DROITS-ENFANTS: Des Millions d'Enfants Non Déclarés Sont Classifiés Non-Etres.

GENEVA, 7 Juill. (IPS) – Environ 40 millions d'enfants du monde
entier (un
nouveau-né sur trois) ne sont pas déclarés chaque année, révèle le
rapport
du Fonds des Nations Unies pour l'Enfance(UNICEF) sur le progrès
en 1998.

En dehors du fait qu'ils ne jouissent pas de leur droit à un nom
et à une
nationalité, ces enfants non enregistrés ont des difficultés à
jouir
d'autres droits tels que l'accès aux services de santé et
d'éducation.
Le but de ce rapport annuel sur le progrès est de montrer comment
chaque
pays avance dans la voix de l'amélioration des conditions de vie
des enfants.
La directrice générale de l'UNICEF, Carol Bellamy, a déclaré lors
de la
présentation du rapport que le manque d'un acte de naissance
pourrait
"représenter une menace fondamentale pour l'enfant".
Ce document est indispensable à l'accès des enfants aux soins de
santé ou à
l'immunisation, à leur entrée à l'école ou pour prouver qu'ils
sont trop
jeunes pour effectuer le service militaire ou les travaux
susceptibles de
mettre leur vie en péril.
Dans au moins 20 pays, les enfants ne peuvent pas être légalement
vaccinés
s'ils n'ont pas d'acte de naissance.
Dans plus de 30 pays, ce document doit être présenté avant qu'un
enfant ne
suive un traitement dans un centre de santé.
Unity Dow, la première (femme) juge de la Cour suprême du
Botswana, a
annoncé dans le rapport de l'UNICEF que la déclaration de
naissance confère
aussi un certain degré de protection contre le trafic sexuel
auquel les
enfants sont exposés.
En général, les trafiquants prennent leurs victimes dans les
villages
pauvres et isolés où les taux de déclaration des naissances sont
faibles,
car ils savent que les enfants dépourvus de pièces d'identité sont
plus
vulnérables et moins enclins à se sauver, a expliqué Dow.
Dans un autre exemple relatif à l'importance de l'enregistrement,
le
magistrat africain a expliqué le résultat éventuel d'une charge de
meurtre
retenue contre un jeune homme sans acte de naissance.
S'il est déclaré coupable, le jeune homme pourrait finir sur
l'échafaud,
incapable de prouver qu'il n'a pas encore atteint la majorité (18
ans) au
moment où le crime a été commis, a-t-elle expliqué.
Plusieurs pays n'ont aucun système d'enregistrement des
naissances.
Certaines données laissent supposer que des millions de personnes
ne
figurent pas sur les registres de l'état civil, a signalé Dow.
Les pays pauvres non urbanisés ont tendance à présenter de faibles
taux
d'enregistrement des naissances à cause du manque de personnel
qualifié et
de technologie moderne.
Le problème de la distance à parcourir pour aller aux centres
d'enregistrement et la méconnaissance des parents quant aux
formalités à
remplir ou la peur de remplir ces formalités, jouent aussi un
rôle.
En Sierra Leone, le taux d'enregistrement est inférieur à 10 po
cent. Au
Zimbabwe, seulement un tiers des naissances est enregistré. En
Bolivie, la
moitié de la population n'a pas d'acte de naissance, a souligné le
rapport
de l'UNICEF.
D'autres pays comme l'Afghanistan, le Cambodge, l'Erythrée,
l'Ethiopie, la
Namibie et Oman, ont établi des systèmes d'enregistrement
obligatoire des
naissances.
Cependant, il y a toujours plusieurs facteurs (certains sont très
simples)qui empêchent les familles de faire enregistrer leurs
enfants.
L'objection la plus courante concerne la difficulté que suppose le
déplacement vers le service de l'état civil, a indiqué Dow.
Toutefois, dans d'autres cas, l'enregistrement peut enfreindre les
traditions ou coutumes sacrées. Il peut aussi être interprété par
les
minorités ethniques comme une tentative du gouvernement pour
compromettre
leurs cultures.
A Madagascar, les registres de l'état civil ont peu de défenseurs
car les
pratiques traditionnelles d'attribution de noms sont toujours
considérées
comme ayant une nature profondément sacrée.
Au Kenya, en 1904, le régime colonial britannique a imposé la
déclaration
obligatoire des naissances pour les Blancs uniquement. Cette
règle a été
élargie au reste de la population en 1971, soit huit ans après
l'indépendance.
Dow a ajouté que le système d'enregistrement des naissances était
l'un des
héritages les plus parlants du système de division raciale que
l'apartheid a
mis en place en Afrique du sud jusqu'en 1994.
La nation avait un système efficace, moderne et informatisé pour
enregistrer
tous les citoyens blancs. Mais, seulement 13 pour cent de la
population
noire était enregistré en 1993.
Actuellement, en Europe de l'Est et du centre, la plupart des 5 à
8 millions
de gitans, n'ont jamais été autorisés à faire partie du grand
cercle social,
a indiqué le rapport.
Cette attitude négative signifie par exemple que seulement 7.000
des 60 à
100.000 gitans de la Croatie, sont enregistrés.
L'UNICEF s'est aussi plaint du fait que pour un bon nombre
d'enfants nés
dans les pays secoués par diverses formes d'agitation politique,
la
jouissance du droit à la nationalité et au nom peut mettre en
danger leur
sécurité personnelle.
Tel est le cas des Kurdes syriens, des Tartares ukrainiens, des
Russes des
ethnies estonienne et lettone, des minorités ou des colonies
étrangères du
Bhutan, de la Birmanie, du Cambodge, du Koweït, du Pakistan, des
pays de
l'ancienne Yougoslavie, et des trois millions de Palestiniens du
Moyen-Orient.
Toutefois, en cas de non-déclaration, le pire des impacts est
constaté
lorsque, au cours de leur déplacement vers la ville en quête de
travail ou
pendant qu'ils traversent des frontières en fuyant les conflits
armés, les
enfants sans aucune identité sont, selon les critères
gouvernementaux,
littéralement inexistants.
"Ils sont considérés comme des non-être", a conclu Bellamy.