KIGAL, 20 juill. (IPS) – Plusieurs observateurs sont pessimistes
quant à
l'aboutissement des nouvelles négociations de paix entre les
partis
burundais, en raison des questions qui n'ont pas encore été
résolues depuis
la fin du dernier round.
Les questions telles que le lieu de la rencontre, la cessation des
hostilités, la fin de l'embargo économique et les clarifications
à faire
sur les représentants de certaines des factions hutus armées,
reviennent sur
la table des négociateurs ce lundi, à la reprise des pourparlers à
Arusha,
ville située au nord de la Tanzanie.
Pendant les pourparlers du mois dernier, 17 délégations étaient
présentes à
Arusha.
"Tous les partis politiques se sont apprêtés pour le nouveau
round des
négociations", a annoncé à IPS Luc Rukingama, ministre burundais
de la
communication. Il a cependant ajouté que le gouvernement burundais
croit que
la Tanzanie n'est pas le pays le plus indiqué pour abriter les
discussions.
"Il faudrait changer le lieu de la rencontre. Certains
participants l'ont
suggéré la dernière fois, en soutenant que la Tanzanie, pays hôte,
se mêle
de nos problèmes tout en prenant partie", a déclaré Rukingama.
Le gouvernement du major Pierre Buyoya a maintes fois accusé la
Tanzanie
d'héberger les factions armées hutus qui luttent contre son armée.
"Les
autorités tanzaniennes ont donné les locaux de notre ambassade à
Dar-es-Salaam (la capitale) à nos opposants", a dénoncé le
ministre
Rukingama.
Le Burundi a également demandé à la Tanzanie de montrer sa bonne
volonté en
facilitant le processus de paix et en transférant les 300.000
réfugiés hutus
à 150 km de la frontière. Il est aussi demandé au pays médiateur
de désarmer
les éléments armés et de rapatrier les réfugiés désireux de
retourner au
pays natal.
Les factions hutus qui sont à la table des négociations sont
profondément
troublées par les divisions internes. La principale faction hutu
armée, le
conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD), a éclaté
en
factions et son père fondateur, Leonard Nyangoma, ancien ministre
de
l'intérieur, réclame la légitimité du parti, alors que le
lieutenant colonel
Jean Bosco Ndayikengurukiye s'est imposé comme le nouveau
dirigeant du parti.
"Nous avons besoin de savoir qui représente quoi", a dit à IPS
le ministre
Rukingama avant d'ajouter que les deux factions continuent de
commettre des
atrocités dans le pays contre les civils. "Certaines délégations
avaient
demandé que la pression soit exercée sur les rebelles du CNDD par
les
dirigeants régionaux afin qu'ils arrêtent de massacrer les civils
innocents".
Les associations des droits de l'homme estiment que la violence
inter-ethnique au Burundi a déjà coûté la vie à plus de 150.000
personnes.
Avant les pourparlers de ce lundi, le gouvernement burundais avait
envoyé
une délégation de haut niveau en Tanzanie, où elle avait rencontré
Julius
Nyerere, le médiateur du processus de paix, et dans d'autres pays
de la
région. La délégation avait été conduite par Séverin Ntahomvukiye,
ministre
burundais des Affaires étrangères et de la Coopération. Cette
délégation
incluait Ambroise Niyonsaba, ministre chargé du processus de
paix.
Le ministre Niyonsaba, qui est retourné dans la capitale
burundaise vendredi
dernier, a dit aux journalistes qu'il n'espérait pas que le
nouveau round
des négociations produirait des résultats tangibles, à cause des
questions
en suspens.
Il a annoncé que pendant la rencontre de la délégation avec
Nyerere et
d'autres dirigeants régionaux, les Burundais avaient exhorté les
dirigeants
à lever l'embargo économique "injustement" imposé au Burundi,
car il
handicape le processus de paix.
L'embargo a été imposé par les pays de l'Afrique de l'est à la
suite du coup
d'Etat militaire du 25 juillet 1996 qui a ramené le major Buyoya,
ancien
dirigeant du gouvernement de 1987 à 1993, au pouvoir.
Selon Niyonsaba, il n'y avait aucune réponse ferme suite à l'appel
fait pour
la levée de l'embargo. Les responsables régionaux, a-t-il déclaré,
continuent de demander au régime de Buyoya de faire plus, après
avoir promis
que l'embargo économique sera levé lorsque des mesures tangibles
de
résolution de la crise auront été prises. "Il n'y a aucun
instrument pour
évaluer ce genre de progrès que ces dirigeants demandent", a
affirmé
Niyonsaba.
"Cet embargo est illégal, injuste et inhumain", a précisé le
ministre
Rukingama. "Seul le conseil de sécurité des Nations Unies a le
pouvoir
d'imposer des sanctions aux pays. Nous en avons marre de cet
infantilisme.
Le Burundi n'a pas de leçon de démocratie à recevoir de ses
voisins".
Malgré la réticence des responsables régionaux face à la levée de
l'embargo
économique, le gouvernement burundais prend part au nouveau round
des
négociations et continue de faire pression sur les dirigeants.
Cependant, Rukingama a déclaré que les Burundais peuvent régler
leurs
problèmes. "Nous avons le sentiment que le processus de paix
burundais
concerne les Burundais. C'est un problème interne qui sera résolu
par tous
les Burundais".

