OUAGADOUGO, 21 juill. (IPS) – Les pays africains confrontés aux
problèmes
de sécheresse et de famine sont appelés à expérimenter le
paillage, une
nouvelle technique qui garantirait de bonnes récoltes.
Des experts réunis à Ouagadougou pensent que les régions arides
de
l'Afrique et du monde pourraient sortir de cette situation qui
met en
péril la production agricole et la survie même des populations de
ces zones,
en utilisant le paillage.
“Le paillage, technique qui consiste à répandre les résidus
agricoles dans
le champ pour le garder humide, peut être un catalyseur de
l'agriculture,” a
indiqué à IPS Arnie Schlissel, coordonnateur d'un symposium sur le
paillage
tenu du 14 au 16 juillet dernier dans la capitale burkinabé.
“En Afrique subsaharienne, les paillis (paille, branches ou
éclats de
troncs d'arbres)sont surtout utilisés à d'autres fins, telles que
la
construction des maisons, mais ils pourraient aussi servir à
l'amélioration
de la production agricole,” a ajouté Arnie Schlissel qui est
également le
coordonnateur du Programme international pour les cultures en
zones arides
(IPALAC), une organisation dont le siège est en Israël.
“Nous pensons que la technique qui a permis de produire des
tomates dans le
désert du Néguev (Israël) peut servir comme catalyseur dans la
lutte globale
contre la désertification et pour la sécurité alimentaire dans les
régions
désertiques, et principalement en Afrique,” a dit Schlissel.
“Le paillis attire les termites qui par leur activité améliorent
la porosité
et donc la perméabilité du sol. L'eau de ruissellement freinée
s'infiltre
alors mieux, tandis que le paillis piège les sédiments éoliens et
hydriques
(qui se sédentarisent),” affirme-t-il.
Pour Joel Matthews du Projet de développement intégré de Maradi
(PDIM) du
Niger, le développement intégré est une condition préalable à
l'introduction
du paillage au Sahel. Pour lui, plusieurs raisons bloquent
l'utilisation du
paillage dans la région.
“Les matériaux les plus abondants au Sahel après les récoltes sont
les tiges
de millet et de sorgho, qui sont vendues ou utilisées comme
matériaux de
construction, combustible ou fourrage,” explique Matthews. “Il est
également
vrai que la plupart des paysans ne comprennent pas l'importance du
système,
car ils ne l'ont jamais vu à l'uvre ou sont trop pauvres pour
résister à la
vente des tiges de mil,” ajoute-t-il.
Le PDIM a expérimenté le système de paillage au Niger. Seul un
petit nombre
de paysans ont appliqué le système.
“Mais ceux qui ont accepté de travailler avec le PDIM ont constaté
une
amélioration des surfaces traitées et une augmentation de la
production
céréalière. Ainsi, la production moyenne de ces surfaces a connu
une
croissance de 300 à 400 pour cent sur les 250kg/ha enregistrés
auparavant",
explique Matthews.
Le premier objectif du paillage selon les experts est d'optimiser
l'exploitation des précipitations naturelles pour accroître la
production
agricole par des techniques agro-forestières aussi simples
qu'efficaces,
combinant le paillage et l'association appro9e des cultures.
Les participants au symposium de Ouagadougou pensent qu'une
réhabilitation
de la production agricole et alimentaire dans les régions arides
est
possible. Cependant, il faudrait, pour ce faire, injecter
annuellement dans
ce secteur 4,5 milliards de dollars, alors que présentement,
seulement 600
millions de
dollars lui sont consacrés.
Le second objectif est le reverdissement des zones arides. De
l'avis des
experts, cela serait possible grâce notamment à l'amélioration et
à
l'échange de variétés culturales et des techniques qui leur sont
associées
entre les régions arides du monde. Dans les régions tropicales
(bien
arrosées avec plus de 1000 mm d'eau), l'agriculture repose sur des
cultures
aborigènes (indigènes) ou importées d'une région à l'autre,
acclimatées et
prolifiques, tels le café et le cacao.
Par exemple, citent les participants, le dattier et le zizyphus
(ou zizyphus
mauritiana, son nom scientifique) pourraient être cultivées au
Sahel ou dans
le désert du Kalahari (Afrique australe). Le zizyphus, indigène de
l'Afrique
qui constitue dans certaines régions une source inaltérable de
poteaux et de
bois de chauffage ainsi que de haies vives, aurait été importé par
l'Inde ou
il est
cultivé sur des milliers d'hectares, surtout pour son petit fruit
en forme
de pomme, communément appelé Ber.
Selon Schlissel, les pays sahéliens pourraient développer des
plantations de
dattes et de ber, car ces arbres s'adaptent bien à leurs
conditions
climatologiques avec des précipitations variant entre 400 et 800
mm par an.
Mais il met en garde contre la tendance à mettre l'accent sur les
taux
annuels de rendement immédiat, car, soutient-il, une arboriculture
résistante à la sécheresse aurait un rendement très important à
long terme.
“Il existe de nombreuses variétés culturales (féculents, plantes
oléagineuses, céréales, arbres fruitiers, de reboisement ou de
chauffage,
cultures fourragères et agro-alimentaires) biologiquement adaptées
aux zones
arides pouvant combler maintes lacunes dans les projets de
développement
agricole en Afrique”, a indiqué Schlissel.
Les pays sahéliens confrontés à la sécheresse font face à une sous
production agricole grave.
Selon l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et
l'Agriculture
(FAO) le Burkina, pays sahélien, a accusé un déficit céréalier de
quelque
156 000 tonnes en 1996-97. Le pays a, une fois de plus, demandé
l'aide de la
Communauté internationale pour sauver quelques 80 000 personnes
menacées de
famine. Les céréales (sorgho, millet, mais) et aussi le riz
constituent les
aliments de base des 10 millions de Burkinabé.
Au Sénégal, les organisations humanitaires locales tirent déjà
des
sonnettes d'alarme sur une famine imminente dans plusieurs régions
du pays.
"Il existe une relation de cause à effet entre la désertification
et la
pauvreté. Pour éradiquer cette pauvreté et son corollaire, la
faim, il faut
nécessairement venir à bout de la désertification,” affirment les
responsables de l'IPALAC.
Selon la FAO, 80 des 100 pays où la désertification est observée
sont des
pays en voie de développement. De même, 13 des 20 pays les plus
pauvres se
situent dans des régions arides ou semi-arides. En plus, près de
800
millions de personnes de la population mondiale vivent dans ceses
stériles.
Dans certains pays tel le Zimbabwe, la terre est devenue un enjeu
majeur et
autour d'elle, plusieurs crises ont éclaté ou sont en phase de
l'être, la
plupart des Noirs étant sur des terres très pauvres.
Pour Edward Chuma de l'Institut zimbabwéen des études
environnementales, le
paillage représente peut être le salut pour ces paysans.
“Cependant, la meilleure des solutions techniques peut échouer
dans sa phase
de test ou de vulgarisation. Il faut bien considérer la crise
sociale et
faciliter un processus de transformation des mentalités basé sur
la
communauté”.

