DAKA, 12 juin (IPS) – -Des centaines de troupes en provenance
d'au moins
deux pays de l'Afrique de l'Ouest, sont arrivées en Guinée Bissau
où elles
ont pris positions à l'intérieur et aux environs de la capitale,
Bissau,
pour aider à réprimer une rébellion conduite par l'ancien chef de
l'armées,
Ansoumane Mane.
Huit cent soldats en provenance du Sénégal voisin se trouveraient
présentement aux alentours de la capitale Bissau, à proximité de
l'aéroport,
et s'apprêteraient à avancer dans les zones contrôlées par le chef
des rebelles.
En plus, 400 autres soldats en provenance de la Guinée Conakry,
pays voisin
situé au sud de la Guinée Bissau, auraient pris des positions
défensives à
l'intérieur de la capitale aux alentours du palais présidentiel.
Les troupes
rebelles encerclées de part et d'autre.
La situation semble se détériorer avec l'annonce des pénuries
chroniques en
vivres et des centaines de civiles fuyant la capitale. Des
rapports
contradictoires ne permettent pas de savoir qui contrôle la
situation
actuellement.
Mane a publié un communiqué exhortant le président Joao 'Nino'
Vieira de se
retirer, et de se déclarer président intérimaire jusqu'à la tenue
de
nouvelles élections.
Selon une source diplomatique, les troupes de Mane contrôlent
l'aéroport et
au moins deux autres bases militaires à l'intérieur et aux
environs de la
capitale. Mais les troupes gouvernementales contrôlent toujours le
palais
présidentiel, les stations de radio et de télévisions, les
ministères et
d'autres sites stratégiques.
Un militaire indique que les troupes de Mane chassées lundi se
trouvent à
Bra, un quartier riche de la capitale, où se trouvent plusieurs
ambassades
de l'Occident. L'ambassade de la Russie a été touchée 6 fois le
mardi à
coups de grenades à mesure que les troupes gouvernementales
essayaient de
repousser les rebelles.
Les combats se sont intensifié le mercredi soir, après que les
négociations
entre les deux camps, prévues pour la matinée, ont été annulées.
La plupart du personnel des ambassades ont quitté la zone de Bra
le mercredi
soir dans un long convoi de véhicules, drapés dans leur couleur
nationale.
Sous une initiative de l'ambassadeur de France, le président
Vieira a
accordé aux diplomates en fuite et à leurs familles, deux heures
pendant
lesquelles il leur a promis le passage sans risque jusqu'à la zone
portuaire
de la capitale, qui est éloignée des combats, et où ils peuvent
plus tard
être évacués hors du pays.
Cependant certains agents indispensables de certaines ambassades,
sont
restés plus longtemps à Bra. "Nous avons des éclats qui tombent
de part et
d'autre", a indiqué d'un ton nerveux, l'un des trois agents
laissés à
l'ambassade des Etats Unis, lors d'une conversation téléphonique.
"C'est
maintenant une bataille sans fin".
Les manifestations organisées dans toute la capitale seraient
dangereuses,
avec les troupes militaires en provenance d'un camp ou de l'autre,
qui
bloquent les routes à plusieurs endroits.
Les estimations du nombre de victimes varie largement, mais des
sources
confirment que les cadavres sont étendus dans les rues et que
l'hôpital est
débordé de victimes.
Les combats ont éclaté dimanche matin, lorsque les forces loyales
à
l'ancien chef de l'armée ont attaqué les forces loyales au
gouvernement qui
étaient sur le point d'arrêter Mane.
Mane était accusé d'avoir vendu des armes à un groupe rebelle au
Sénégal qui
lutte pour l'autonomie de la Casamance, la région du sud du
Sénégal,
frontalière avec la Guinée Bissau.
Lundi dernier, une enquête parlementaire devrait s'ouvrir et
aurait
probablement impliqué plusieurs hauts officiers.
En dehors du coup d'Etat sanglant de 1980 qui a consacré la
chute du
premier Président, Luiz Cabral, la Guinée Bissau était l'un des
pays les
plus pacifiques d'Afrique. "Nous n'avions jamais pensé que cela
pouvait
arriver ici", a indiqué une guinéenne.
Un système démocratique multipartisme avait été introduit en 1991,
bien que
le parti africain de l'indépendance de la Guinée (PAIGC) parti au
pouvoir,
soit resté aux commandes depuis son indépendance vis-à-vis du
Portugal en 1974.
Bien que le gouvernement poursuive un programme de libéralisation
économique, il est largement considéré inepte et corrompu et le
pays s'était
presque effondré économiquement.
Au cours des années précédentes, on a assisté à une lutte
acharnée pour le
contrôle du PAIGC. Certains observateurs craignaient que cette
lutte ne
soit violente. Mais d'après un diplomate de l'occident, le parti
tout entier
est à présent soudé derrière le président Vieira.
"Aucun soutient généralisé des civiles à la rébellion n'a été
signalé", a
affirmé le diplomate. "Une simple frustration dans l'armé en est
la cause".
L'inflation a nettement galopé suite au passage du Peso au CFA, la
devise
régionale des pays francophones d'Afrique, l'année dernière. Les
salaires
des soldats n'ont pas augmenté en conséquence.
L'ancien président Cabral a confirmé sur les antennes d'une radio
internationale que les salaires maigres faisaient partie des
raisons qui
ont poussé les soldats de se retourner contre le gouvernement,
mais il a
aussi souligné que "le conflit se préparait depuis".

