DROITS-KENYA: Combattre le Viol Par des lois Fortes et l'Education.

NAIROB, 17 juin (IPS) – -Les juristes kenyans et les défenseurs
des droits
de l'homme demandent au gouvernement de renforcer la loi contre
les abus
sexuels et d'initier davantage de programmes qui apprennent aux
parents
comment protéger leurs enfants contre le viol.

Lors d'un récent séminaire qui a regroupé la police, les juristes,
les
magistrats et les juges, il a été souligné qu'il existe toujours
beaucoup de
failles dans les lois du pays, et que la police et les tribunaux
sont
souvent défaillants dans l'application de la loi contre les abus
sexuels
commis sur les femmes et les enfants.
Si la victime est une adulte, la loi kenyane préconise une
condamnation à
vie, et 14 ans d'emprisonnement si la victime est une enfant de
moins de 14
ans. Cependant, la loi stipule qu'il revient à la victime de
fournir "des
preuves sans le moindre doute " qu'un viol a été commis.
'Une preuve sans le moindre doute' signifie qu'en dehors de la
preuve
médicale, les victimes doivent détailler les circonstances qui ont
conduit
au viol.
Aucune peine minimum pour le viol n'a été spécifiée par la loi, et
le viol
marital n'est pas considéré comme un acte criminel.
Les défenseurs des droits de l'homme exigent la suppression d'un
paragraphe
controversé de la loi, qui demande qu'une femme prouve qu'elle
"n'est pas
de murs légères ou généralement d'une moralité douteuse". Ce qui
signifie
que les prostituées ne seront pas en mesure d'intenter un procès
pour viol.
"Ce sont quelques échappatoires flagrantes de la loi kenyane qui
doivent
être abordées", déclare Fatuma Abeid de l'organisation de lutte
contre le
viol au Kenya. "Le viol a toujours son sens, qu'il affecte une
prostituée,
une enfant ou une femme mariée".
Effy Owuor, juge à la Haute Cour du Kenya, affirme que cette
charge de la
preuve confiée aux victimes, les empêche de porter plainte, c'est
pourquoi
plusieurs délinquants échappent à la justice. "Les tribunaux
devraient
comprendre qu'une personne victime du viol est déjà traumatisée.
Lui
demander d'apporter des preuves c'est comme la soumettre encore au
viol",
déclare-t-elle.
Un cas d'espèce est un cas récent intervenu à Nyeri, à quelques
200
kilomètres au nord de Nairobi, où un homme a été accusé d'avoir
violé une
fillette de 3 ans et de l'avoir infecté d'une maladie sexuellement
transmissible (MST).
Cependant, la Cour de justice de cette ville, l'a libéré pour
défaut de
preuve, malgré le témoignage de l'enfant. L'examen médical avait
aussi
prouvé que le monsieur qui était le domestique de la famille,
souffrait du
même mal (MST) que l'enfant.
D'après Owuor, ambassadeur du Kenya auprès du Fonds des Nations
Unies pour
l'Enfance(UNICEF), si de tels cas se sont produits, c'est parce
que la loi
est caduque". Nos lois sur les abus sexuels protègent plus les
coupables
que leurs victimes", ajoute-t-elle.
Owuor, ainsi que d'autres défenseurs des droits de l'homme ont
appelé au
changement des lois kenyanes conformément à la déclaration
universelle des
droits de l'homme et la convention sur l'élimination de toutes
formes de
discrimination contre les femmes (CEDAW).
Hormis le renforcement de la loi, les experts affirment qu'il est
nécessaire
d'avoir des programmes qui éduquent les parents sur la manière de
protéger
leurs enfants.
Dans un document de recherche sur 'Les Erreurs courantes dans le
jugement
des cas de viols à la Cour de justice', le magistrat kenyan
Roselyne
Nabuye révèle aussi quelques-unes des infractions coutumières
commises par
les parents.
"Ils abandonnent les petits enfants à eux-mêmes, en s'absentant
pendant
longtemps, donnant l'occasion aux enfants d'errer dans les
maisons et à la
merci des assaillants", indique le document.
"Des fois on les laisse sans la moindre nourriture, ce qui les
oblige à se
laisser emporter par des tentations telles que le pain et les
biscuits",
ajoute-t-il.
"Les parents n'ont pas le temps de contrôler les comportements de
leurs
voisins vis-à-vis de leurs enfants", affirme Nabuye, avant
d'ajouter que
les parents commettent aussi la faute courante d'envoyer leurs
enfants au
marché et dans les magasins tard la nuit, alors que ceux des zones
rurales,
envoient les enfants puiser de l'eau le soir.
Après que l'infraction a été commise, indique Nabuye, la plupart
des
victimes détruisent sans le savoir la preuve qui peut conduire à
la
poursuite judiciaire.
"Les vêtements déchirés pendant le viol sont parfois abandonnés
sur les
lieux. Les victimes se lavent si elles sont âgées, et si elles
sont
jeunes, elles sont nettoyées par les parents ou les tuteurs avant
que tout
examen médical soit effectué sur elles", ajoute-t-elle.
Rhoda Kimundi, un commissaire de police chargé des enquêtes
judiciaires,
affirme que les victimes du viol se lavent souvent ou ne signalent
pas le
viol, à cause de la honte associée au crime.
"Ces genres de cas ne sont pas signalés aussi souvent qu'ils sont
commis,
résultant du fait que ce sont des crimes honteux qui tentent de
compromettre
la moralité de la victime", déclare Kimundi.
Un ouvrage pour éduquer le public et la police sur le traitement
des cas de
viol a été conçu et sera distribué dans les écoles, sur les lieux
de travail
et dans les postes de police du pays.
D'après les chiffres publiés par la police, 393 cas de viol ont
été
rapportés entre janvier et avril 98. De ces chiffres, 57 enfants
de moins de
14 ans étaient impliqués. L'année dernière, la police avait
enregistré plus
de 3000 cas de viol.
Les juristes et les défenseurs des droits de l'homme affirment que
la peine
maximum pour le viol de mineurs devrait être une condamnation à
vie, et il
devrait y avoir une peine minimum de 10 ans d'emprisonnement pour
les
personnes déclarées coupables du viol d'un adulte ou un enfant.
Les recommandations sur les moyens de corriger les insuffisances
de la loi
contre le viol seront suivies par une commission qui a été créée
pour
étudier les lois sur les abus sexuels, indique le président de la
Cour