GRAHAMSTOWN, Afrique du su, 15 juin (IPS) – Il faut plus qu'une
bonne
compilation des informations pour faire vivre un journal. Les
directeurs de
publication doivent aussi avoir le sens des affaires pour assurer
la
rentabilité et la survie de leurs journaux.
C'est le principal message lancé à un groupe de 14 directeurs de
publications des pays de l'Afrique australe, lors d'un séminaire
sur la
gestion de la presse à Rhodes University (Grahamstown) en Afrique
du sud.
Ce séminaire a duré tout le mois de juin.
Selon Guy Berger, chef du département de journalisme de
l'université, le
besoin de donner une vraie formation de gestionnaire aux
directeurs des
médias africains est fondamental à l'établissement d'une presse
africaine
puissante. Cette presse est appelée à couvrir de façon adéquate et
compétitive les problèmes africains pour un auditoire africain,
tout en
restant rentable.
"L'indépendance économique et politique de la presse africaine
dépend dans
une large mesure de la formation des directeurs, et j'espère que
les
participants au présent séminaire en apprécieront l'utilité, car
la bonne
gestion est probablement l'une des plus grandes étapes à franchir
dans la
gestion d'une institution de presse viable", a déclaré Berger.
Il a attribué la médiocrité de la gestion des maisons de presse
régionales
au fait que la plupart des journalistes ont été formés dans des
écoles où la
gestion n'était pas incluse dans le programme. Son département a
l'intention
de créer un diplôme relatif à la gestion des entreprises de
presse.
Mike Tissong, directeur adjoint de la rédaction du journal sud-
africain 'The
Sowetan' a signalé que les journalistes considèrent rarement les
journaux ou
les organes de presse comme des entités commerciales.
Dans le cas des journaux, a-t-il dit, les journalistes ne pensent
qu'à
l'espace qu'ils doivent remplir avec leurs histoires, ils ne se
préoccupent
vraiment pas de son impact.
"La plupart des journalistes, pas seulement ceux de la région de
l'Afrique
australe, mais aussi ceux du monde entier, ne comprennent pas
qu'un journal
est une entreprise qu'il faut considérer comme telle. Ils
s'occupent trop de
l'aspect technique de l'usage de leurs histoires et ne tiennent
pas compte
de l'objectif commercial.
"Ils oublient que le fait d'ignorer l'aspect commercial peut
entraîner leur
déclin dans un proche avenir. Il est crucial de comprendre qu'un
journal
doit être géré comme une entreprise", a ajouté Tissong.
George Ng'ambi, rédacteur de 'Times of Zambia', a souligné que
le problème
est même pire dans le contexte zambien.
"La situation à laquelle nous faisons face en Zambie est que nous
avons
placé de brillants reporters ou journalistes à de hauts postes
de
gestionnaires en oubliant que le simple fait d'être un bon
journaliste ne
suffit pas pour gérer un journal. C'est là que nous avons eu
plusieurs fois
tort".
En une année seulement, trois journaux privés ont fermé leurs
portes en
Zambie. Bien que les raisons de ces fermetures soient dues au
manque de
capitaux et à la pression gouvernementale, plusieurs directeurs de
journaux
zambiens reconnaissent que le manque d'une bonne gestion a aussi
joué un
rôle dans le déclin des journaux.
Les personnes ressources ne cessent pas de rappeler aux
participants que si,
entre autres choses, ils ne planifient pas leur travail et ne se
renseignent
pas autant que possible sur leurs lecteurs, la viabilité du monde
des
journaux ne sera qu'une chimère.
"Vous devez effectuer des recherches pour vous assurer que le
marché sur
lequel vous faites votre entrée, n'est pas saturé . . . vous devez
aussi
voir les créneaux qui ne sont pas encore exploités par d'autres
organisations de presse, si vous voulez continuer à publier".
Il a été prouvé que les raisons pour lesquelles les journaux ne se
font pas
d'argent dans la région, sont dues, en partie, à ce que plusieurs
lecteurs
les considèrent comme étant vides de contenu.
Les directeurs de journaux ont été exhortés à faire plus attention
à la
rédaction, à l'édition et à la conception (REC) de leurs journaux.
"Une image intelligemment utilisée peut être un facteur
susceptible de
promouvoir la vente d'un journal précis. En outre, la nécessité
d'éditer
plusieurs fois les copies avant qu'elles n'atteignent votre
lectorat, ne
peut pas être soulignée davantage", a déclaré une personne
ressource.
"Les gens n'aiment pas lire les histoires superficielles et il
incombe aux
gestionnaires de s'assurer que ce qu'ils mettent dans leurs
publications est
d'une bonne qualité . . . vous ne pouvez pas faire de compromis
sur la
qualité".
Brett Lock de la faculté de journalisme de l'université de Rhodes
a expliqué
que la philosophie du mot n'est pas une philosophie entièrement
nouvelle.
Cette philosophie a émergé au début des années 1980 et s'est
révélée
efficace dans les journaux où elle a été bien mise en application.
Contrairement à plusieurs autres programmes de formation des
journalistes de
la région, les participants ne vont pas recevoir de certificats de
participation, mais ils auront à faire quatre études de cas
relatifs aux
problèmes de gestion. Deux mois après leur retour au pays, ils
devront
produire des rapports pour expliquer comment ils ont pu ou n'ont
pas pu
mettre en application ce qu'ils ont appris pendant ce séminaire
sur la gestion.
Berger espère que ce que les directeurs ont appris leur permettra
d'améliorer la qualité du journalisme dans la région, et fera
d'eux de
meilleurs gestionnaires lorsqu'ils retourneront vers leurs
institutions de
presse respectives.

