GENEV, 20 juill. (IPS) – Gagner le pain quotidien peut coûter non
seulement
de la sueur, mais aussi l'intégrité physique, la santé, la vie
sexuelle
privée, de même que la vie elle-même, affirme l'Organisation
internationale
du travail (OIT) dans un rapport sur la violence au travail.
Le rapport révèle que les accès de violence qui se "produisent
sur les
lieux de travail dans le monde entier suggère que cette question
transcende
les frontières d'un pays particulier, d'un cadre de travail ou
d'un groupe
professionnel".
Cependant, certains lieux de travail et certains travailleurs,
tels que les
chauffeurs de taxi, les agents de santé, les enseignants, les
assistants
sociaux, les domestiques employés dans les pays étrangers et les
personnes
travaillant seules la nuit, surtout dans des entreprises de ventes
en
détail, sont plus exposés que d'autres à cette violence.
Les femmes sont particulièrement exposées car plusieurs d'entre
elles
exercent des activités à haut risque ; il s'agit notamment des
enseignantes,
des assistantes sociales, des infirmières, des employées de
banque et des
employées de magasins.
Les travailleurs ainsi que les employeurs reconnaissent de plus en
plus que
"la violence psychologique" est une forme sérieuse de violence
qui
comprend les brimades ou les assauts, en d'autres termes le
harcèlement
psychologique exercé par un groupe.
Le rapport, élaboré par Duncan Chapel et Vittorio Di Martino, est
basé sur
une enquête effectuée en 1996 par l'institut inter-régional des
Nations
Unies pour la recherche en criminalité et justice (UNICRI) dont le
siège est
à Rome.
L'enquête, réalisée dans 32 pays, a découvert les taux les plus
élevés de
violence et de harcèlement sexuel au travail en France, en
Argentine, en
Roumanie, au Canada et en Angleterre.
Aux Etats-Unis, environ 1.000 personnes sont tuées sur leur lieu
de travail
chaque année. L'homicide est devenu la principale cause de décès
au travail,
pour les femmes, et la deuxième cause pour les hommes.
Selon l'OIT, le but de l'enquête est de promouvoir le dialogue,
les
politiques et les initiatives visant à répudier la violence et à
l'éradiquer
sur les lieux de travail.
Dans l'enquête citée par l'OIT, 11,2 pour cent des Français et 8,9
pour cent
des Françaises, ont déclaré avoir été victimes de violence l'année
précédente.
Au cours de la même période, 19,8 pour cent des femmes interrogées
en France
ont rapporté des "incidents sexuels".
Dans la même enquête, 6,1 pour cent d'hommes et 11,8 pour cent de
femmes,
consultés en Argentine, ont fait l'objet de violence l'année
précédente,
tandis que 16,6 pour cent des femmes ont rapporté des incidents
sexuels.
Une enquête de l'Union Européenne réalisée au cours de la même
période,
auprès de 15.800 personnes dans les 15 Etats membres du bloc, a
estimé qu'en
1995, quatre pour cent des travailleurs (environ quatre millions
de
personnes) étaient soumis à la violence physique.
La même enquête indique que deux pour cent de personnes (trois
millions)
avaient été victimes de harcèlement sexuel, alors que huit pour
cent des
gens (12 millions de travailleurs)avaient été victimes
d'intimidation et de
violence.
L'OIT réalise que la violence sur le lieu de travail résulte d'une
conjonction de causes qui incluent l'individu, le cadre de
travail, les
conditions de travail, les liens entre les collègues, les rapports
entre les
clients et les travailleurs ainsi que les rapports entre le
patronat et les
employés.
L'auteur de l'enquête, Di Martino, a déclaré "nous rejetons
l'idée selon
laquelle la seule raison qui explique la violence au travail
provient de
l'individu. Nous ne réussirons jamais à empêcher le regain de
violence ou à
juguler la violence dès qu'elle se produit, en nous en tenant à
cet unique
postulat".
De l'avis de l'OIT, la violence entraîne des changements dans les
relations
interpersonnelles, l'organisation du travail et le cadre de
travail en
général. Et ce sont les employeurs qui font les frais du travail
non
accompli et de la nécessité d'améliorer les mesures de sécurité.
Selon l'enquête, il y a également des coûts indirects, notamment
la baisse
de l'efficacité, de la productivité, de la qualité, du prestige de
l'entreprise et de la clientèle.
Une autre enquête réalisée par l'institut national américain
chargé de la
sécurité du cadre de travail, a découvert que, en 1992, le coût
total de la
violence sur les lieux de travail s'est élevé à quatre milliards
de dollars.

