NATIONS UNIE, 16 juill. (IPS) – Human Rights Watch, une grande
organisation
américaine de défense des droits de l'homme, a critiqué le conseil
de
sécurité des Nations Unies pour son inaction face au massacre des
réfugiés
Hutus non armés, par les soldats congolais et leurs alliés il y a
deux ans.
"Demander simplement aux gouvernements congolais et rwandais
d'enquêter et
de poursuivre en justice leurs propres responsables n'a aucun
sens", a
déclaré Takirambudde de 'Human Right Watch'. "C'est une insulte à
l'égard
des victimes".
Réagissant à une déclaration du conseil de sécurité, Takirambudde
a affirmé
que les deux gouvernements n'ont pas pu coopérer avec les Nations
Unies dans
l'investigation de ces crimes – et n'ont manifesté aucune volonté
de le
faire dans l'avenir.
Le conseil de sécurité a publié un communiqué lundi dernier, dans
lequel il
condamnait les massacres et autres atrocités et violations de la
loi
humanitaire internationale commises en 1996 et en 1997 dans l'ex-
Zaire
(l'actuelle république démocratique du Congo).
Le conseil a aussi déploré la lenteur de la justice. Il a demandé
aux
gouvernements de la république démocratique du Congo et du Rwanda
d'enquêter
sur les allégations publiées dans un rapport de l'ONU le mois
dernier, et de
traduire en justice toutes les personnes impliquées dans ces
atrocités.
"Une telle action revêt une importance capitale et aidera à
mettre fin à
l'impunité et favorisera la restauration d'une paix durable et
stable dans
la région", a ajouté le communiqué.
Le conseil a exprimé son soutien aux Nations Unies et aux autres
organismes
internationaux à uvrer pour la réduction des tensions ethniques
et la
réconciliation dans la région.
'Human Right Watch' a déclaré que malgré sa condamnation des
massacres, le
conseil de sécurité n'a pas pu mettre en place une commission
d'enquête
indépendante et entreprendre des poursuites judiciaires contre les
auteurs
des prétendus crimes.
"Malheureusement le conseil de sécurité a fait son choix, et
c'est un
mauvais choix", a indiqué Takirambudde. Il a demandé au conseil
d'agir
sévèrement dans la mesure où les deux Etats "ont prouvé, depuis
trois mois,
leur incapacité à assumer leurs responsabilités vis-à-vis de ces
massacres".
Takirambudde a affirmé que les massacres perpétrés au Congo
nécessitent
l'intervention urgente d'une cour criminelle internationale (CCI)
pour
enquêter sur le génocide et d'autres crimes commis contre
l'humanité. Une
conférence de l'ONU de cinq semaines, consacrée à la création
d'une CCI, est
actuellement en cours à Rome.
"L'exemple du Congo prouve que vous ne pouvez pas compter sur le
conseil
de sécurité pour rendre justice", a-t-il souligné.
Les détails des atrocités ont été relatés dans un rapport publié
le mois
dernier par une équipe d'investigation onusienne qui n'était pas
autorisée à
mener pleinement sa mission et sans obstacles.
Le rapport de 52 pages, inachevé en raison des difficultés
rencontrées dans
le regroupement des preuves, n'a pas évalué le nombre exact de
Hutus tués
mais a cité les massacres individuels qui s'élevaient à 500
personnes tuées.
Il a indiqué que les massacres pouvaient constituer un génocide si
l'on
pouvait démontrer qu'une "décision avait été prise pour éliminer
cette
partie de l'ethnie Hutu".
Dans son rapport déposé au conseil de sécurité la semaine
dernière, l'équipe
des enquêteurs de l'ONU a déclaré que l'alliance des forces
démocratiques
pour la libération du Congo (AFDL), et les rwandais et autre
alliés, étaient
responsables des massacres des réfugiés Hutus rwandais. Les
massacres ont
été suivis d'une campagne militaire qui a porté le Président
Laurent Kabila
au pouvoir dans l'ex-Zaïre.
Kabila et les Nations Unies ont engagé un bras de fer sans merci
sur l'accès
aux sites des massacres par les investigateurs onusiens depuis
l'accession
au pouvoir de l'ex-rebelle en mai 1997. Le secrétaire général de
l'ONU,
Kofi Annan, s'était vu dans l'obligation de retirer l'équipe
onusienne du
Congo en avril dernier.
Le rapport a indiqué que le gouvernement de Kinshasa "n'a
manifesté aucun
intérêt dans l'accomplissement de son devoir, en vertu de la loi
internationale, d'enquêter sur les auteurs des violations des
droits de
l'homme et des graves infractions de la loi humanitaire".
Le rapport a aussi condamné les massacres sur l'ADFL de Kabila,
qui, dit-il,
était aidée par l'armée patriotique rwandaise (APR), les anciennes
forces de
sécurité zaïroises, et d'autres groupes armés. D'après l'équipe
onusienne,
des centaines de Hutus rwandais non armés ont été massacrés à
Mbandaka et
dans le village voisin de Wendji par les troupes de l'AFDL
apparemment sous
l'autorité de l'APR.
"L'expertise indique que les corps ont été exhumés d'une fosse
commune à
Mbandaka, confirmant le témoignage selon lequel un effort a été
fait pour
'nettoyer' ces sites avant l'arrivée de l'équipe
d'investigation", a
indiqué le rapport.
L'AFDL a été accusée d'avoir obligé un nombre important de civiles
à fuir
des régions moins peuplées, dans des conditions de vie difficile,
et
d'avoir refusé l'accès des organisations humanitaires aux
malades et aux
blessés.

