ECONOMIE-CONGO: La Chute Des Prix Du Pétrole Compromet La Reconstruction.

BRAZZAVILL, 23 juill. (IPS) – Le ministre congolais des
hydrocarbures, M.
Jean Baptiste Taty-Loutard a annoncé la semaine dernière que les
chances de
la reconstruction du Congo-Brazzaville sont compromises avec
l'effondrement
des prix des produits pétroliers sur le marché mondial.

A l'issue de la réunion du comité des prix des produits pétroliers
qui a
regroupé le gouvernement congolais et les sociétés pétrolières
étrangères
notamment le groupe français Elf et la compagnie italienne Agip
Recherches,
Taty-Loutard a indiqué que le prix du baril du pétrole brut est
passé de
14,115 dollars à 11,460 dollars. Le prix du butane a chuté de
11,480
dollars à 9,565 en 3 mois.
Cet effondrement confirmé des prix du brut est lié à un certain
nombre de
paramètres dont notamment la crise dans les pays asiatiques qui
sont les
principaux importateurs. " La conséquence est que ces pays
importent
moins", déclare Taty-Loutard.
Cette baisse des prix a affecté les revenus pétroliers du Congo et
le plan
de redressement et de reconstruction de Brazzaville, la capitale
congolaise,
qui a été détruite après plus de cinq mois de guerre civile (juin
à octobre
1997). Un certain nombre de programmes vont être bouleversés, a
affirmé le
ministre.
"Nous comptions beaucoup sur les redevances pétrolières. Elles
devraient
servir à soutenir la politique de reconstruction du pays et
surtout celle de
Brazzaville. Cela nous cause un préjudice énorme puisque ces prix
s'effondrant, il y a une certaine baisse des revenus que nous
attendions du
pétrole", explique Taty-Loutard.
Le gouvernement congolais a élaboré un plan de reconstruction du
pays, dont
le coût global a été estimé à 500 milliards de francs cfa. Le
fonds
monétaire international (FMI) qui a approuvé au cours de ce mois
ce
programme post- conflit devrait financer une partie de ce plan
avec d'autres
bailleurs de fonds multilatéraux. Mais une grande partie du
financement doit
provenir des fonds propres du Congo.
Le secteur pétrolier joue un rôle prépondérant dans l'économie
congolaise.
Les deux premiers booms pétroliers de 1973 et 1979 avaient donné
un
formidable coup de fouet à la production de l'or noir au Congo,
et ont
amené l'économie de ce pays de l'Afrique centrale qui était
traditionnellement producteur de produits agricoles et de bois, à
devenir
particulièrement dépendant des recettes pétrolières.
D'après les statistiques du ministère de l'économie et des
finances, la
contribution du secteur pétrolier au produit intérieur brut (PIB)
est passée
de 102,4 milliards de F CFA en 1990 à 114,8 milliards en 1995. Les
hydrocarbures fournissent en moyenne 80% des recettes
d'exportation.
La production exportée est de plus de 90% sous forme de produits
bruts et de
produits raffinés. Elle génère une part non négligeable des
ressources
disponibles.
La production du pétrole n'a cessé de croître comme le confirme
les
statistiques de la direction des hydrocarbures qui indiquent que
la
production pétrolière est passée de 5.852.559 tonnes en 1985 à
8.015.865
tonnes en 1990 pour atteindre 10.000.000 tonnes en 1992 et
dépasser les
12.000.000 tonnes en 1996.
En prévision pour 1998 avec la mise en exploitation de Kitina –
nouveau
gisement inauguré en mars dernier- dont la production est prévue à
environ
45 000 barils par jour avec 6 puits, la production pétrolière
congolaise
devrait atteindre les 13.600.000 tonnes.
D'après le ministre congolais des finances et du budget M. Mathias
Ndzon,
les revenus de l'Etat sont constitués des recettes du secteur non
pétrolier
et du secteur pétrolier. 109 milliards de F CFA de recettes non
pétrolières
proviennent de Pointe-Noire, la capitale économique qui n'avait
pas été
touchée par la guerre. Les neuf régions (sur 10) restantes du
Congo
fournissent à peine 10% de recette hors pétrole.
"Le secteur pétrolier fournissait 350 milliards de F CFA de
recettes quand
le prix du baril était à 17 dollars, il y a quelques années. Le
trésor
public congolais encaissait 8 à 9 milliards de recettes
pétrolières en plus
des 6 milliards du secteur hors pétrole. L'Etat n'éprouvait aucune
difficulté pour payer ses agents, car la masse salariale s'élève à
9
milliards de F CFA par mois", a annoncé le ministre Ndzon, au
cours de la
conférence de presse qu'il a donné à Brazzaville la semaine
dernière.
"Or, le retournement de la situation du marché pétrolier a
provoqué la
chute du prix du baril à 11,460 dollars. Le pétrole de Djeno, qui
est
l'équivalent du Brent du Nord, est tombé à 9 dollars le baril. Si
on
retranche sur ces 9 dollars les 7 dollars relatifs aux coûts
pétroliers, le
Congo ne touche plus que 2 dollars. Et comme le Congo est en
régime de
partage pétrolier avec ses partenaires, il ne lui reste finalement
qu'un
dollar US", a détaillé Ndzon qui explique que cette situation
justifie
ainsi le décalage dans le paiement des salaires des
fonctionnaires.
Face à ce tableau sombre de l'économie congolaise, le ministre
Mathias Ndzon
a annoncé les mesures appropriées prises par les pouvoirs publics
pour
retrouver la croissance et rétablir les équilibres macro-
économiques.
" Il s'agit de la réalisation des recouvrements et la
normalisation du
prix du baril en terme de partage de la rente pétrolière, la
recherche des
voies et moyens pour ouvrir d'autres ressources financières à
l'Etat et la
lutte contre la déperdition des finances publiques à tous les
niveaux.