DROITS: Les Nations Unies Mettent Fin A Leur Mission au Rwanda.

KIGAL, 17 juillet (IPS) – Les pourparlers entre le gouvernement
et les
Nations Unies sur le futur rôle de l'ONU dans le domaine des
droits de
l'homme au Rwanda, ont débouché sur une impasse jeudi dernier.
Cela signale
effectivement la fin des quatre années de la mission des Nations
Unies pour
les droits de l'homme au Rwanda.

Dans un communiqué rendu public à Genève et à Kigali, le haut
commissariat
des Nations Unies pour les réfugiés a déclaré qu'il n'envisageait
pas une
présence continuelle de la mission onusienne, car son mandat
expire à la fin
du mois.
Les Nations Unies ont dit clairement que le principal point de
désaccord a
été les différentes perceptions de la mission des Nations Unies
pour les
droits de l'homme au Rwanda, car le gouvernement s'est insurgé
contre tout
futur contrôle de la mission.
Le communiqué a souligné que les Nations Unies devaient
"maintenir le
mandat et les moyens de contrôler la situation des droits de
l'homme". Il
s'agit d'une résistance aux tentatives faites par le gouvernement
pour
limiter son rôle à l'assistance technique qu'elle apporte aux
initiatives
locales sur les droits de l'homme.
Dans un communiqué très pondéré, le ministère rwandais des
Affaires
étrangères a signalé que le gouvernement a minimisé tout éventuel
désaccord
en affirmant que les pourparlers avaient été "caractérisés par un
esprit de
compréhension mutuelle".
Toutefois, le même communiqué a souligné que le gouvernement
considérait que
tout futur contrôle des Nations Unies est superflu. "Le contrôle
effectué
jusque là par la mission onusienne s'achèvera à la fin du mois de
juillet
1998", a précisé le communiqué.
Le gouvernement a exhorté les Nations Unies à maintenir leur
"assistance
technique" et à soutenir les Rwandais. Il a indiqué que la
promotion des
droits de l'homme et de l'état de droit est principalement la
responsabilité
du gouvernement et du peuple rwandais".
Cependant, derrière la défense polie de la souveraineté nationale
et des
plaidoyers pour le soutien, l'hostilité du gouvernement vis-à-vis
de la
mission onusienne et de la tâche qu'elle a accomplie au cours des
quatre
dernières années, est très claire.
L'impasse s'est produite après quatre jours de négociations à
Kigali avec
Ter Horst, haut commissaire adjoint des Nations Unies pour les
droits de
l'homme, qui conduisait une délégation des Nations Unies aux
longues
discussions tenues avec une équipe ministérielle. Mais, les
fonctionnaires
des Nations Unies avaient déclaré depuis, que c'était la dernière
tentative
destinée à assurer le maintien de la mission. Un réel dommage a
déjà été
causé avec la suspension de la mission le 8 mai, à la demande du
gouvernement, en attendant les discussions relatives à un nouveau
mandat.
En ce temps, les déclarations publiques et privées du gouvernement
indiquaient un grand dégoût pour le travail de la mission et
annonçaient
l'intention de changer son modus operandi.
La mission onusienne a été le produit direct du génocide. En mai
1994, as
une large couverture du génocide, au cours duquel près d'un
million de
personnes ont été massacrées, les Nations Unies ont nommé un
rapporteur
spécial chargé d'examiner les causes profondes du massacre. En
juillet 1994,
les premiers moniteurs ont été déployés et en août, un accord a
été trouvé
avec le gouvernement sur les opérations de la mission sur le
terrain.
Quatre composantes clé ont été identifiées : les enquêtes sur les
cas de
violation des droits de l'homme, surtout en ce qui concerne le
génocide de
1994 ; le contrôle quotidien de la violation des droits de l'homme
; la
collaboration avec d'autres agences pour faciliter le retour et la
réinstallation des centaines de milliers de réfugiés se trouvant
hors des
frontières rwandaises et la mise en application d'un programme de
coopération technique comprenant le soutien à accorder à la
réhabilitation
du système judiciaire et la promotion des campagnes de
sensibilisation sur
les droits de l'homme dans le pays.
De son propre aveu, la mission onusienne a été secouée par des
problèmes
graves au début, car son opération était insuffisamment financée
et elle
manquait d'orientation. En mars 1995, la mission a fait l'objet
d'attaques
féroces dans un rapport de 'African Rights' de Londres, une
organisation
des droits de l'homme, qui a traité la mission "d'espoir perdu".
Les
agents de la Mission se sont plaints du faible degré de moralité,
des
détournements constants, et ont estimé que, au lieu de faire des
enquêtes
sur le génocide et les abus ayant trait au génocide, leur mission
faisait
des affirmations gratuites à l'encontre du gouvernement.
