POLITIQUE-CONGO/BRAZAVILLE: Souvenirs et Soif de Justice..

BRAZZAVILL, 9 juin (IPS) – La guerre civile congolaise
déclenchée le 5
juin 1997 a pris fin en octobre dernier, et les congolais ont
comméroré le
premier anniversaire du déclenchement de cette guerre qui a fait
plus de
15.000 morts, sous une journée spéciale dite du Souvenir. A
l'heure du
souvenir, les autorités réitèrent leur volonté de poursuivre en
justice les
anciens dirigeants, rendus responsables des différents conflits
qui ont miné
ce pays de l'Afrique centrale ces cinq dernières années.

La manifestation du 5 juin qui a été placée sous le signe du
souvenir, de
la réconciliation, du pardon et de la tolérance, a été fortement
médiatisée
avec la présence d'une trentaine de journalistes venus de
l'étranger.
Plusieurs activités ont été organisées dans la capitale congolaise
pour
rendre hommage aux victimes de l'intolérance politique des deux
guerres
civiles de 1993-1994 et de 1997.
Prélude à cette journée, des veillées ont été organisées dans la
nuit du 4
juin dans tous les sièges des maisons communes et certains lieux
publics
sous le patronage des maires d'arrondissements.
La journée du vendredi 5 juin a commencé très tôt le matin par des
sons de
cloches dans toute la ville. Trois moments ont marqué la suite de
la journée.
La première cérémonie s'est déroulée devant la résidence de
Sassou Nguesso
à Mpila, quartier populaire de Brazzaville, où le Président de la
République
du Congo a procédé à la pose de la première pierre pour l'érection
d'une
stèle en ce lieu dit désormais du 5 juin. A cet endroit, se trouve
encore
exposé un des engins blindés qui, le 5 juin 1997, était venu
attaquer la
résidence de Sassou, sous les ordres de Pascal Lissouba, alors
président de
la République, déclenchant ainsi la seconde guerre civile de l'ère
démocratique au Congo.
Pascal Lissouba avait en effet ordonné le 5 juin de l'année
dernière,
l'attaque de la maison de Sassou, dans le but, avait-il affirmé,
d'y déloger
deux chefs miliciens proches de l'actuel chef d'Etat, auteurs
présumés de
troubles à Owando, localité située au Nord du pays. La riposte de
ce dernier
fut vive et inattendue, plongeant alors le pays dans une guerre
qui a duré
près de 5 mois.
La guerre ne s'est achevée que le 15 octobre dernier, avec l'auto
proclamation à la tête du pays de Sassou, suite à sa victoire
militaire sur
les forces de Lissouba, avec l'appui de l'armée angolaise.
La guerre civile de 1993-94 qui a fait plus de 3000 morts, avait
quant à
elle opposé les partisans de Pascal Lissouba et ceux de Bernard
Kolélas,
leader de l'opposition d'alors, au sujet des élections
législatives
contestées de cette même année.
La stèle qui sera érigée devant le domicile de Sassou est en forme
d'une
étoile à cinq branches, au milieu de laquelle sera placé le fameux
char qui
donna l'assaut sur le domicile de Sassou. L'étoile symboliserait
l'espoir
du peuple congolais en quête de paix et de devenir harmonieux.
Il y aura également cinq bassins d'eau bouillante, symbole de
l'effervescence, du tumulte, de l'angoisse et de la tragédie née
le 5 juin
1997. Une esplanade compléta stèle et mettra en relief une série
de
trois fresques réalisées par les artistes congolais pour exhorter
le peuple
à l'unité nationale, à la concorde entre les populations, à la
paix et à la
reconstruction du pays.
La seconde stèle qui permettra aux congolais de toujours se
souvenir des
victimes de la guerre sera érigée au Boulevard des Armées en face
de
l'immeuble des Italiens. Ce lieu baptisé place du souvenir, a été
choisi
parce qu'il a constitué pendant les hostilités, la ligne de front
des
belligérants.
Comme pour marquer à jamais la conscience des congolais, un livre
blanc
intitulé ' les Guerres civiles du Congo Brazzaville", a été rendu
public
au cours de la cérémonie du 5 juin. Le document retrace les
différentes
guerres civiles du Congo, avec tous les crimes dont l'ancien
président
Pascal Lissouba serait entièrement responsable. L'actuel
président Dénis
Sassou Nguesso y sort avec des mains blanches.
Selon Pierre Nzé, ministre de la Justice, ce livre publié en deux
tomes a
été rédigé afin que les spécialistes, diplomates, juristes,
historiens aient
une vision précise et globale des événements de ces cinq années.
