DROITS-ZAMBIE: Les Femmes Tardent A Signaler Les Cas De Harcèlement Sexuel

LUSAK, 21 juill. (IPS) – Les femmes zambiennes ont accueilli la
récente
suspension d'un fonctionnaire pour harcèlement sexuel comme un pas
fait dans
la bonne direction pour attirer plus d'attention sur ce "crime
caché".

Dans une mesure sans précédent prise ce mois-ci, le service
zambien du fisc
(ZRA) a indéfiniment suspendu un cadre après qu'une employée a
signalé aux
autorités, qu'il lui avait demandé des faveurs sexuelles.
La Zambie a des lois qui protègent les femmes contre le
harcèlement sexuel,
mais les femmes n'arrivent pas souvent à signaler le crime, de
peur de
perdre leurs emplois. Le cas du ZRA peut, selon les activistes,
servir à
aborder d'autres cas.
La directrice de l'association des jeunes femmes chrétiennes
(YWCA), Dorcas
Mbozi, déclare que grâce aux enquêtes, son organisation a
amplement la
preuve que les hommes qui occupent des postes de responsabilité
abusent de
leurs jeunes employées.
"Le harcèlement sexuel est réel dans les milieux professionnels
zambiens",
déclare Mbozi avant d'ajouter que…"c'est l'un des crimes
cachés, et qu'il
est extrêmement nécessaire de former des groupes de soutien (pour
exposer
les cas de harcèlement sexuel), sinon cela continuera à être
traité comme un
crime caché".
Le porte-parole de la police, Beenwell Chimfwembe, a défendu ce
point de
vue. "Les cas de harcèlement et de violence sexuels sont
d'habitude ignorés
en Zambie et c'est très difficile de savoir exactement combien de
cas il y
a, car la plupart ne sont pas signalés", a indiqué Chimfwembe.
Le cas du ZRA ouvre, selon les femmes, la voie à d'autres femmes
qui veulent
raconter leurs histoires car dans ce cas-ci, les autorités ont
entrepris une
action. "Cette femme du ZRA devrait recevoir une médaille pour
son
courage… je connais très peu de femmes qui peuvent parler de
leurs patrons
pour un certain nombre de raisons incluant la possibilité de
perdre son
emploi", affirme Jane Mulenga, vendeuse à Lusaka, la capitale.
"Cependant, elle l'a signalé et cela encouragera d'autres femmes
à dénoncer
tous les hommes qui ne respectent pas les sentiments des femmes",
ajoute
Mulenga.
Un professeur du cours secondaire croit qu'il faudra beaucoup de
temps pour
mettre fin au harcèlement des femmes au travail, à moins qu'il y
ait plus
d'emplois disponibles. "C'est difficile de trouver de bons
emplois ces
jours-ci, même quand vous êtes diplômé… les femmes diplômées
s'offrent aux
potentiels employeurs et je crois que la création d'emplois est
probablement
un début de solution si nous voulons mettre fin à la situation
actuelle",
dit-elle.
Un journaliste pense cependant que le harcèlement sexuel n'est pas
toujours
un problème clairement défini et il craint que les hommes soient
injustement
accusés.
Je pense que le cas du ZRA doit être minutieusement étudié… Il
contient
beaucoup de points faibles. La direction doit faire des enquêtes
avant de
punir sévèrement ce fonctionnaire… c'est peut être une affaire
de
relations amicales qui a tourné au vinaigre. Cette hypothèse ne
peut pas
être complètement exclue", pense Jowie Mwiinga.
Le chercheur et le militant des droits de l'homme Sara Longwe dit
que malgré
les divers sentiments qu'a suscités le cas du ZRA, c'est bon que
les femmes
commencent à parler.
Le harcèlement sexuel, démontre-t-elle, est une violation des
droits humains
des femmes, qui sont décrits dans la convention sur l'élimination
de toutes
formes de discrimination à l'égard des femmes. La Zambie a ratifié
cette
convention en 1985.
La YWCA et la police ont mis en place des systèmes pour encourager
les
femmes à porter plainte. La YWCA a un centre où les femmes peuvent
parler à
d'autres femmes capables de poursuivre les affaires de harcèlement
devant la
police, car la police zambienne a créé une cellule d'appui aux
victimes
(VSU), qui gère spécifiquement toutes les formes de violence
sexuelle.