POLITIQUE-AFRIQUE: L'ECOMOG Obtient un Nouveau Mandat au Liberia

ACCRA, 16 juin (IPS) – Le Liberia a signé un nouvel accord avec la
communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO),
qui a
donné à la force ouest africaine de maintien de la paix (ECOMOG)
un nouveau
mandat mieux défini au Liberia.

Dans le cadre de cet accord signé le 5 juin et révélé à la presse
le
week-end dernier seulement, l'ECOMOG aidera le gouvernement du
président
Charles Taylor à assurer la sécurité de tout le territoire
libérien, à
maintenir l'ordre et à faire respecter la loi.
La force ouest africaine de maintien de la paix a assuré l'ordre
au Liberia
à la fin de la guerre civile et y a établi la sécurité lors de la
préparation des élections de juillet 1997 qui ont permis
l'accession au
pouvoir de l'ancien chef de guerre, Charles Taylor.
Selon l'accord de paix négocié pour le Liberia par les Etats de
l'Afrique de
l'ouest à Abuja en 1996, l'ECOMOG a contribué aussi à la
restructuration de
l'armée et de la police libérienne. Cette tâche a été réaffirmée
dans le
nouvel accord.
Le nouvel accord interdit aux forces de l'ECOMOG de s'ingérer dans
les
affaires civiles entre citoyens libériens et de s'engager dans des
activités
commerciales sur le territoire libérien. En outre, l'accord
stipule
clairement que l'ECOMOG ne devrait pas agir de son propre chef.
"L'ECOMOG est chargée du maintien général de la sécurité dans le
pays,
conjointement avec les services de sécurité publique", annonce
l'accord.
Par ailleurs, les soldats de l'ECOMOG devraient, si nécessaire,
présenter et
non laisser leurs cartes d'identité aux agents locaux de sécurité
si
nécessaire.
La durée du nouvel accord signé par le ministre libérien des
Affaires
Etrangères, Monie Captan, et le secrétaire général de la CEDEAO,
Lansana
Koyateh, n'est pas précisée. Conformément à l'accord d'Abuja, le
mandat de
l'ECOMOG devait s'achever officiellement le 2 février 1998.
Les relations entre le gouvernement libérien et l'ECOMOG ont été
tendues
depuis la prise du pouvoir par le président Taylor le 2 août 1997.
Quelques
jours après son investiture, le président Taylor a déclaré que
c'était son
devoir constitutionnel de restructurer la police et l'armée.
Cependant, le commandant de l'ECOMOG de lors, le major général
Victor Malu
du Nigeria a répliqué en disant que c'était le devoir de l'ECOMOG
de
restructurer l'armée et la police libériennes après la guerre. Ce
devoir est
stipulé dans l'accord d'Abuja.
Le désaccord a fait que le général Malu a été rappelé au Nigeria
et, depuis
lors, Taylor a accusé l'ECOMOG d'outrepasser ses limites de force
de
maintien de la paix.
Les groupes de défense des droits de l'homme se trouvant hors du
Liberia ont
exprimé leur préoccupation sur l'état général de la sécurité dans
cette
nation de l'Afrique de l'ouest où les factions ennemies s'étaient
livrées à
une guerre civile pendant huit ans.
L'administration de Taylor a été accusée de ne pas faire assez
pour subvenir
aux besoins des anciens combattants dépourvus d'emploi et de prime
de
démobilisation. Près de 23.000 rebelles des six factions en guerre
avaient
été désarmés par l'ECOMOG avant les élections libériennes du 19
juillet 1997.
Au début du mois de mai, plus de 2000 membres renvoyés des forces
armées
libériennes (AFL) ont organisé de violentes manifestations pour
exiger les
allocations qui leur avaient été promises. Les fenêtres du
ministère de la
défense ont été cassées et il a fallu déployer rapidement les
soldats de
l'ECOMOG pour maîtriser la situation.
Taylor a renvoyé 2300 hommes au début du processus de
restructuration de
l'armée et de la police en février. Avant la guerre, la force
militaire du
pays atteignait environ 7000 soldats, tandis que la police
comptait 2000
agents. Feu Samuel Doe avait, cependant, organisé une grande
opération de
conscription dans l'intention de faire échec à la progression du
NPFL (Front
national patriotique du Liberia) de Taylor. Cette opération de
conscription
a fait passer le nombre de soldats à 12.000.
Au début de l'année, le ministre de la défense, Daniel Chea, a
déclaré que
le Liberia avait seulement besoin d'une armée de 5000 soldats.
"Nous
voulons une petite armée bien formée reposant sur l'équilibre
géographique", a-t-il dit.
L'accord d'Abuja préconise une armée libérienne constituée de
toutes les
factions ayant participé à la guerre civile de 1989-1997.
Cependant, Taylor
a été sceptique face à cette disposition particulière. De l'avis
des
observateurs, Taylor se soucie du fait que si les membres des
anciennes
factions rivales sont intégrés dans la nouvelle armée, ils
pourraient
représenter une menace pour la sécurité de son gouvernement.
Les anciens rebelles mécontents sont aussi impliqués dans le
conflit de la
Sierra Leone voisine. Ils combattent aux côtés des forces de l'ex
junte de
Johnny Paul Koroma, le président déchu. Après avoir organisé un
coup d'Etat
en mai 1997 avec des soldats de deuxième classe, Koroma a été
renversé par
l'ECOMOG en février et le gouvernement civil du président Ahmed
Tejan Kabbah
a été réinstallé au pouvoir.
Les anciens combattants libériens ont été arrêtés ou tués en
Sierra Leone.
Après que son gouvernement a continuellement nié l'implication de
ses
citoyens dans le conflit en Sierra Leone, le président Taylor a
reconnu tout
récemment que les Libériens combattaient effectivement en Sierra
Leone, mais
"à titre personnel".