Malgré tout, la mission s'est sans arrêt étendue et en janvier
1997, il y
avait 130 moniteurs déployés dans tout le pays. Mais, en février
1997, toute
la mission a été obligée de se retirer après que trois moniteurs
des droits
de l'homme et un chauffeur, ont été tués dans une embuscade dans
la
préfecture de l'ouest de Cynagugu. Cet incident et les problèmes
persistants
de sécurité, tels que ceux de Gisenyi et de Ruhengeri, ont obligé
la mission
à réduire ses activités, et les contrôles de première main sont
devenus de
plus en plus difficiles.
La prudence du gouvernement vis-à-vis des activités de la mission
onusienne
s'est accentuée après la visite du commissaire des Nations Unies
pour les
droits de l'homme, Mary Robinson, en décembre 1997. Bien qu'elle
se soit
annoncée comme étant une "amie du Rwanda", Robinson a fait
l'objet de
critiques caustiques après avoir présenté une image négative de
la
situation des droits de l'homme.
"C'est évident que l'actuelle situation des droits de l'homme est
terne, et
les méthodes utilisées par la communauté internationale, en
général, et la
mission onusienne n'ont pas dans l'ensemble suffi pour faciliter
l'amélioration de la situation", avait déclaré Robinson. Elle
avait
souligné que la faute n'incombe pas à la mission des Nations Unies
mais au
gouvernement qui, à son avis, n'avait pas résolu ses problèmes
passés de
"façon durable".
"Il manque apparemment une ferme politique de réconciliation et
il y a un
certain nombre de graves violations des droits de l'homme", avait-
elle dit,
en citant les arrestations arbitraires, les détentions prolongées
et les
ts non vérifiées. Tandis que Robinson avait préconisé la
reconstruction
de la mission onusienne, et insisté sur l'importance du
renforcement des
compétences, ses suggestions ont été complètement assombries par
les
critiques qu'elle avait formulées.
Il y avait des signes évidents de tension croissante entre le
gouvernement
et la mission, comme le témoigne le long retard qu'a accusé
l'accréditation
de Gerard Fischer en tant que chef de la mission. Fischer n'a
jamais été
formellement accrédité et les ministres du gouvernement disaient
en privé
qu'il n'avait rien à faire avec la gestion de l'opération.
En mai, il y avait déjà des divisions claires sur le futur mandat
de la
mission. Le gouvernement a soutenu que Robinson et ses subordonnés
n'avaient
pas réussi à faire de nouvelles propositions susceptibles de
mettre la
mission sur une base plus ferme. Les agents de la mission ont
dénoncé les
négociations stériles et l'obstruction du gouvernement.
Lorsque Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies, quittait
Kigali
après une visite désastreuse de deux jours, le 8 mai dernier, la
suspension
de la mission a été annoncée et, Jose Luis Herrero, principal
attaché de
presse de la mission est tombé sous le coup d'un arrêté
d'expulsion, pour
avoir diffusé des critiques contre l'exécution des génocidaires
condamnés et
emprisonnés en avril.
Depuis cet instant, la plupart des agents de la mission se sont
résolus à
quitter le pays. Ceux dont les contrats étaient à terme ont quitté
le Rwanda
et, des voitures et d'autres biens auraient été mis en vente car
les Nations
Unies se préparaient à restreindre leur présence dans le pays.
Un agent de la mission qui a passé du temps dans les zones de
conflit de
Ruhengeri et de Giseny, a expliqué que la tâche de la mission a
été
appréciable. "Nous avons parlé à autant de gens que possible",
toujours
pour nous assurer que nos récits avaient plus d'une source", a
déclaré le
moniteur. Nous avons effectivement gagné beaucoup de confiance,
mais cela a
pris du temps".
Selon les détracteurs, le manque d'accès de la mission aux régions
les plus
problématiques du pays a réduit sa crédibilité car plusieurs
incidents n'ont
pas été rapportés.
Cependant, la situation difficile de la mission a aussi suscité de
la
sympathie. Amnesty International, l'organisation des droits de
l'homme dont
le siège est à Londres, a publié un dernier rapport sur le Rwanda
qui a
déclenché une réponse foudroyante de la part du gouvernement.
Amnesty a
signalé dans un communiqué publié le 13 juillet que le contrôle
devrait être
au cur des activités de la mission.
"Ce serait désastreux si le commissaire des Nations Unies pour
les droits
de l'homme acceptait de supprimer ou de diluer cette partie
essentielle des
opérations", a signalé Amnesty avant d'ajouter que les
négociations entre
la commission des Nations Unies et le gouvernement rwandais
devraient se
concentrer sur l'extension de la tâche de la mission onusienne et
non le
contraire".
La vision du gouvernement est tout à fait contraire. En réagissant
face à
l'impasse des négociations, une importante source gouvernementale
a accusé
la mission de faire usage de sources peu fiables, de moniteurs
inexpérimentés prenant sans cesse partie contre le gouvernement.
"Ils sont
décidés à nous salir", a-t-il fait remarquer. "Nous savons qu'il
y aura
beaucoup de critiques sentimentalistes et partisanes contre nous,
mais cela
ne nous intéresse pas. Le Rwanda est plus compliqué que cela".