an et par employé,
est la preuve que la sensibilisation sur la prévention au travail
est réellement efficace.
Certaines usines ont donné des conseils à leur staff sur le VIH et
lui ont proposé des dépistages secrets, tandis que d'autres ont
proposé la même chose avec d'intenses campagnes supplémentaires de
sensibilisation faites par les travailleurs eux-mêmes. "L'un des
directeurs a dit que son entreprise dépense en général beaucoup
plus d'argent sur la protection, ce qui prévient beaucoup de
décès", a-t-elle ajouté.
La Barclays Bank of Kenya Limited s'est révélée comme l'une des
entreprises ayant obtenu beaucoup de succès. Elle a signalé une
baisse notoire des demandes de services médicaux et un changement
radical dans les attitudes des employés à l'égard de leurs amis et
collègues atteints du VIH. "La discrimination a fait place au
soutien et à la solidarité", a annoncé Namale.
Cependant, la plupart des exemples présentés lors de la réunion,
provenaient des pays membres de la communauté de développement de
l'Afrique australe (SADC). Ces pays ont déjà adopté un code légal
régissant le SIDA dans les entreprises.
Les grandes compagnies minières de la région ont, par conséquent,
commencé à faire la sensibilisation et à fournir aux communautés
voisines des moyens de prévention tels que les préservatifs et des
moyens de traitement des maladies sexuellement transmissibles qui
accélèrent la propagation du virus.
Au Zimbabwe, les propriétaires des grandes fermes commerciales
travaillent avec leurs employés pour supporter l'adoption des
orphelins dans les communautés fermières. Il y aurait un demi
million d'orphelins dans ce pays de l'Afrique australe et, selon
les prévisions, il y en aura encore un million au cours de la
prochaine décennie.
Les organisateurs du séminaire sont, cependant, mécontents du fait
que malgré l'existence du code, la majorité des firmes de la
région de la SADC ne l'ont pas reconnu. "Il y a du succès, mais
c'est malheureusement trop inégal. Nous aimerions voir beaucoup
plus de firmes faire ce que quelques entreprises sont entrain de
faire", a suggéré Lamptey.
D'autre part, la région de l'Afrique de l'Est formulera un cadre
juridique relatif au VIH et aux politiques de l'emploi. "Peu de
choses ont été faites sur le VIH dans le domaine des politiques du
travail, malgré le fait que l'impact de la maladie se fasse
clairement voir dans les milieux professionnels est-africains", a
signalé David Masika du fonds national de sécurité social du
Kenya, dont le siège est à Naïrobi.