"Il est
indispensable de rendre public simultanément l'intégralité des
documents qui
étayent des accusations portées contre les anciens dignitaires du
Congo", a
dit en substance le ministre Pierre NZE.
La manifestation du 5 juin a été diversement appréciée par les
Congolais.
Pour les chefs religieux, cette commémoration est une occasion
pour les
Congolais de retrouver les valeurs fondamentales que son l'amour,
la
solidarité, la vérité et la justice. Ils exhortent les Congolais à
ne pas
oublier les atrocités de la guerre.
"Nous saluons l'initiative de célébrer une journée nationale de
souvenir
car si notre pays doit assumer son histoire, faire la prise de
conscience
nécessaire du mal commis afin d'aller jusqu'au pardon, nous le
pensons, nous
les chrétiens, il ne peut malheureusement pas oublier cette guerre
qui l'a
si douloureusement marqué dans sa chair de peuple" a dit le
pasteur Ibara
Sandie, représentant du conseil cuménique du Congo.
Les femmes sorties très meurtries de la guerre du 5 juin 1997 ont
placé la
célébration de cette journée sous le signe de la réconciliation et
la paix.
Elles ont recommandé "la répression sévère par la justice des
auteurs de
viols et sévices corporels à l'égard des femmes et de tous ceux
qui
troublent la paix".
La jeunesse congolaise qui a joué un rôle actif dans les guerres
civiles
avec leur enrôlement dans les milices des différents belligérants,
se
souvient encore des atrocités de la guerre. Les souvenirs sont
encore
frais, a dit Boubakany Guy Parfait, représentant des jeunes à la
cérémonie
de commémoration.
"Enfants pillés dans les mortiers, des frères pris vivants,
enfouis dans
des sacs avec la pierre et jetés dans le fleuve. Des copains à qui
on a
infligé la mort lente par une torture inhumaine : fer à repasser
sur le dos,
des yeux troués, des ongles arrachés avec des pinces et d'autres
enfouis
vivants avec des pierres s'ils ne sont pas déchiquetés par les
éclats d'obus
et de bombes", rappelle Boubakany.
"Nous disons à tous ceux qui ne rêvent que de la violence, que
les jeunes
ne sont plus disposés à aliéner leur paix retrouvée. Ne
cautionnerons
plus l'arbitraire et l'arrogance. Nous sommes pour la restauration
de la
joie de vivre au Congo", a ajouté Boubakany.
Mais alors que tout le monde demande le pardon, certains
s'acharnent à
exiger la traduction en justice de tous les auteurs des crimes de
guerre,
notamment Lissouba et ses dignitaires.
" Que justice soit faite, que Lissouba et ses complices soient
jugés, que
tous ceux qui sont reconnus coupables de crimes politiques et/ou
économiques
soient châtiés conformément à la loi et que les innocents qui
aujourd'hui
encore sont au ban de la société retrouvent leur place au sein de
la grande
famille congolaise pour qu'intervienne enfin, une partie du plus
profond des
curs, un pardon sans arrières pensés", a affirmé Gnali Mambou.
Abordant dans le même sens, M. Senga Bidié, président du comité
d'organisation de la journée nationale du souvenir a suggéré que
les
procureurs doivent assurer leur responsabilité en jugeant des
citoyens
soupçonnés coupables de violences de crimes de guerres et de
génocide.
"C'est la leçon à tirer dans un état de droit", a conclut M.
Senga Bidié.
Certains observateurs pensent qu'il ne peut y avoir pardon sans
oubli.
"Comment pourront nous pardonner si, dans notre vie de tous les
jours, nous
avons des éléments qui nous rappellent le mauvais souvenir ? Ces
stèles que
l'on va ériger, ce livre blanc qui est comme on le dit une
encyclopédie des
guerres pourront faire qu'à la fin, nous ne puissions pas
pardonner les
auteurs des crimes, car il y aura toujours ces choses pour nous
rappeler les
êtres chers que nous avons perdus", a affirmé un étudiant de
Brazzaville.
Un militaire qui a requis l'anonymat donne son avis sur cette
journée : "Je
n'ai pas perdu un parent proche mais j'ai perdu 15 000 congolais
et je me
sens concerné. J'aurais préféré que le gouvernement organise des
séances de
prières pour le repos des âmes. Je constate toutefois une chose,
de toutes
les déclarations qui ont été dites, aucune n'a parlé des déplacés,
sinistrés
de la guerre. C'est bien dommage".
M. André Milongo, ancien président de l'assemblée nationale
pendant le
mandat de Pascal Lissouba, pense que c'était important d'organiser
une
cérémonie de cette ampleur pour marquer l'esprit des congolais de
l'importance des événements qu'ils ont vécu.
"Je souhaiterais tout simplement qu'on ait plus d'autres
cérémonies de ce