RIO DE JANEIR, 30 juin (IPS) – Le président brésilien Fernando
Henrique
Cardoso garde le profil bas pendant que l'équipe nationale de
football est
entrain de se battre pour la gloire de la coupe du monde en
France.
Cardoso était en France pour les cérémonies d'ouverture mais,
suite aux
conseils des docteurs chargés de diriger sa campagne pour sa
réélection, il
n'a pas voulu se faire voir à la télévision. Il n'est pas non plus
apparu
dans les photos lors du match d'ouverture du Brésil.
Le seul symbole visible affiché par le président, suite aux
conseils de son
petit-fils de cinq ans, est un petit drapeau brésilien placé à
bord du
véhicule présidentiel.
Tandis qu'une victoire brésilienne pourrait renforcer les chances
de
réélection de Cardoso en octobre prochain, une défaite à la coupe
du monde
serait pour lui un grand coup, estiment les observateurs et les
conseillers
de la campagne présidentielle.
"Personne ne gagnera les élections simplement à cause de la
victoire du
Brésil à la coupe du monde. Mais, si l'équipe est humiliée, le
climat de
désillusion pourrait contaminer une campagne qui est encore dans
l'attente
de ses meilleurs jours", a écrit la chroniqueuse politique Helena
Chagas
dans le quotidien 'O Globo'. "Les spécialistes du marketing
savent que le
football et la politique suscitent des émotions, mobilisent les
passions et
influencent la culture populaire de plusieurs façons".
Cardoso n'a pas la réputation d'un grand connaisseur de football.
En fait,
bien avant le début de la compétition, le président avait prédit
que
l'Uruguay remporterait la coupe du Monde.
L'Uruguay, un ancien champion du monde, n'a cependant pas pu
obtenir sa
qualification pour la compétition de cette année.
Néanmoins, plus que tout autre Brésilien, le président doit être
entrain
d'espérer que le Brésil triompherait comme ce fut le cas en 1958,
en 1962,
en 1970 et en 1994.
Les récents sondages révèlent que le principal rival de Cardoso au
cours des
élections d'octobre, Luis Inacio Lula da Silva du parti
travailliste (PT),
s'est rapproché de la popularité du président.
Le sondage a été effectué à un moment défavorable pour les
Brésiliens.
C'était tout juste au début de la coupe du monde, laquelle avait
été
précédée par une défaite du Brésil face à l'Argentine dans le
temple du
football brésilien, le stade de Maracana. La performance de
l'équipe
nationale brésilienne était médiocre.
Mauricio Murad, sociologue spécialiste de la grande culture du
Football
brésilienne, auteur de "From Head to Feet : Basic Elements of the
Sociology
of Football" (De la tête aux pieds : Les éléments fondamentaux de
la
sociologie du football), donne une explication culturelle aux
précautions
prises par les conseillers de la campagne présidentielle. "Je
suis sûr que
le football n'aliène pas les gens, mais il peut servir de moyen
d'évasion à
la population".
Murad reconnaît que le sort de Cardoso à l'issue des élections ne
dépendra
pas du nombre de buts que le Brésil marquera contre ses
adversaires.
Néanmoins, il ajoute que dans un pays où le football est "une
passion
radicale, une éventuelle défaite à la coupe du monde ferait
resurgir les
problèmes qui sont actuellement plus ou moins sous le boisseau.
Cardoso a
intérêt à ce que notre équipe arrache la victoire".
Les problèmes qui passaient au second plan après le football, ont
été au
cours de ces dernières semaines mis en relief par les sondages qui
ont fait
état du déclin de la cote de popularité du président.
La hausse du chômage, les ajustements fiscaux entrepris en
novembre dernier
pour contrer la crise financière asiatique ainsi que l'incapacité
du
gouvernement à résoudre les problèmes sociaux tels que la famine
due à une
grave sécheresse provoquée par El Nino dans la région pauvre du
nord-est du
pays, sont autant de facteurs conspirant contre le président.
Le propagandiste politique Paulo Serra a dit à IPS que la coupe du
monde
pourrait "rompre le cercle vicieux" entourant la campagne
présidentielle.
Les frustrations populaires sont polarisées sur les matchs, et si
le
résultat est positif, "un nouveau climat de confiance régnera
dans la vie
quotidienne des Brésiliens.
"La compétition est sans doute un élément qui rapproche la
population de la
politique. Je suggérerais que le président se rapproche autant que
possible
du peuple.
"Toutefois, cela peut être vraiment dangereux car c'est un
couteau à double
tranchant : une victoire entraînerait une satisfaction énorme et
influencerait positivement sa campagne, mais les choses peuvent
empirer si
le Brésil est vaincu", a indiqué Sierra.
Si le président prenait ses distances vis-à-vis de la compétition,
l'opposition pourrait "exploiter" la question, a signalé Murad.
"Lula est
un grand fan du foot. Il a failli devenir un joueur professionnel
de
football. Et je crois qu'il est d'autant plus facile pour lui de
capitaliser
sur le sport que Cardoso, un intellectuel malheureusement très
loin de la
culture populaire".
Les directeurs de campagne de Lula ont, semble-t-il, tenu le même
raisonnement. La nouvelle campagne télévisuelle du Parti
Travailliste montre
Lula debout sur un terrain de football. Il se trouve en face d'une
foule en
liesse. A cette occasion, le Brésil joue contre une équipe en
uniforme gris.
Il s'agit d'une allusion aux problèmes qui accablent Cardoso.
"L'équipe brésilienne s'ingénie à noter l'Inflation, tout en
négligeant les
autres", déclare la voix hors champ. "Ah ! Bouge . . . Attention
! .. . .
But ! !. . . Buuuuuuuuut contre le Brésil ! ! !"

