GUINEE-BISSAU: L'ECOMOG s'Apprête A Intervenir Si Le Dialogue Echoue.

ABIDJA, 7 juill. (IPS) – La force ouest-africaine de maintien de
la paix
(ECOMOG)pourrait dépêcher ses troupes pour arrêter le carnage en
Guinée
Bissau, si les actuels efforts de médiation échouent, a déclaré le
secrétaire général de la communauté économique des Etats de
l'Afrique de
l'Ouest (CEDEAO).

"Actuellement, nous poursuivons trois options, notamment le
dialogue, le
boycott économique et la force militaire. Si les deux premières
échouent,
nous serons obligés d'intervenir militairement", a affirmé
Lansana Kouyaté,
secrétaire général de la CEDEAO.
Kouyaté ainsi que les ministres de la Défense et des Affaires
étrangères des
16 nations de la CEDEAO, se sont réunis à Abidjan, le 4 juillet,
et ont
exhorté les belligérants Bissau guinéens à dialoguer.
"Telle qu'elle se trouve actuellement, la CEDEAO ne peut pas
intervenir
dans une autre zone de conflit sans augmenter ses ressources et le
nombre de
ses soldats, car nos ressources sont déjà excessivement dépensées
au Liberia
et en Sierra Leone", a annoncé Kouyaté.
"C'est pourquoi nous demandons aux pays membres qui n'ont pas
encore envoyé
leurs forces militaires et leurs ressources de le faire de toute
urgence",
a-t-il dit.
Le président de la Guinée Bissau, Joao Bernardo Vieira, a demandé
le mois
dernier à la CEDEAO d'envoyer des troupes pour lutter contre les
rebelles.
Le conflit a éclaté le 7 juin, un jour après que Vieira a essayé
de
remplacer l'ancien chef d'Etat Major, Ansumane Mane, par un
nouveau, après
avoir accusé Mane de se livrer à un trafic d'armes avec les
rebelles de la
région méridionale sénégalaise de la Casamance. Cette région a une
frontière
commune avec la Guinée Bissau. Les rebelles casamançais luttent
pour
l'indépendance depuis plus de 15 ans.
Le Sénégal, ainsi que la Guinée Conakry, y ont dépêché des
centaines de
soldats pour prêter main forte au président Vieira. Le ministre
sénégalais
des Affaires étrangères, Moustapha Niass, a déclaré, il y a deux
semaines,
que les intérêts vitaux de son pays sont en jeu.
Dans un communiqué rendu public samedi dernier, les ministres des
Affaires
étrangères et de la Défense de la CEDEAO, ont réaffirmé leur
soutien à
l'appui déjà apporté à Vieira par les armées guinéenne et
sénégalaise.
Peu après la réunion de la CEDEAO, les belligérants Bissau
guinéens ont
renouvelé les échanges de tirs. Ces échanges seraient les plus
féroces
depuis le début de la rébellion il y a un mois.
Malgré l'urgence de la situation, Kouyaté insiste que
l'intervention de la
CEDEAO en Guinée Bissau serait purement humanitaire", elle serait
destinée
à "sauver des vies humaines au nom de la solidarité régionale".
Certains délégués estiment qu'ils feront face à une ferme
résistance dans
leurs pays d'origine quant à l'idée d'envoyer des troupes
nationales au sein
de l'ECOMOG pour assurer une mission à l'étranger".
"Cela ne va pas être facile d'envoyer une armée nationale assurer
une
mission à l'étranger sans l'approbation des décideurs du pays", a
laissé
entendre Ibrahima Ouadrago, ministre des Affaires étrangères du
Burkina Faso.
"J'espère que les Parlements seront assez sympathiques pour
s'apitoyer sur
le sort des innocents, qui souffrent pour rien, et qu'ils vont
agir
rapidement", a-t-il ajouté.
Créée en 1975, la mission de la CEDEAO consistait à uvrer pour
l'intégration économique régionale. Mais, le rôle de cette
organisation
s'est élargi au maintien de la paix en 1990, au début de la guerre
civile
libérienne.
La capacité de restauration de la sécurité et du règne
démocratique dont
l'ECOMOG a fait preuve au Liberia et en Sierra Leone, a depuis
persuadé la
CEDEAO qu'elle pouvait commencer à l'utiliser comme une base sur
laquelle
une force permanente de maintien de la paix, peut être bâtie.
"Notre décision d'intervenir en Guinée Bissau serait un pas
supplémentaire
dans l'accomplissement de notre objectif qui consiste à avoir une
force
régionale de maintien de la paix qui serait prête en cas de
besoin", a
indiqué un diplomate ouest africain.