RELIGION-RWANDA: Les Rebelles S'attaquent Aux Missionnaires.

KIGAL, 27 juill. (IPS) – L'enlèvement de deux missionnaires
belges à la paroisse de Rwandza, à environ 40 kilomètres au nord
de Kigali, transforme le Rwanda en un lieu dangereux pour la
mission des évangélistes.

"C'est le deuxième enlèvement de religieux en moins d'un mois, et
le troisième cette année-ci", affirme le Père Modes Mungwarareba,
membre de la conférence catholique épiscopale rwandaise.
Les deux prêtres catholiques, Marc François et Jean Lefebvre, ont
été enlevés dans la nuit de mardi. Les témoins oculaires estiment
que près de 150 attaquants armés seraient arrivés à 19 heures,
heure locale, en chantant des chansons de guerre, et auraient
attaqué la résidence des missionnaires. Trente minutes plus tard,
ils auraient tout pillé, y compris un centre de santé
géré par l'Eglise.
Les autorités rwandaises ont attribué la responsabilité de ces
incidents aux groupes rebelles de maraudeurs hutus qui, selon eux,
se seraient infiltrés, depuis un an, dans le pays lors du retour
massif des réfugiés provenant de la République démocratique du
Congo (ex-Zaïre) et de la Tanzanie.
Ils accusent les rebelles d'éviter des contacts avec l'armée et de
choisir des proies faciles telles que les Eglises, les écoles et
les localités isolées, habitées par des paysans peu méfiants.
François et Lefebvre, membres d'un ordre appelé les
"missionnaires d'Afrique", sont arrivés depuis plus de 20 ans au
Rwanda où les chrétiens représentent 74 pour cent des 7,8 millions
d'habitants.
"Nous avons informé nos supérieurs, en Belgique, ainsi que
l'ambassade de Belgique à Kigali", déclare un prêtre catholique
visiblement inquiet.
"Nous sommes inquiets parce qu'un tel enlèvement pourrait devenir
très désagréable", affirme Mungwarareba.
"La région où les deux prêtres ont été enlevés est une zone de
guerre infestée par des intrus qui vont et viennent", explique un
autre prêtre, en faisant allusion aux forêts séparant ce petit
pays de l'Afrique centrale de la RDC.
De l'avis de Mungwarareba, les ravisseurs se servent des prêtres
pour faire de la publicité. "C'est une façon pour le groupe armé
de faire de la propagande autour de sa cause", indique-t-il.
Ce n'est pas la première fois que les rebelles attaquent les
missionnaires. Au début de ce mois, une religieuse canadienne et
deux religieuses rwandaises ont été enlevées dans un couvent à
Bungle, à la frontière avec la RDC. Elles ont été libérées quatre
jours plus tard, sans avoir été maltraitées. Les rebelles les ont
obligées à marcher dans les forêts tout au long de la frontière
entre le Rwanda et l'Ouganda.
Le 22 mars dernier, trois religieuses espagnoles ont été
kidnappées dans le couvent de Kivumu, au sud-ouest de Gisenyi, à
la frontière avec la RDC. Elles ont été gardées pendant trois
semaines avant d'être libérées par leurs ravisseurs, près d'un
couvent dans la ville congolaise de Goma.
Les religieuses affirment que les rebelles ont essayé de les
retourner contre le gouvernement rwandais, en les impressionnant
sur la cause "légitime" de leur lutte et en niant leur
responsabilité dans le génocide au cours duquel plus d'un million
de Tutsis et de Hutus modérés ont été massacrés par des Hutus
intransigeants en 1994.
Environ dix missionnaires – dont deux étrangers – ont été
assassinés au Rwanda depuis le début de l'année dernière. L'un
d'eux, le père Guy Pinard, de nationalité canadienne, a été tué
lors de la célébration d'une messe à Ruhengeri, en février 1997,
par des présumés miliciens armés.
Une religieuse belge, Griet Bosmans, a été tuée dans des
conditions similaires, avec 17 lycéennes à Muramba, au sud de la
ville de Gisenyi.
La liste inclut le père Boniface Kagabo qui a été abattu à Par, 26
Km, près de la ville de Ruhengeri, non loin de la RDC.
"Ces actes sont ignobles et montrent la nature de ces groupes",
fait remarquer un officier de l'armée rwandaise. "Ils ne peuvent
plus défier nos forces, ils choisissent actuellement des proies
faciles pour attirer l'attention sur leur existence".
Entre juin et juillet, plus de 200 personnes ont été massacrées
par les rebelles, signalent les groupes de défense des droits de
l'homme.
Le massacre le plus récent s'est produit lorsque 34 personnes ont
été massacrées à Tare, à environ 40 kilomètres au nord de Kigali,
le 12 juillet dernier. Les rebelles hutus avaient attaqué un petit
hôtel où les victimes s'étaient rassemblées pour regarder la
finale de la coupe du monde entre la France et le Brésil.
Ces victimes ont été fusillées ou lacérées à mort par le groupe
avant de disparaître dans les forêts adjacentes.
Condamnant le massacre, le gouverneur de Kigali, Wellars
Gasamagera, a déclaré que "les tueurs sont des bêtes avides de
sang qui ne luttent pas pour l'émancipation des Hutus tel qu'ils
le disent".
Les rebelles affirment qu'ils luttent pour renverser le
gouvernement rwandais dominé par les Tutsis.
(Fin/IPS/JBK/MN/NRN/98)
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