MEDIA-SIERRA LEONE: Nouvelle Loi, Fraîches Arrestations.

FREETOW, 6 juill. (IPS) – Le gouvernement civil de la Sierra
Leone a
imposé de nouvelles réglementations qui interdisent aux
journalistes de
publier des articles "qui pourraient susciter une inquiétude
publique ou
un découragement général". Plusieurs rédacteurs des journaux
indépendants
sont déjà sous les verrous.

Deux rédacteurs et un éditeur ont été arrêtés mardi dernier par
la sécurité
d'état et détenus pour être entendus par le Département de
l'Investigation
criminelle (Criminal Investigation Department).
Le directeur de publication du journal 'Independent Observer',
Jonathan
Leigh, le rédacteur de 'Democrat', Joseph Mboka, et l'éditeur de
'Newstorm',
Ahmed Kanneh, ont vu leurs bureaux perquisitionnés par des
officiers de
police et quelques documents ont été confisqués.
"Six détectives de la police sont arrivés dans notre bureau
('Democrat'),
avec un mandat de perquisition, prétendument pour rechercher des
documents
subversifs. Ils ont pris d'assaut les lieux, mettant tout sens
dessus-dessous", a affirmé Michael Foray, l'éditeur du journal.
Foray a indiqué que deux éditions, qui ont fait des
commentaires sur la
rumeur selon laquelle Foday Sankoh, le leader du Front
révolutionnaire uni
(RUF), qui est détenu au Nigeria, serait sur le point d'être
libéré, ont
été confisquées.
" Le fait que nous ayons compris que des actions étaient en cours
pour la
libération du rebelle et son retour en Sierra Leone pour
participer dans un
gouvernement de partage de pouvoir n'a certainement pas plu aux
autorités", a indiqué Foray.
Sankoh est en détention depuis plus d'une année. Il est accusé
d'avoir
violé la loi nigériane pour avoir porté avec lui des armes et des
munitions
dans le pays. Il n'a jamais été traduit en justice.
Leigh a été arrêté suite à la publication d'un article paru dans
son
hebdomadaire, suggérant que l'ECOMOG – la force ouest africaine
de maintien
de la paix- serait entrain de former secrètement 3000 anciens
soldats de la
junte pour leur éventuelle récupération dans la nouvelle armée de
la Sierra
Leone.
L'ECOMOG, qui a reconduit le Président Ahmed Tejan Kabbah au
pouvoir en
mars dernier, a tout de suite rejeté ces accusations.
"L'information sur le
recrutement de 3000 troupes de la junte est complètement
fallacieuse,
malicieuse, fausse et non fondée", lit-on dans un communiqué de
l'ECOMOG.
La réglementation de la presse qui est conforme à une récente
législation
publique de crise, met en garde les rédacteurs et les éditeurs
contre " la
publication de n'importe quelle rapport ou article qui mettrait
en cause la
paix, l'ordre et la stabilité publiques".
Les contrevenants sont passibles d'un emprisonnement d'au moins
deux ans
ou d'une amende de 500,000 Leones, ou encore les deux à la fois.
(1.500
Leones équivaillent à 1 US Dollars).
Très récemment, la presse Sierra léonaise a été sous le feu des
projecteurs pour avoir publié des articles sensationnels et
inquiétants.
" Nous sommes toujours en situation de crise et tout
rédacteur ou
éditeur qui viole les règlements fera face à la puissance de la
loi", a
affirmé le ministre des l'Information et de l'audiovisuel, Julius
Spencer
lors d'une réunion avec les éditeurs la semaine dernière.
La Sierra Leone compte une population de près de 4.5 millions
d'habitants,
avec un taux d'analphabétisme de 85 pour cent. Les 15 pour cent
des
personnes lettrées ont un pouvoir d'achat très maigre, en raison
de la
guerre civile et neuf mois de règne de la junte militaire qui
ont
contribué à appauvrir la majorité des Sierra Léonais.
De plus, le marché des journaux est inondé de plus de 50 titres –
tous des
tabloïds", qui se disputent un très petit lectorat.
" Nous dépendons presque des bénéfices de la publicité qui est
irrégulière. Nous sommes obligés de mettre des titres
sensationnels si nous
voulons vendre le journal", affirme Alusine Fofanah, directeur de
publication de l'indépendant 'Star'.
Lors d'une émission radio télévisée, le président Kabbah a demandé
aux
rédacteurs de mettre fin aux reportages sur les questions
désagréables qui
pourraient chasser les investisseurs.
"Nous devons tous apprendre à aimer notre pays, en publiant des
choses qui
attirent les investisseurs et non en publiant des articles
inquiétants
qui peuvent mettre notre pays en déroute", a-t-il dit.
Les journalistes affirment qu'ils font face à un dur combat avec
un
gouvernement qu'ils ont aidé à réinstaller, après qu'il a été
renversé et
contraint à neuf mois d'exil en mai
dernier