ENVIRONNEMENT-TOGO: Pesticides et Dynamites Pour Attraper Du Poisson.

LOM, 17 juill. (IPS) – Les autorités environnementales togolaises
dénoncent
l'utilisation des pesticides et de la dynamite dans la pratique de
la pèche
dans ce pays de l'Afrique de l'Ouest.

“C'est un véritable scandale qui touche nos eaux chaque année à
cause de
certains mauvais pêcheurs. Ils recourent à des produits chimiques
très
nocifs pour organiser la pêche… Nous devons tout faire pour
mettre fin à
cette pratique dangereuse”, affirme Djato Simliwa, ingénieur des
eaux,
forêts et chasses à la retraite.
De février à juin, au moment où la plupart des cours d'eau de la
région ne
sont plus en crue, des pêcheurs véreux déversent dans les eaux des
produits
chimiques comme des pesticides qui tuent les poissons et autres
êtres
aquatiques. Ces pesticides incluent le Dichloro-diphényl-
trichloréthane
(DDT), un insecticide très toxique pour les animaux.
“Lorsqu'ils répandent les produits dans les rivières ou les
ruisseaux, la
couleur devient bleuâtre selon la nature de la substance active.
C'est le
cas de du DDT. Nous constatons sur place que les poissons flottent
sur les
eaux de même que tous les êtres aquatiques qui s'y trouvent. C'est
de
cette façon que les pêcheurs ramassent les poissons à la surface”,
commente
Djato Simliwa qui est également président de l'ONG Club des amis
de la
nature (CAN) basée à Sokodé, à 339 km au nord de Lomé.
Selon lui, cette pratique de pêche dangereuse s'est généralisée
dans la
région nord du pays.
“Ils sont parfois astucieux. Ils dissimulent les pesticides dans
la poudre
d'argile qu'ils transforment ensuite en boulettes d'argile. Une
fois jetées
à l'eau, ces boulettes donnent une couleur de boue, et se
dissolvent pour
tuer les poissons”, ajoute Boukari Sahadou, chef adjoint du
service des
pêches à Sokodé.
Tamaka Yao Moumouni, pêcheur dans le village de Mô au bord de la
rivière du
même nom, à 94 km à l'ouest de Sokodé, ne nie pas l'existence de
la pratique
mais l'attribut aux pêcheurs étrangers, en particulier les
ghanéens qui
opèrent dans les eaux togolaises.
“Le plus souvent ils viennent tuer et ramasser les poissons la
nuit quand
ils savent que tout le village est endormi. Ils essaient de se
mettre à une
bonne distance du village. Ce n'est pas facile de les arrêter”,
affirme-t-il.
Les pêcheurs sont également accusés d'utiliser une autre pratique
non moins
dangereuse pour détruire la faune aquatique. Cette pratique
consiste au
dynamitage des eaux. Certains pêcheurs préfèrent à la place des
pesticides
jeter des dynamites pour neutraliser les poissons.
Les pesticides non autorisés et les dynamites proviennent surtout
de la
région septentrionale du Ghana où cette forme de pêche est
pratiquée. En
plus, une partie des pesticides utilisés pour la culture du coton
est
détournée pour faire la pêche.
Les poissons péchés à l'aide des pesticides et de la dynamite sont
vendus
dans les marchés ruraux et urbains. Il seraient à l'origine de
plusieurs
décès à travers le pays.
A Kara, village situé à 74 km de Sokodé, six personnes d'une
même famille
ont trouvé la mort en 1996 après consommé un plat copieux à base
de poissons
intoxiqués.
Au département préfectoral de la santé de la même localité, on
signale que
d'autres cas de décès ont lieu dans les campagnes ces dernières
années.
Chaque année des décès surviennent à la suite des intoxications
alimentaires
dans la région.
“Ici les gens achètent facilement les poissons et les viandes
sur le
marché sans pouvoir contrôler leur qualité. Ils n'ont pas les
moyens de
savoir. En plus les services de contrôle de qualité sont
inefficaces et les
associations de défense des consommateurs inexistants. Dans ce cas
les
consommateurs sont à la merci des pêcheurs et des revendeuses”,
explique le
docteur Eklu-Avlasu Efoé,
médecin au Centre hospitalier régional de Kara.
A Tchamba, 34 km de Sokodé, le service des pêches a recensé en
1996 une
dizaine de bufs morts après avoir consommé de l'eau dans un étang
empoisonné. Un troupeau de 25 moutons a péri dans les mêmes
conditions en 1997.
” Nous sommes vraiment inquiets ici. Nous avons attiré
l'attention des
populations locales sur les dangers encourus. Nous leur avions
demandé de
démasquer les personnes qui recourent à cette pratique. Sinon la
vie de tout
le monde sera menacée dans la cité", a indiqué Sibabi Djéri,
assistant
programme de l'ONG GRACE-AOS qui intervient dans le domaine de la
protection
de l'environnement à Tchamba.
Face à cette pratique dangereuse, les services techniques de
l'Etat
sont presque démunis pour organiser la lutte. A Sokodé, chef lieu
de la
région centrale avec une superficie de 13 317 km}, le service
régional
des pêches ne dispose que de sept (7) agents pour assurer le
contrôle
des activités de pêches. De plus il ne dispose d'aucun véhicule.
Il manque
d'armes et de moyens financiers pour conduire à bon port la lutte
contre
les pratiques de pêches non recommandées.
“C'est vraiment dommage. La sécurité de nos agents sur le terrain
n'est pas
assurée. A plusieurs reprises, ils ont eu à fuir à cause des coups
de fusil
tirés par les pêcheurs. D'autres pêcheurs sont aussi armés de
coupe-coupe ou
d'arcs et de flèches. Franchement nous ne pouvons rien faire face
à ces
bandits”, déplore Boukari Sahadou.
Mais Tchamba pense qu'à travers la sensibilisation, "nous pouvons
mettre
fin à ces pratiques dangereuses dans notre milieu”.