NAKUR, Kenya 16 juill. (IPS) – Les jeunes filles inscrites dans
des écoles
et collèges du Kenya craignent pour leur sécurité à mesure que les
cas de
violence et de harcèlement sexuel se multiplient.
"Nous ne pouvons plus parler de notre sécurité, car elle n'est
pas
garantie. Nous ne pouvons parler que de survie", déclare Jane
Mwangi,
étudiante à l'université de Egerton à Nakuru, localité située à
152
kilomètres au Nord-Ouest de Nairobi, la capitale kenyane. Plus de
10 cas de
viol ont été signalés à l'université depuis janvier 1998.
D'après Mwangi, au moins un cas de viol est signalé chaque mois,
mais bon
nombre des cas ne sont pas signalés, parce que les filles
éprouvent de la
honte ou craignent d'être intimidées par leurs assaillants. "Ce
qui est
signalé n'est qu'un indicateur de la situation qui prévaut, mais
la plupart
des victimes restent silencieuses".
Le mois dernier, une étudiante en troisième année d'ingénierie
aurait été
attaquée et violée la nuit par un agent de sécurité dans
l'enceinte de
l'université alors qu'elle revenait de la bibliothèque pour se
rendre dans
sa cabine.
D'après Pamela Okech, trésorière de la fédération des étudiants de
Egerton,
la jeune femme était pourtant contrainte par les autorités de
l'université à
retirer sa plainte, bien que les assaillants aient été identifiés.
Okey déclare que son organisation aurait, à deux reprises, aidé la
victime à
porter plainte. "C'est la deuxième fois qu'elle retire sa
plainte. La
première fois, la plainte a été retirée en son nom, sans son
consentement",
affirme Okech. "Nous reprenons l'affaire, mais comme d'habitude,
elle est
sans issue favorable, l'administration ne veut pas s'occuper de
l'affaire",
a-t-elle ajouté.
Une source proche de l'administration universitaire a confié à IPS
qu'une
personne violée est souvent intimidée par le collège qui lui
demande de
retirer sa plainte pour éviter les publicités et préserver l'image
de
l'université.
"A mon avis l'administration fait cela pour préserver la
réputation de
l'institution. Une telle situation pourrait saboter le collège et
ternir son
image de marque si elle était exposée.
Le vice-chancelier de l'université, Japheth Kiptoon, a pourtant
affirmé
n'avoir jamais enregistré des cas de harcèlement sexuel ou de viol
d'étudiantes dans son institution. Les femmes représentent environ
40% d'un
effectif de plus de 6000 étudiants de Egerton.
Mais les femmes interrogées à Egerton, la troisième université la
plus
grande du Kenya, déclarent que leur sécurité est menacée même dans
les
résidences. "Les étudiants, sous l'effet de l'alcool se
précipitent dans
nos cabines et défoncent nos portes", a déclaré une étudiante.
Les cas de viols, qui restent impunis, ont été encore signalés
dans quatre
grandes universités publiques de la place et même dans les cours
primaires
et secondaires. L'année dernière, par exemple, trente cas de viols
causés
dont les enseignants seraient des auteurs onté signalés dans les
écoles
primaires.
"Il est déplorable que de telles graves violations des droits de
l'homme,
qui blessent la pudeur de ces femmes et jeunes filles, se
produisent dans
les milieux que la société a souvent donnés comme référence",
déclare
Atsango Chesoni de la fédération internationale des femmes
juristes du Kenya
(FIDA).
La presse kenyane a largement publié le cas d'un professeur qui
aurait violé
son élève de 10 dans la ville de Kisii, à quelques 450 kilomètres
au
Nord-Ouest de Nairobi. Le professeur a été libéré la semaine
dernière par la
Cour de Kisii, malgré le fait que les parents de la victime
l'aient bien
reconnu.
"Nous ne comprenons pas pourquoi le professeur a été libéré", a
indiqué le
quotidien 'East African Standard' dans son éditorial d'hier.
"Nous
demandons à la police d'arrêter immédiatement cet homme et de le
mettre en
prison où la justice pourra s'en charger. C'est absurde de
soumettre la
fille et ses parents à plus de souffrances après qu'elle a
traversé une
période de traumatisme dans sa jeunesse", a-t-il ajouté.
Les groupes de défense des droits de l'homme déclarent que le
gouvernement
devrait prendre des mesures pour mettre fin à la violence sexuelle
contre
les filles dans les écoles pour éviter de revivre l'incident de
juillet 1991
au lycée St Kizito des jeunes filles, à quelque 350 kilomètres à
l'Est de
Nairobi.
Dix neuf filles avaient été tuées dans une débandade au collège
alors
qu'elles tentaient de s'évader, alors que les garçons des écoles
voisines
avaient envahi leurs dortoirs. Plus de 500 autres avaient été
violées lors
de cet incident nocturne.
Dans une déclaration publiée après l'incident, le ministre de
l'éducation
avait déclaré : "Les garçons n'ont causé aucun préjudice".
Aucune
arrestation n'a été faite. "La population a réagi avec horreur
face à cette
infraction inexcusable commise sur nos enfants innocents, mais les
autorités
de l'éducation ont banalisé l'incident", a déclaré Adelina Mwau,
membre de
la coalition sur la violence contre les femmes et les jeunes
filles.
Lundi dernier, la coalition composée des organisations comme la
FIDA, a
organisé une campagne de sensibilisation pour commémorer le 7ème
anniversaire de l'incident de St Kizito et sensibiliser le public
sur la
violence sexuelle contre les femmes et les jeunes filles.
"Les femmes ne seront jamais en mesure de participer pleinement
au
développement de notre société si elles ne sont pas dégagées de la
peur qui
entoure toutes formes de violence sexuelle et le harcèlement",
déclare Mwau.
L'une des résolutions des activités de cette semaine a été le
lancement des
grandes orientations politiques et éducatives sur la relation
entre
professeurs et élèves par le forum pour l'éducation des femmes
africaines(FAWE). "Nous avons besoins des professeurs qui vont
traiter ces
filles comme leurs propres enfants", a déclaré Florence Nyamu,
directrice
du programme FAWE.
D'autres personnalités comme Lynne Wanyeki de 'Econews Africa',
une Ong des
médias spécialisée dans les questions de droits, de
l'environnement et du
développement, déclarent que la commission chargée du recrutement
des
professeurs, nécessite d'être révisée et au même moment,
l'éducation
sexuelle devrait être introduite dan écoles.
"Il nous faut un système d'éducation sur la sensibilisation
sexuelle qui
encourage, plutôt que de décourager les filles de rester à
l'école",
a-t-elle déclaré. Wannyeki a ajouté que la coalition verra si les
universités kenyanes permettent à leurs étudiantes d'exercer leurs
droits
tels que le droit d'association.
Au Kenya les églises se sont opposées à l'idée d'introduire
l'éducation
sexuelle dans les écoles, sous prétexte qu'elle peut saper la
morale des
enfants.
Nyamu du FAWE déclare que la lutte contre la violence sexuelle
demande une
approche à plusieurs facettes, impliquant la communauté, les
juristes, les
professeurs et les parents. "C'est comme une chaîne, et
lorsqu'un maillon
se rompt, tout le système arrête de fonctionner", a-t-elle
ajouté.

