POLITIQUE-TOGO: Eyadema Confisque la Victoire Que Réclame l'Opposition.

LOM, 29 juin (IPS) – La confusion règne toujours à Lomé, la
capitale
togolaise après la proclamation des résultats du premier tour de
l'élection
présidentielle du 21 juin dernier dont l'opposition et le Pouvoir
s'arrachent la victoire.

Selon les résultats proclamés samedi dernier par le ministre
togolais de
l'intérieur et de la sécurité, le général Seyi Mèmène, le
président sortant
Gnassingbé Eyadema aurait remporté le scrutin avec 52,13% contre
34,10% pour
Gilchrist Olympio, son principal challenger. Les autres candidats
sont :
Yaovi Agboyibor (9,54%), Zarifou Ayeva (3,2%), Léopold Gnininvi
(0,80%) et
Jacques Amouzou (0,35%).
L'opposition a aussitôt rejeté ces résultats, estimant que le
décompte des
bulletins n'a pas été fait dans la transparence.
En effet quarante huit heures après le scrutin, les résultats des
élections
étaient toujours bloqués. Le décompte des résultats à Lomé a été
arrêté
lundi à 13 heures pour des raisons non dévoilées, après avoir
compté 35
bureaux de vote sur 317. Cette situation a conduit à la démission
de la
présidente de la Commission électorale nationale (CEN), madame
Nana Awa, et
quatre autres membres de la commission qui auraient été victimes
de
harcèlements.
“C'est un hold-up électoral. Le Président veut voler notre
victoire, celle
de notre candidat Gilchrist Olympio. Nous ne céderons point face à
la dictature
de Eyadema”, proteste Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de
l'Union
des Forces du Changement (UFC).
” Ils ont tout mis en uvre pour maintenir au pouvoir le candidat
Eyadema.
La réalité est qu'il a perdu les élections. Le complot ourdi
contre le peuple
togolais ne passera pas. Eyadema doit admettre sa défaite et se
retirer
du pouvoir”, réclame Bob Akitani, vice-président de L'UFC.
Pour Edem Kodjo, Président de L'Union Togolaise pour la Démocratie
(UTD) ”
ces résultats donnant vainqueur Eyadema sont nuls et non avenus.
L'opposition en tête avec Gilchrist a remporté l'élection
présidentielle. Il
est temps que la loi soit respectée dans notre pays”.
Mais le Rassemblement du peuple togolais (RPT), parti du candidat
Eyadema tire le drap de son coté et demande à l'opposition de
reconnaître la
victoire d'Eyadema.
” La victoire de Gnassingbé Eyadema est une victoire de la
démocratie. Et
cette victoire appartient au peuple et les vainqueurs et les
vaincus doivent
reconnaître qu'ils servent un même pays. Il ne faudrait pas que
cela soit
l'occasion de réveiller le démon de la division au sein de nos
populations
“, a laissé entendre un communiqué des responsables du RPT.
” L'opposition doit reconnaître sa défaite et demander à ses
troupes de se
ranger. Il faut qu'elle cesse de contester les résultats”, affirme
Natchaba
Fambaré, directeur de l'information du RPT.
Pour protester contre ces résultats, les partisans de l'opposition
sont
descendus dans les rues de Lomé. Des centaines de personnes, en
majorité des
jeunes ont défilé dans les principales artères de la capitale. Aux
cris
de ” Eyadema voleur, France complice”, ” Rendez-nous notre
victoire”, “A
bas la dictature”, la foule de jeunes et de femmes a exprimé sa
colère
contre ce qui apparaît comme un non-respect de la volonté du
peuple.
” Encore une fois les autorités ont prouvé à la face du monde
entier
qu'elles évoluent en marge de la loi. Nous voulons le changement.
Trente et
un ans de pouvoir ce n'est pas trente et un jours. Eyadema doit le
comprendre”, déclare
l'un des manifestants.
Selon un autre manifestant, ” le Togo n'est pas la propriété de
Eyadema. Si
en trente et un ans il n'a pas pu construire le pays, ce n'est pas
au cours
des cinq années à venir qu'il le fera. Il est temps qu'il passe la
main à
Gilchrist”.
D'autres jeunes ont assiégé le quartier populaire de Bè où ils ont
posé des
barricades et brûlé des pneus. Face à ces manifestations de rue,
la réaction
des forces de l'ordre a été dure. En quatre jours de protestations
et
d'affrontements avec les militaires, plus de 60 blessés et un mort
sont
dénombrés par la Croix Rouge Togolaise. Le siège de l'UFC, parti
de
Gilchrist a été incendié et ses militants battus suite à une
intrusion des
forces anti
émeutes.
L'Union Européenne et les USA ont d'ores et déjà rejeté la
légitimité de
ces résultats. James Rubin, porte-parole du département d'Etat
demande au gouvernement du Togo de respecter ses propres lois et
son
propre code électoral, et exhorte toutes les parties à faire
preuve de
retenue et de s'abstenir d'user de la violence en cette période
difficile.
Dans un communiqué rendu public le 24 juin, Paolo Salvia, Chef de
la mission
des observateurs, constate que : ” la démission de Madame la
présidente de
la commission électorale a mis un terme au fonctionnement de
l'organe de
contrôle et de supervision des élections. De ce fait le processus
électoral
ne présente plus de garanties de transparence requises et évolue
en dehors
du cadre des dispositions du code électoral”.
La mission d'observation de l'Union Européenne conclut qu'elle ne
peut
considérer conforme aux dispositions légales la procédure suivie
pour le
calcul des résultats annoncés et de ce fait cela est grave et
lourd de
conséquences pour le Togo face à ces principaux bailleurs de
fonds.