MONROVI, 25 juill. (IPS) – Le Président libérien Charles Taylor
déclare
avoir été abandonné par les bailleurs de fonds qui ont refusé de
mettre les
fonds à la disposition de cet Etat de l'Afrique de l'Ouest.
"Je traverse des moments difficiles à cause du retard non
justifié des
bailleurs de fonds et des promesses mensongères", a-t-il déclaré
à
l'ouverture de la conférence de deux jours organisée dans le but
de
cicatriser les plaies des années de guerre civile. (1989 – 1997).
Il a déclaré que l'actuel budget de 41 millions de dollars est
nettement en
deçà de celui de 400 dollars américains, géré par l'ex
gouvernement de
feu Samuel Doe, exécuté par un groupe de rebelles en octobre 1990.
Taylor a affirmé que son gouvernement a besoin des fonds pour
restructurer
l'agriculture et l'infrastructure qui ont été détruites par la
guerre civile.
Mais Taylor, élu Président l'année dernière, a indiqué que le
manque de
fonds l'avait empêché de mener à bien son programme au cours de la
première
année de son mandat. "Non pas parce que je ne savais quoi
faire, mais
parce que je n'avais pas reçu de soutien", a-t-il indiqué.
Les bailleurs de fonds n'ont manifesté aucun engagement financier
vis-à-vis
de la période post-guerre au Liberia à cause des violations des
droits de
l'homme et le manque de tolérance envers les opposants politiques.
En avril dernier, une conférence des bailleurs de fonds organisée
sous les
auspices du Club de Paris a promis de dégager plus de 200 millions
de
dollars américains pour la reconstruction du Liberia post-guerre.
Depuis
lors, aucun financement n'a été déboursé en faveur du Liberia.
"Le peuple libérien est ravagé et déçu", a indiqué Taylor.
Taylor a exhorté les Libériens à se débarrasser du syndrome de
dépendance et
à retourner dans leurs villages, villes et clans et s'adonner à
l'agriculture. "Si les Libériens peuvent se nourrir, personne ne
contrôlera
leur destin", a-t-il déclaré.
Malgré la situation économique critique du pays, le Liberia
dépense 8,5
millions de dollars américains pour la conférence. Environ 3.000
délégués
venus des Etats Unis, d'Europe et d'Afrique ont pris part aux
pourparlers,
les premiers du genre depuis l'avènement au pouvoir de Taylor en
juillet
dernier.
Le Président américain Bill Clinton, dans un message spécial
adressé à la
conférence, a déclaré qu'il espère que les Libériens ne voudront
jamais
encore revivre la guerre. Il a exhorté les Libériens à élaborer un
programme
qui leur permettrait d'adhérer à la démocratie en vogue dans les
pays en
voie de développement.
Au cours d'une messe organisée dimanche, l'envoyé spécial de Bill
Clinton
chargé des questions de démocratie et des droits de l'homme en
Afrique, Le
Révérend Jesse Jackson, a appelé les Libériens à laisser la guerre
de côté
et à avancer avec détermination dans la construction d'un Liberia
nouveau.
Il a exhorté le gouvernement à transformer les anciens combattants
en des
constructeurs de route et en des dockers.
La conférence espère débattre d'une variété de questions dont
l'attribution
de la nationalité aux étrangers, qui reste un sujet émotif ici.
"Il sera désastreux d'accorder la nationalité aux blancs qui
peuvent
utiliser leur pouvoir économique pour acheter la moitié du Liberia
et jeter
notre peuple dans une servitude économique", a déclaré Benedict
Sannoh, un
législateur libérien.
Mais Taylor a écarté l'idée d'imposer sa volonté au peuple
libérien estimé à
2,8 millions de personnes, composé des descendants des colons
noirs en
provenance des Etats Unis et de 16 principaux groupes ethniques.
Il a
déclaré que toutes les questions controversées seront décidées
par référendum.
Dans un mouvement largement considéré ici comme un pas vers
l'apaisement des
habitants de Monrovia, le gouvernement a levé le couvre feu qui
limitait la
libre circulation des personnes la nuit, dans la capitale. La fin
du couvre
feu a formellement pris effet à partir de mercredi à minuit, six
ans après
son imposition en pleine guerre civile.
Le ministre de la justice, Eddington Varmah, a confié aux
journalistes que
les conditions de sécurité dans le pays se sont beaucoup
améliorées pour
justifier cette mesure.
"Il n'est plus indispensable de maintenir un couvre feu à
Monrovia. Les
habitants de la ville ont le droit de circuler librement", a
ajouté Taylor.

