HARAR, 24 juill. (IPS) – Un haut responsable du parti au pouvoir
a suggéré
que l'Eglise renonce à la politique et cela a provoqué la fureur
des Eglises
et des analystes qui décrivent la remarque comme étant
malencontreuse et
déplacée.
Didymus Mutasa, secrétaire administratif du front patriotique de
l'union
nationale africaine du Zimbabwe (Zanu-PF), a, selon la presse
locale,
demandé à l'Eglise de ne pas se mêler de la politique.
La colère de Mutasa provient du fait que les Eglises zimbabwéennes
ont été à
l'avant-garde des débats sur la réforme constitutionnelle dans
cette nation
de l'Afrique australe.
Au début de cette année-ci, le conseil des Eglises zimbabwéennes
(ZCC) et
d'autres organisations civiques, y compris le congrès des
syndicats
zimbabwéens (ZCTU), ont inauguré une assemblée nationale
constitutionnelle
(NCA) pour parler des réformes constitutionnelles.
"Cela ne nous gênerait pas si ce débat avait été initié par un
parti
politique quelconque, mais pas par l'Eglise. C'est une ingérence
catégorique", a dit Mutasa, cité dans le 'Herald', le journal
officiel, de
mercredi.
"La principale préoccupation du conseil des Eglises
zimbabwéennes, devrait
être le bien-être spirituel de la nation, et la politique devrait
être sa
préoccupation secondaire. Les Eglises doivent simplement laisser
les
responsables politiques régler les questions politiques", a
déclaré Mutasa.
N'ayant pas pris les remarques du politicien à la légère, les
Eglises du
pays ont très vite réagi.
"C'est une remarque insensée, typique des politiciens soumis à
des
pressions, notamment à la pression morale", a fait remarquer Mike
Auret,
directeur général de la commission catholique pour la justice et
la paix
(CCJP).
"Le pays est confronté à un énorme problème de corruption, de
contrôle
strict de la presse, de la brutalité des forces de sécurité
pendant les
manifestations pacifiques, et nous avons une constitution qui
n'autorise pas
la démocratie. Le gouvernement et le parti au pouvoir le savent et
ils
souhaitent contrôler le programme de réforme constitutionnelle",
a ajouté
Auret.
"La remarque nous renvoie trente ans en arrière, à l'époque de
Ian Smith
(ancien Premier ministre de la Rhodésie) qui avait demandé à
l'Eglise de ne
pas se mêler de la politique. Le nombre des similitudes qu'il y a
entre le
front de la Rhodésie et le Zanu-PF est surprenant", a dit Auret à
IPS.
C'est "dommage" qu'un parti qui a aussi bénéficié de l'aide des
Eglises
pendant les guerres de libération, livrées pour l'avènement du
règne de la
majorité, leur tourne désormais le dos, a souligné Greg
Linnington,
professeur assistant de science politique à l'université du
Zimbabwe.
"C'est une remarque très malencontreuse. Les Eglises se
préoccupent
légitimement du bien-être moral et politique du peuple zimbabwéen
et ce sont
là des choses qui entrent dans l'orbite des préoccupations des
Eglises", a
ajouté Linnington.
"Historiquement, les Eglises se sont toujours préoccupées du bien-
être du
peuple et, souvent, cette préoccupation s'élargit à l'arène
politique. Je ne
comprends pas comment on pourrait essayer d'exclure les Eglises",
a affirmé
Linnington. "Le parti au pouvoir est extrêmement sensible pour
rien, alors
que ce n'est pas nécessaire".
"Les partis politiques avaient été aidés durant la guerre de
libération.
Les partis au pouvoir n'avaient certainement pas fait objection à
l'aide.
Alors, pourquoi est-ce le cas aujourd'hui" ?
Cependant, selon Mutasa, certaines personnes utilisent le bras de
l'Eglise
pour renforcer leurs propres intérêts politiques. Les Eglises
devraient
"simplement faire pression" sur les politiciens pour modifier la
Constitution, a-t-il dit. "C'est cela leur rôle et il (ce rôle)
devrait
s'arrêter là".
Toutefois, Peter Nemapare, vice-président du conseil des Eglises
du
Zimbabwe, a insisté sur le fait que les Eglises ont l'obligation
morale de
protéger les droits du peuple. "Tout comme l'Eglise, nous
devrions être la
main invisible qui garde et guide les droits du peuple", a
signalé Nemapare.
Auret du CCJP a déclaré que "l'Eglise a toujours joué un rôle
dans la
politique de ce pays, pas toujours le rôle qu'elle aurait dû jouer
mais, au
cours des 50 dernières années, elle a joué un très grand rôle et a
valablement contribué aux situations et aux changements
politiques. Dans la
région, au Malawi, en Zambie, en Afrique du sud, au Mozambique,
l'Eglise a
joué un grand rôle dans les nouveaux développements.
"En tant que conscience de toute nation, l'Eglise n'a pas
seulement le
droit, mais le devoir, d'être impliquée dans la sphère
politique", a-t-il
renchéri.
"L'exemple des revendications en faveur d'une nouvelle
constitution pour le
Zimbabwe, en est la preuve. Les Eglises sont les catalyseurs de ce
nouveau
développement, et si monsieur Mutasa s'informait de la situation
qui prévaut
dans le pays, il l'aurait su", a conclu Auret.

