HARAR, 8 juill. (IPS) – Les autorités zimbabwéennes commencent à
mettre la
main sur les pirates des logiciels dans un pays où près de 85 pour
cent des
logiciels utilisés ne sont pas autorisés.
Pour la première fois au Zimbabwe, la Cour suprême a ordonné à
Datamatics,
une société spécialisée dans la vente des ordinateurs, d'arrêter
de pirater
les produits de Microsoft.
Cet ordre a été donné après que Business Software Alliance (BSA),
l'agence
de lutte contre la piraterie, a intenté un procès contre
Datamatics après
avoir acheté un ordinateur chargé de copies non autorisées des
logiciels
Microsoft Office 97 et Microsoft Windows 95.
"Le piratage des logiciels est un problème mondial et c'est aussi
tout à
fait grave au Zimbabwe. C'est quand même mauvais", a dit à IPS
Geoff
Fairall, directeur général de la société zimbabwéenne de vente
d'ordinateurs
(CSZ).
Créée en 1974 et forte de 1200 membres, CSZ est "une organisation
professionnelle qui croit que les fabriquants de logiciels ont
droit à un
bénéfice, mais ce n'est pas toujours le cas au Zimbabwe", déclare
Fairall.
La BSA et les grands distributeurs de logiciels ont commencé une
campagne
nationale de lutte contre le piratage des logiciels au Zimbabwe.
Dans le
cadre de cette stratégie, des enquêtes sont effectuées et si un
logiciel
piraté est identifié, des poursuites judiciaires sont entreprises
contre
l'organisme contrevenant.
Selon la BSA, tandis que la plupart des gens ne penseraient jamais
voler un
ordinateur, plusieurs personnes ne pensent pas deux fois avant
d'utiliser un
logiciel piraté. Grâce à ses programmes internationaux de lutte
contre la
piraterie, la BSA a déposé environ 600 plaintes contre les pirates
suspects,
et détecté 550 cas d'imitation chez les utilisateurs. Grâce aux
efforts de
la BSA, les payements ont atteint la somme faramineuse de sept
millions de
dollars américains.
La BSA décrit le piratage des logiciels comme étant l'imitation,
la
reproduction, l'utilisation ou la fabrication illicite des
logiciels. Le
problème prévaut à tel point qu'il représente une grande menace
pour les
perspectives économiques de l'industrie des logiciels.
Selon la BSA, en 1996, l'industrie des logiciels perdrait, dans le
monde
entier, plus de 11,2 milliards de dollars américains à cause de la
piraterie. Cela représente 215,4 millions de dollars par semaine,
30,8
millions de dollars par jour, 1,3 millions par heure, 21.400
dollars par
minute et 356 dollars par seconde. En Amérique du Nord, rien que
les pertes
annuelles sont supérieures à trois milliards de dollars.
En ce qui concerne le logiciel commercial mondialement utilisé, la
BSA
estime que près de 30 pour cent de ce logiciel est obtenu
illégalement.
"Les effets néfastes n'affectent pas seulement le fabriquant de
logiciel,
ils menacent l'industrie locale, tous les maillons de la chaîne de
distribution et, enfin, l'utilisateur final", précise la BSA.
"En outre, la piraterie supprime l'innovation et
détruitmotivations
financières pour créer de nouveaux programmes. Elle a également un
effet
néfaste sur nos économies. Très peu de ventes légitimes de
logiciels
entraînent des pertes fiscales et de milliers d'emplois",
explique la BSA.
D'après Fairall de la société zimbabwéenne de vente d'ordinateurs,
le
problème du piratage des logiciels date des jours où il y eu
pénurie de
devises. "Les gens avaient besoin du logiciel, mais ils n'avaient
pas de
devises pour en acheter, alors ils finissaient par sombrer dans le
désespoir", rapporte-t-il.
Fawcetts Security, une grande firme zimbabwéenne de valeurs
mobilières, a
seulement pu éviter les poursuites judiciaires de la BSA, après
avoir prouvé
la légitimité de tout son logiciel, à la suite de la campagne anti-
piraterie
déclenchée par la BSA.
Jim Thompson, conseiller juridique de la BSA, avait prévu des
poursuites
judiciaires mais il a dû les retirer car ce n'était plus
nécessaire.
Fawcetts avait travaillé avec ses fournisseurs et la BSA pour
s'assurer que
tout le logiciel utilisé était à la fois légitime et licite.
De l'avis de Roger Jenkins, directeur général de Fawcetts, à la
suite d'une
récente décision destinée à réexaminer tout le logiciel de la
firme, il a
été découvert qu'un certain nombre de programmes piratés était
utilisé dans
certaines agences du pays.
"Nous avons alors décidé de contacter immédiatement la BSA et nos
fournisseurs en vue de solliciter leur assistance pour rectifier
la position
et nous assurer que le logiciel autorisé serait le seul utilisé
par la
firme, à l'avenir", a-t-il fait observer.
"Je crois que la situation dans laquelle nous nous sommes
retrouvés était
presque inévitable dans toute grande entreprise, après des années
d'activités dans une économie fermée, et je demanderais fermement
aux
responsables des autres organisations d'entreprendre
personnellement une
action pareille à celle que Fawcetts a entrepris pour prévenir une
éventuelle poursuite judiciaire", a ajouté Jenkins.
En 1997, la BSA (Business Software Alliance) a obtenu un accord de
règlement
de 3D Holdings, une autre entreprise de vente d'ordinateurs à
Harare. Cet
accord a été possible après qu'il a été révélé que cette dernière
avait
pré-chargé un ordinateur avec des logiciels non autorisés de
Microsoft
Office 97, de Microsoft Windows 95 et de Lotus SmartSuite.
"Il y a beaucoup de gens qui utilisent le logiciel sans en avoir
l'autorisation. Nous n'avons aucune loi sur l'utilisation des
ordinateurs au
Zimbabwe. Les gens sont jugés grâce au droit public, suivant les
termes des
droits d'auteurs", explique Fairall.
"Nous avons besoin d'une législation relative à l'informatique au
Zimbabwe.
Les ordinateurs peuvent être frauduleusement utilisés par les
criminels. On
n'est pas, par exemple, sûr si les fournisseurs de virus sont
condamnables.
Il y va de l'intérêt des affaires", déclare Fairall.
Microsoft-Zimbabwe a aussi été à l'avant-garde de la lutte contre
la
piraterie. Au début de cette année-ci, 50 supporters certifiés de
logiciels
légaux ont reçu leurs certificats de confirmation de la part de
Microsoft.
C'était la toute dernière étape dans la campagne de lutte contre
le piratage
des logiciels au Zimbabwe.
Selon Frederick Jonker, directeur régional crosoft, chargé de la
lutte
contre la piraterie, le certificat donne aux clients des
entreprises
concernées la preuve que les logiciels qu'ils ont achetés, sont
licites.
Fondé en 1975, Microsoft est le leader mondial du logiciel des PC.

