POLITIQUE-NIGERIA: Un Bon Pas En Avant, Mais Il En Faut Plus Pour Avancer.

LAGO, 17 juin (IPS) – La libération de neuf prisonniers de
conscience par
Abdulsalam Abubakar, le nouveau dirigeant militaire du Nigeria,
est un pas
dans la bonne direction, mais ce nouveau leader devrait accélérer
le rythme
du changement, estiment les observateurs politiques et les
défenseurs des
droits de l'homme.

Abubakar a annoncé la libération de Franck Ovie Kokori, de Milton
Dabibi, du
général retraité Olusegun Obasanjo, du Dr Beko Ransome-Kuti, de
Chris
Anyanwu, d'Alhaji Ibrahim Dasuki, de Chief Olabiyi Durojaiye, de
Uwen Udo et
de Chief Bola Ige.
"Je suis si heureux et joyeux. C'est un grand événement d'une
importance
monumentale. C'est un événement épique", a dit aux journalistes
l'éminent
avocat et militant des droits de l'homme Gani Fawehinmi.
Fawehunmi, qui a été arrêté pendant plusieurs heures vendredi
dernier, à la
suite des manifestations marquant le 12 juin, date anniversaire
des
élections présidentielles annulées de 1993, a ajouté : "Nous
pouvons
maintenant voir un nouveau commencement".
Bien que Obasanjo, ancien chef d'Etat, ait été libéré par pure
"compassion", il a été envoyé en réclusion dans sa grande ferme
d'Otta,
située à 40 km au nord ouest de Lagos. Le rédacteur en chef
Anyanwu et
Ransome-Kuti, docteur en médecine, ont aussi été assignés à
résidence.
Beaucoup de personnes pensent que Dasuki, considéré comme le
monarque le
plus puissant du nord, et le défenseur de la démocratie Ransome-
Kuti, ont
été relâchés à cause de la dégradation de leur état de santé.
Dasuki, 74
ans, ancien sultan de Sokoto, a été relâché à condition qu'il ne
retourne
pas à Sokoto où il a été démis de ses fonctions de sultan par feu
Sani
Abacha, en avril 1996.
"Je serais très heureux de voir mon père à la maison", a
affirmé Nike, la
fille de Ransom-Kuti, "mais, j'espère que ce n'est pas une mesure
artificielle".
"C'est quelque chose auquel je m'attendais. Cela montre que le
gouvernement
veut peut-être négocier, mais j'émets toujours des réserves sur le
général
Abubakar, car il faisait partie du régime d'Abacha", a-t-elle
souligné.
Toutefois, les défenseurs des droits de l'homme attendent toujours
la
décision du gouvernement sur la libération de Moshood Abiola, le
vainqueur
présumé des élections présidentielles de 1993, et des autres
détenus
politiques.
"Le fait que rien n'ait été dit au sujet d'Abiola m'a fait douter
de la
véracité de la tentative de réconciliation. Le gouvernement doit
reconnaître
que Abiola et la date du 12 juin sont cruciaux dans la résolution
de la
crise politique", a indiqué la fille de Ransome-Kuti.
Plus de 42 personnes, y compris des officiers supérieurs de
l'armée et des
journalistes, sont toujours gardés en prison pour les coups d'Etat
présumés
de mars 1995 et de décembre 1997, destinés à déposer Abacha qui
est mort le
8 juin dernier.
L'ancien gouverneur de l'Etat d'Anambra (à l'Est du Nigeria),
Chukwuemeka
Ezeife, a déclaré que le nouveau dirigeant du Nigeria doit vite
montrer sa
méthode de gouvernement.
"En effet, j'espère qu'il va vite faire d'imprimer sa
personnalité sur le
gouvernement. Il n'a rien à faire de l'héritage d'Abacha", a
confié Ezeife
au journal 'Vanguard', mercredi dernier.
"Il se peut que Abubakar ait le règne le plus court par rapport à
tous les
dirigeants politiques du Nigeria, mais il peut devenir le héros
d'un nouveau
Nigeria et son souvenir sera vivace", a-t-il ajouté.
L'esprit de dialogue et de changement semble prévaloir dans le
pays à la
suite de la mort d'Abacha. Mardi dernier, par exemple, Mohammed
Marwa,
l'administrateur militaire de l'Etat de Lagos, a ordonné le
retrait des
charges pénales retenues contre Fawehinmi et 17 autres militants
des droits
de l'homme.
Selon Marwa, ce retrait était conforme à l'esprit de
réconciliation
nationale annoncée par Abubakar.
Tandis qu'un grand nombre de Nigérians saluent apparemment ce
nouvel esprit,
Omotola Falua, une femme de 76 ans, s'inquiète des chauves-souris
politiques".
"Vous savez que les chauves-souris ne sont ni des oiseaux ni des
rats.
Lorsque les oiseaux mangent, les chauves-souris se joignent à eux,
en se
faisant passer pour des oiseaux . . . ils font la même chose
lorsqu'ils
voient les rats manger", a-t-elle raconté à IPS.
"Je prie cependant pour que les pluies du Tout Puissant mouillent
les
chauves-souris qui commencent à changer de camps après la mort
d'Abacha. Les
gens sont vraiment louches", a fait remarquer Falua.
Les envoyés spéciaux des pays occidentaux sont entrain d'observer
attentivement la situation dans cette nation ouest africaine. "
Nous sommes
encouragés par les récents gestes de la nouvelle
administration", a
déclaré une femme diplomate dont le nom n'a pas été révélé.
Un autre diplomate a pourtant dit : "Ce que la communauté
internationale
espère, c'est plus d'ouverture au Nigeria, moins de corruption,
plus de
sécurité et l'amélioration des conditions de vie du commun des
mortels".